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Catholique,

je suis pour l’euthanasie volontaire

 

 

Jacques Pohier

 

Revue Panoramique N° 21 – 1995


29 avril 2012

En dépit de l'opposition acharnée du pape Jean-Paul II à l'euthanasie, 67 % des catholiques pratiquants réguliers français (et 87 % des catholiques pratiquants occasionnels) souhaitent que les personnes malades incurables qui le demandent puissent recevoir une aide active à mourir (sondage Sofres-ADMD, 1987). Des sondages similaires, faits dans des pays à majorité ou à forte minorité catholique romaine, ont donné des réponses analogues.

La hiérarchie catholique romaine attribuerait certainement cette attitude à la désobéissance des fidèles et à ta tiédeur de leur foi. Peut-être valable pour le « tout-venant » des catholiques, cette explication ne l'est certainement pas pour un si grand nombre de catholiques pratiquants réguliers. Ces derniers justifient, en effet, cette opposition à leur hiérarchie en la fondant sur une autre conception de l'euthanasie et surtout sur une autre conception de Dieu, ce qui bien loin d'atténuer la différence entre la hiérarchie et eux, la radicalise et la rend quasi insurmontable.

.

La hiérarchie catholique romaine ne distingue pas l'euthanasie de l'homicide et les condamne au même titre sans tenir compte du fait que l'euthanasie aurait été demandée ou non par la personne concernée.

Or, beaucoup de catholiques pratiquants réguliers ne situent pas l'euthanasie dans le rapport entre l'agent de l'euthanasie et l'acte euthanasique qu'il accomplit, mais dans le rapport entre l'être humain qui décide et demande pour lui l'euthanasie, et l'acte euthanasique qu'il peut soit effectuer lui-même au moins partiellement (suicide médicalement assisté), soit demander à quelqu'un d'effectuer pour lui en son nom (euthanasie volontaire).

 

Une autre conception de l'euthanasie

Il s'agit là d'un changement capital de perspective : dans cette problématique, il n'y a à proprement parler d'euthanasie que volontaire et il ne faudrait pas parler d'euthanasie quand il ne s'agit pas d'une demande de la personne concernée. Les partisans de l'euthanasie volontaire pensent donc, comme la hiérarchie catholique romaine, que l'euthanasie sans demande par la personne concernée est un homicide, même si cet homicide peut comme bien d'autres bénéficier de circonstances atténuantes, voire d'acquittement.

Les conséquences de ce changement de perspectives sont considérables. La hiérarchie catholique romaine considère, pour le refuser, le droit de pratiquer cet homicide qu'est l'euthanasie sur une tierce personne. Dans la perspective de l'euthanasie volontaire, il s'agit au contraire de se demander si un être humain a sur sa propre mort des droits qui l'autorisent à demander une aide active à mourir et à la recevoir. Dans la problématique de la hiérarchie, le sujet considéré est l'agent qui exécute l'euthanasie-homicide. Dans la deuxième problématique, le sujet considéré est celui qui décide pour lui de l'euthanasie et la demande.

L’euthanasie devient alors non pas un problème de droit médical mais un problème de société : une société reconnaît-elle ou non à ses membres des droits sur la fin de leur vie et une responsabilité sur leur vie et sur leur mort ? La question des droits et des devoirs du médecin devient seconde par rapport à celle des droits et des devoirs de chaque citoyen.

 

Une situation où la maîtrise sur la mort
est reconnue par la hiérarchie catholique romaine

L'idée que les êtres humains ont à exercer leur responsabilité sur leur propre vie est un élément essentiel de la conception catholique de l'être humain, ainsi qu'un élément essentiel de la conception catholique de Dieu dans sa relation de Création et d'Alliance avec les êtres humains. Dans un domaine différent, mais non sans rapport avec l'euthanasie, à savoir celui de l'acharnement thérapeutique ou de l'emploi de thérapeutiques intensives et exceptionnelles pour un patient condamné par une maladie incurable, la hiérarchie catholique romaine considère que cette responsabilité de l'être humain sur sa vie peut aller jusqu'à décider de l'heure de sa mort, sans pour autant porter atteinte aux prérogatives de Dieu et sans être infidèle à sa condition de catholique romain.

Il faut rappeler, car les catholiques eux-mêmes ont tendance à l'oublier, que la hiérarchie catholique insiste sur le principe que c'est le malade et non le médecin ou la famille, qui est le premier responsable en ces matières. Dès 1957, le pape Pie XII l'avait vigoureusement affirmé :

« Les droits et les devoirs du médecin sont corrélatifs à ceux du patient. Le médecin, en effet, n'a pas à l'égard du patient de droits séparés ou indépendants : en général, il ne peut agir que si le patient l'y autorise explicitement (directement ou indirectement)...
Les droits et les devoirs de la famille, en général, dépendent de la volonté présumée du patient inconscient, s'il est majeur ou sui juris »
(Pie XII, Discours à des médecins et anesthésistes, 22 novembre 1957).

Cette autonomie du malade l'autorise soit à accepter des traitements intensifs, soit à les refuser. Il faut citer ici la Déclaration de la Congrégation de la Doctrine de la Foi sur l'euthanasie du 5 mai 1980 qui reste la référence officielle en ce domaine car les conséquences en sont considérables.

« S'il n'y a pas d'autres remèdes suffisants, il est permis de recourir avec l'accord du malade, aux moyens que procure la technique médicale la plus avancée, même s'ils en sont encore au stade expérimental et ne vont pas sans quelque risque. Le malade, en les acceptant, pourra même faire preuve de générosité au service de l'humanité.
Il est aussi permis d'interrompre l'application de ces moyens lorsque les résultats sont décevants. Mais pour une telle décision, on tiendra compte du désir raisonnable du malade et de sa famille, ainsi que de l'avis des médecins particulièrement compétents ; ceux-ci pourraient estimer notamment que l'investissement en instruments et en personnel est disproportionné aux résultats prévisibles, et que les techniques mises en œuvre imposent au patient des contraintes ou des souffrances hors de proportion avec les bénéfices qu'il peut en recevoir.
Dans l'imminence d'une mort inévitable malgré les moyens employés, il est permis de prendre la décision de renoncer à des traitements qui ne procureraient qu'un sursis précaire et pénible, sans interrompre pour autant les soins normaux dus au malade en pareil cas. Le médecin ne pourrait alors se reprocher la non-assistance à personne en danger. »

C'est donc bien le malade qui décide du moment de sa mort, soit en demandant des soins intensifs et prolongés, soit en les refusant. La hiérarchie catholique romaine ne dit pas que le malade catholique romain outrepasse ses droits en décidant ainsi de l'heure de sa mort, ni qu'il porte atteinte aux droits de Dieu qui serait le seul à pouvoir décider du jour et de l'heure. Dieu, dans cette situation, laisse à la liberté de l'être humain le soin de décider de la durée de sa survie et de l'heure de sa mort. La responsabilité ainsi reconnue - en cette situation - à l'être humain sur sa mort est donc dans la ligne de la conception catholique de la responsabilité que Dieu confère à l'être humain sur sa vie et de la conception catholique de Dieu dans sa relation de Création et d'Alliance avec les êtres humains.

 

Une autre conception de Dieu

Paradoxalement, la hiérarchie catholique romaine, lorsqu'il s'agit de l'euthanasie, refuse radicalement ce qu'elle accepte à propos du refus ou de l’acceptation de l'acharnement thérapeutique ou des soins intensifs et exceptionnels. Pourquoi ?

D'une part parce qu'elle met l'accent sur le rapport de l'agent de l'euthanasie avec l'acte homicide et non sur les rapports du sujet malade avec sa vie et sa mort.

D'autre part, certains aspects de sa foi en Dieu lui semblent exclure sans discussion l'euthanasie, alors qu'elle ne croit pas devoir les invoquer à propos du refus des soins intensifs. Or, ces divers aspects de la foi catholique romaine en Dieu, les catholiques pratiquants réguliers favorables à l'euthanasie volontaire y croient tout autant que leur hiérarchie. Mais ils en tirent des conclusions radicalement différentes.

Trois de ces aspects sont communs aux trois grandes religions monothéistes et les conséquences à en tirer débordent largement le cadre du christianisme et concernent les autres religions monothéistes : Judaïsme et islam.

 

Premier argument :
Dieu est la source de toute vie,
donc il en est le seul maître

C'est une telle évidence pour la hiérarchie catholique romaine qu'elle se contente de la formuler sans jamais la démontrer. Les catholiques pratiquants réguliers favorables à l'euthanasie volontaire croient eux aussi que Dieu est la source de toute vie. Mais ils constatent que la tradition chrétienne la plus authentique n'en a jamais déduit que Dieu - sous prétexte qu'il est le Créateur - est le seul maître de toute forme de vie. Jamais la tradition chrétienne n'a interdit aux humains d'exercer leur maîtrise sur la matière, sur les végétaux et sur les animaux, sous prétexte que Dieu était la source de tout ce qui existe et de tout ce qui est vivant.

En affirmant que le Dieu-Créateur est la source de toute vie, la tradition chrétienne ne refuse pas à l'être humain la maîtrise sur la vie et sur la mort des vivants, au contraire elle l'invite à exercer cette maîtrise : « Remplissez la terre et dominez-la » (Genèse, ch. 1 v. 28). Quand la hiérarchie catholique romaine limite cette maîtrise dès qu'il s'agit pour l'homme de décider de sa vie et de sa mort, elle fait sortir sans justification la vie humaine de l'économie de la Création.

 

Deuxième argument :
Pour Dieu l'importance de la vie des humains est si grande
que Lui seul peut avoir la maîtrise sur la mort

Bien sûr, les catholiques pratiquants réguliers favorables à l'euthanasie volontaire partagent avec la hiérarchie catholique romaine la conviction que la vie des humains est plus précieuse à Dieu que l'existence de la matière inanimée et la vie végétale et animale. C'est d'ailleurs là une conviction commune aux trois religions monothéistes. Mais la hiérarchie présente comme une évidence que plus une réalité est importante pour Dieu, plus il s'en réserve la maîtrise pour lui seul.

Or, tel n'est pas le principe général de la foi catholique, et jamais la hiérarchie catholique romaine n'invoque un tel principe pour affirmer que Dieu se réserve à lui seul la maîtrise de ce qui revêt à ses yeux une importance majeure. On pourrait en multiplier les exemples, deux suffiront.

Les quatre Evangiles sont d'une importance considérable. Or, à l'exception de quelques fondamentalistes, personne ne dit pour autant que Dieu seul peut en être l'auteur direct. Au contraire, toute l'exégèse des XIXe et XXe siècles s'emploie à décrire et à distinguer la façon dont les diverses communautés chrétiennes et leurs différents rédacteurs ont déterminé diverses couches littéraires et rédactionnelles repérables dans les Évangiles. On aurait même plutôt tendance à y voir un gage de leur validité en matière de révélation.

Un autre exemple montre de façon encore plus impressionnante qu'il n'est pas habituel, dans l'économie de la pensée chrétienne, de considérer que plus une réalité est importante pour Dieu, plus elle doit échapper à la maîtrise de l'être humain : c'est le cas de l'existence même de Jésus-Christ. La tradition catholique la plus attentive à la réalité littérale de la conception de Jésus par le Saint Esprit dans le sein de la Vierge Marie n'a jamais dit que l'exercice de la liberté humaine n'avait rien à voir dans la conception de Jésus ni dans son existence. Jamais elle n'a tiré argument de l'importance de Jésus pour Dieu en disant que Dieu devait en être le seul maître et que l'humanité ne devait y exercer aucun rôle. Au contraire, cette tradition catholique a toujours mis en lumière le rôle de Marie, à tel point qu'elle en est venue à la qualifier de génitrice de Dieu (theotokos), ce que les autres religions monothéistes considèrent d'ailleurs comme hérétique et blasphématoire. Cette tradition catholique a fait gloire à Marie d'avoir librement accepté cette tâche 122 et de s'y être librement engagée. Elle a fait de Marie la figure emblématique du peuple des croyantes et des croyants, et des modalités du rôle joué par le peuple de Dieu dans la réalisation du corps mystique du Christ qu'est l'Eglise.

 

Le Dieu des chrétiens est tel que ses rapports avec les êtres humains
sont des rapports de liberté à libertés

Il est faux de considérer que plus une réalité est importante pour Dieu, et plus la tradition chrétienne considère qu'il doit s'en réserver la totale maîtrise. C'est la conception exactement opposée qui est traditionnelle en christianisme. Le Dieu du christianisme ne se réserve pas la maîtrise de l'origine des réalités à mesure qu'elles sont plus proches de lui et plus semblables à lui. Le Dieu des chrétiens n'engendre pas seul Jésus-Christ, il n'engendre pas seul l'Eglise, il n'écrit pas seul les Ecritures. Les êtres humains ne sont pas seulement des instruments passifs ou des exécutants de seconde zone. Le Dieu des chrétiens est tel que ses rapports avec les êtres humains sont des rapports de liberté à libertés. En termes bibliques, cela s'appelle l'Alliance.

Donc, si l'on veut dire que la vie et la mort des êtres humains sont des réalités tellement proches de Dieu et semblables à lui que Dieu s'en réserverait la complète maîtrise et en refuserait toute maîtrise aux êtres humains, il faut être conscient qu'en disant cela, on n'énonce pas une évidence, mais qu'on fait une exception à l'économie générale de la foi chrétienne. Or, la hiérarchie catholique romaine dissimule le fait qu'il s'agit là d'une exception en invoquant un troisième aspect de sa foi en Dieu.

 

Troisième argument :
La façon dont Dieu donne

Il s'agit du privilège inouï de l'adoption par Dieu d'un être humain créé à son image et reçu comme son enfant. c'est la qualité exceptionnelle du donateur : Dieu, et .la qualité exceptionnelle de son don : la vie humaine, qui amènent la hiérarchie catholique romaine à énoncer comme une évidence que l'euthanasie est radicalement contradictoire avec Dieu et avec la nature de son don de la vie à l’être humain.

Les catholiques pratiquants réguliers favorables à l'euthanasie volontaire croient évidemment au caractère suréminent de Dieu et du don de la vie qu'il fait à l'être humain. Mais ils en tirent d'autres conclusions, comme l'ont fait avant eux des théologiens tels que Thomas d'Aquin. C’est l’économie du don qui est ici en jeu.

Imaginons qu'une personne exceptionnelle aime quelqu'un de façon exceptionnelle et pour cette raison lui fasse un don exceptionnel. Celle qui reçoit le don dira à celle qui le lui a fait combien elle trouve le donateur exceptionnel, combien elle le remercie de ce don exceptionnel et combien il lui sera cher. Mais la personne qui reçoit le don dirait-elle à celle qui le lui a fait : « Ce don est si exceptionnel et vous êtes tellement exceptionnel pour moi, que ce don n'est pas vraiment à moi : je veux bien le garder un peu et en jouir un peu, mais en vérité, il est à vous » ? Il est facile de deviner qu'une telle réaction serait profondément blessante pour le donateur, puisqu'elle méconnaîtrait la grandeur de son amour et la vérité de son don.

De même, le donateur dirait-il : « Je vous aime tellement que je vais vous donner quelque chose d'exceptionnel : mais ce que je vous donne est si exceptionnel que ce ne sera pas vraiment à vous, c'est si extraordinaire que cela reste nécessairement premièrement à moi » ? que penserions-nous de quiconque donnant de cette façon ? Il est vrai que c'est souvent ainsi que les humains font leurs dons en se les gardant un peu pour eux, en s'en considérant encore comme les propriétaires. Ce sont des prêts plutôt que des dons. Mais nous savons aussi que la perfection du don consiste à donner vraiment, en instaurant le récipiendaire du don, non pas dans une relation de dépendance à l'égard du donateur, mais dans une relation d'alliance et d'amitié où le geste du donateur et son don instaurent le récipiendaire dans son autonomie de sujet.

Compte tenu de cette économie du don, il faut s'interroger sur la position de la hiérarchie catholique romaine qui prête à Dieu des prérogatives contradictoires : il donne la vie - mais pas parfaitement, et donne au croyant une maîtrise sur sa vie - mais pas parfaitement. Il semble beaucoup plus conforme à la grandeur de Dieu de considérer qu’il en va autrement. Si Dieu est Dieu, il est le seul à être ce qu'il est, il donne nécessairement d'une façon parfaite, il est celui dont le don constituera par excellence le récipiendaire - c'est-à-dire l'être humain - dans son autonomie et sa liberté de personne.

Il faut s'interroger sur la position de la hiérarchie catholique romaine
qui prête à Dieu des prérogatives contradictoires

Si Dieu est Dieu, il a moins besoin que quiconque de préserver le don qu’il fait en enfermant ceux à qui il le fait dans un réseau de conditions, d'interdictions et de limites, car il est plus capable que quiconque d'instaurer le récipiendaire du don dans sa liberté de sujet. Thomas d'Aquin, Docteur Commun de l'Église, pensait que Dieu avait fait l’être humain à son image dans la mesure où il l'avait fait principe et maître de ses actes, comme Dieu lui-même est principe et maître de ses actes.

On sous-estime l’excellence de Dieu comme donateur de la vie humaine et. On sous-estime la dignité de l'être humain lorsqu'on refuse à l'homme d’exercer une certaine maîtrise sur sa mort. Bien des catholiques pratiquants réguliers ne veulent plus - au nom de leur foi – sous-estimer ainsi Dieu et la dignité de la vie humaine, qu'il s'agisse de l'origine de cette vie (contraception et au pire interruption de grossesse) ou qu'il s'agisse de sa fin (euthanasie volontaire).

Ce n'est donc pas par tiédeur de leur foi que ces catholiques pratiquants réguliers conçoivent ainsi ce que peuvent être ou ne pas être leurs comportements chrétiens et c'est par estime pour leur hiérarchie qu'ils regrettent de la voir soutenir des positions qui leur semblent si contraires à des éléments essentiels de leur foi chrétienne.

Il n'y a donc aucune raison chrétiennement fondée pour que la hiérarchie catholique romaine n'étende pas à l'euthanasie et au suicide médicalement assisté ce qu'elle affirme déjà à propos du refus ou de l'acceptation de l'acharnement thérapeutique ou des soins intensifs et exceptionnels : c'est à la personne concernée et à elle seule (les médecins ou soignants et la famille ne pouvant être que les mandataires et les garants de ses volontés) de décider ce qu'il en sera des conditions de sa survie et de sa mort.

Bien entendu, en ce dernier cas comme dans tous les autres domaines où chacun doit prendre ses responsabilités, l'être humain pourra agir bien ou agir mal. D'un point de vue chrétien, il pourra y avoir ou non péché. Car il n'est pas question de faire de l'euthanasie volontaire un acte moralement neutre, ni d'un point de vue personnel ni d'un point de vue social. Il est seulement question d'admettre que si elle peut être dans certains cas une faute, l'euthanasie volontaire peut être reconnue par la société comme un droit de la personne humaine, et peut être reconnue par les Eglises comme un acte éventuellement vertueux et - osons les mots – « juste » ou « saint ».

S'étonnera-t-on que cela puisse être vrai de la maîtrise sur la mort ? Prenons conscience que cela est vrai de bien d'autres actes « naturels » de la vie : fonder un couple et une famille, mettre au monde un enfant, construire la cité, la science, l'art. La mort est un étape naturelle de la vie. L’être humain doit assumer toutes les étapes et toutes les œuvres de sa vie avec sa liberté, sa conscience, sa raison et son amour. Les chrétiens considèrent que Dieu trouve cela bon (« Et le Seigneur vit que cela était très bon », Genèse ch 1, v. 31) et que, pour le meilleur et pour le pire, Dieu choisit une relation d'alliance avec les humains pour l'essentiel de leur vie, et donc pour leur mort aussi.

 


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