Conaissance de la Bible
Marie de
Magdala
Qui
était-elle ?
Qu'a-t-elle à
nous dire pour aujourd'hui ?
Pasteur Pierre-Jean
Ruff
17 mai 2006
De quelles sources
d'information
disposons-nous sur Marie de Magdala ?
De très nombreux romans lui ont
été consacrés.
Cette production romanesque s'intensifie aujourd'hui. Il serait
intéressant de se demander qu'est-ce que ces romans
véhiculent à son sujet et pourquoi cette production
connaît aujourd'hui un regain de développement. Mais ces
questions intéressantes sont à côté de
notre sujet.
Sur Marie de Magdala, nous avons trois
sources d'information :
- Les évangiles.
- Les
écrits apocryphes (c'est-à-dire non retenus dans le
canon des Écritures) gnostiques.
- Les traditions
ecclésiastiques populaires, des premiers siècles au
Moyen Age.
On relèvera que ces sources, nous ne
les considérons pas tous avec le même
regard :
- Pour des
historiens rigoureux, les évangiles sont des
témoignages et non des récits historiques fiables. Ces
historiens peuvent admettre l'existence de Jésus,
corroborée par des historiens de l'époque, tel Flavius
Joseph. Mais il n'en est pas de même des autres personnes du
Nouveau Testament.
- Pour la
majorité des protestants, les évangiles constituent une
source d'information essentielle (même si les protestants
fondamentalistes et libéraux ne les entendent pas de
façon semblable). Les écrits apocryphes gnostiques sont
peu prisés. Quant aux traditions religieuses populaires, elles
ne valent rien.
- Pour
l'Église catholique, les évangiles sont fondamentaux
(pendant la messe, on se lève pour la lecture de
l'Évangile) ; les écrits gnostiques sont
abominables : ce sont des textes hérétiques ;
en revanche, les traditions religieuses populaires ne sont pas
à dédaigner : cette Église accorde un grand
crédit à tout ce qui se rapporte aux traditions.
Pour ma part, ces trois sources
d'information sont importantes, même si elles ne le sont pas au
même degré.
Quelle est la
visée de cette étude
sur Marie de Magdala ?
Cette thèse est la conséquence
de deux postulats, l'un biblique, l'autre logique.
1er postulat : Trois
évangiles sur quatre nous disent que Marie de Magdala fut le
premier témoin de la résurrection de Jésus.
Trois évangiles sur quatre nous disent aussi qu'elle fut
chargée par Jésus de convaincre les autres
apôtres de sa résurrection. Le mot apôtre
- apostolos - signifiant envoyé, certains
théologiens ont employé, la concernant, la formule
d'apôtre des apôtres.
Si trois évangiles sur quatre disent
que Marie de Magdala fut le premier témoin de la
résurrection de Jésus et si trois évangiles sur
quatre disent qu'elle fut chargée de convaincre les autres
disciples, je n'ai pas de raison d'en douter.
2e
postulat : Si Marie de Magdala
eut une telle responsabilité ministérielle lors de la
mort et de la résurrection de Jésus, il tombe sous le
sens qu'elle l'eut déjà avant, dans le cercle des
disciples.
On voit les incidences de telles options.
Elles se démarquent du point de vue classique transmis par les
trois premiers évangiles et par Paul, à savoir que
Jésus aurait institué un cercle limité de
disciples ou d'adjoints, tous des hommes. En revanche, ces options
avalisent la visée du quatrième évangile, puis
des Églises gnostiques, pour qui Jésus n'a pas
instauré un cercle de collaborateurs privilégiés
réduit, limité et seulement masculin.
Que nous disent nos
sources d'information
sur Marie de Magdala ?
a. Les
évangiles
- Avant la mort de
Jésus
Une seule allusion à Marie de
Magdala : Luc VIII.2. Les douze accompagnent Jésus
ainsi que quelques femmes guéries par Jésus et qui
assistaient Jésus de leurs biens, dont Marie de
Magdala.
Ce propos est intéressant. Il
rappelle que Marie de Magdala était de condition aisée
et qu'elle a été guérie par Jésus. En
revanche, il la limite au rôle de mécène et
peut-être de cantinière, ce qui est très
réducteur.
- Lors
de l'exécution de Jésus et de sa
résurrection
Des femmes assistent de loin au supplice de
Jésus. Marie de Magdala est souvent la première
nommée.
De même pour sa mise au
tombeau.
Pour les trois premiers
évangélistes, après la mort de Jésus, ces
femmes dont Marie de Magdala se retrouvent pour embaumer son corps,
alors responsabilité des femmes. Autre perspective chez Jean
- Marie de Magdala va seule au tombeau et avec une vocation
seulement affective. Voyant le tombeau ouvert, elle cherche du
renfort et revient avec Pierre et le disciple que Jésus aimait
(Était-ce Jean ?). Alors, les trois colonnes du
cercle des disciples reviennent au tombeau. Pierre y entre le
premier, sans réaction particulière. Le disciple que
Jésus aimait entre ensuite,
« il vit et il crut ». Puis, Marie de Magdala eut la
révélation du Christ ressuscité.
Pour moi, clairement, à l'inverse des
autres évangélistes, Jean classe comme suit les leaders
du premier groupe de disciples : Marie de Magdala, puis le
disciple aimé - Jean ? -,
puis Pierre, classification largement
reprise ensuite par les chrétiens gnostiques.
N.B. On notera que ni les Actes des Apôtres, ni les
épîtres ne font allusion à Marie de Magdala. Paul
(I Corinthiens XV.3-9) signale la liste des personnes qui
ont eu le privilège de voir le Christ ressuscité. Cette
liste commence par Pierre, elle se termine avec lui et aucune femme
n'y est incluse. On sait que, dans l'église primitive, on
considérait que les témoins de la résurrection
de Jésus acquéraient de ce fait une autorité
particulière. Alors, voir le Christ ressuscité,
c'était se voir reconnaître une autorité
spirituelle primordiale.
b. Les textes
gnostiques
Je ne mentionnerai ici que ceux qui se
réfèrent à Marie de Magdala et à la
vocation que Jésus lui a adressée. Sur le plan de sa
relation personnelle avec Jésus, comme sur celui de la mission
qui lui aurait été confiée, ils s'inscrivent
dans une continuité avec le quatrième
Évangile.
La sagesse de
Jésus-Christ, n'évoque
pas particulièrement Marie de Magdala, mais affirme que le
groupe de disciples choisis par Jésus était
mixte.
L'Évangile de Marie
(il s'agit de Marie de Magdala),
l'Évangile de
Thomas (logion 61) et
l'Évangile de
Philippe soulignent sa relation
- sexuelle ? - très privilégiée
avec Jésus.
L'Évangile de Marie
et celui de Philippe attestent
d'une jalousie forte de Pierre à son encontre et de son souci
de la marginaliser dans l'équipe des disciples de
Jésus. La Pistis
Sophia, attestant ce contentieux,
souligne la supériorité spirituelle de Marie de Magdala
sur Pierre.
Ces écrits gnostiques attestent la
préséance de Marie de Magdala dans l'équipe des
disciples - selon eux - comme la relation affective et
physique entre Marie de Magdala et Jésus. Toutefois, sur ce
dernier point, la relation homme-femme est aussi symboliquement
l'image de la relation du croyant avec le Christ. En toute
honnêteté intellectuelle, nous ne sommes donc pas en
mesure de trancher entre une réelle relation
privilégiée et charnelle entre Jésus et Marie de
Magdala et une relation que symbolique, à enseignement
seulement spirituel.
c. Les
traditions ecclésiastiques ultérieures
Trois lieux revendiquent la
préséance ultérieure de Marie de Magdala :
Vézelay, Saint-Maximin-la-Sainte-Baume et
Éphèse. Les deux dernières indications sont les
plus probables. Mais nous ne serons jamais fixés avec
certitude à ce sujet. Pour des raisons logiques et
théologiques - que je ne développe pas ici -,
Ephèse me paraît la plus probable.
Questions que Marie de
Magdala nous pose aujourd'hui
a. Quelle fut la
nature de sa relation avec Jésus ?
On sait que
c'est la question qui préoccupe tous les romans qui lui ont
été consacrés.
La doctrine officielle voudrait que, comme
Marie sa mère, Jésus ne se soit jamais laissé
aller à l'acte de chair considéré indigne de sa
vocation. Il en serait de lui et de Marie de Magdala comme de
l'amitié de Saint François d'Assise et de Claire :
une amitié chaste et platonique.
La vie privée de Marie de Magdala est
son bien propre. Je pense toujours malsain de fureter les secrets
d'alcôves. En revanche, ce que Jésus a projeté
sur Marie de Magdala nous concerne tous. Non pas les secrets de sa
vie privée. Mais ce qui importe pour nous, c'est de savoir
s'il a eu les mêmes pulsions et les mêmes passions que
nous. Autrement dit, était-il vraiment un homme ou un dieu
déguisé en homme ? La réalité de son
humanité est décisive pour nous.
b.
L'équipe de disciples mise en place par Jésus
était-elle sexiste ou mixte ?
Les trois premiers évangiles et Paul
déclarent que Jésus n'a choisi que des hommes pour
partager l'essentiel de sa mission. On sait que dans les
églises, aujourd'hui, certains revendiquent toujours cette
sélection.
A l'inverse, l'Évangile de Jean et le
courant chrétien gnostique optent pour une équipe de
disciples aux contours souples et mixtes. Laquelle de ces deux
écoles avaliser ?
Le refus de nombreux théologiens
d'opter pour la seconde proposition porte-t-elle vraiment sur cette
question ou sur le fait que la seconde option a des
conséquences théologiques non
négligeables ?
c. Pourquoi Marie de Magdala,
premier témoin de la résurrection de Jésus et
apôtre des apôtres disparaît ensuite
complètement de la scène
évangélique ?
Il y a là une énigme non
évidente. Sa rivalité avec Pierre en est-elle la
cause ? Si oui, cette rivalité porterait-elle sur un
problème de sexe, sur un conflit seulement de personnes ou,
plus encore, sur une compréhension différente de
l'héritage spirituel du Maître, opposant une vision
hiérarchique et autoritaire du pouvoir à une vision
plus spirituelle et personnelle de l'approche de Dieu ?
d. Pourquoi
à tous les temps de l'histoire chrétienne, il y eut un
fort courant pour ternir l'image de marque de Marie de
Magdala ?
Il y eut de tous temps un courant officiel
important pour discréditer Marie de Magdala. On s'est
employé - hélas avec un grand succès -
à en faire une prostituée repentie. Si c'était
le cas, sauvée par Jésus, elle n'aurait pas pu
prétendre à un poste éminent parmi les disciples
du Maître. Or, rien de sérieux ne permet d'avaliser
cette thèse. On se trouve en présence d'une entreprise
de délation, telles les affaires Dreyfus ou Calas. Et l'on
peut s'interroger : à qui le discrédit
profite-t-il ?
- De nombreux théologiens
catholiques émargent à ce discrédit. Leur
argumentation, peu convaincante et en tout cas non prouvée
- peut-on accuser sans preuves ? - se rattache
à trois types de raisonnement :
. Marie
de Magdala, Marie de Béthanie soeur de Lazare et de Marthe et
la pécheresse anonyme de Luc (Luc VII 36-50) sont
une seule et même personne, donc Marie de Magdala était
une femme de mauvaise vie.
. C'est
en se retournant (Jean XX. 16) que Marie de Magdala reconnaît
Jésus. Ce se retournant ferait référence
à sa conversion passée.
. Les
sept démons que Jésus a chassés d'elle seraient
sa vie de femme de pécheresse. Or, chaque fois que
Jésus chasse des démons, il s'agit toujours de maladies
psychosomatiques.
- Les exégètes protestants
unanimement récusent cette lecture désobligeante et
gratuite du vécu de Marie de Magdala. Mais ensuite, aucun
d'eux ne s'aventure à prendre position sur sa vocation de
premier témoin de la résurrection de Jésus et
d'apôtre des apôtres. Probablement ont-ils peur des
incidences théologiques d'un tel choix.
Conclusion
On voit qu'à tort on met toujours en
avant la vie privée ou amoureuse de Marie de Magdala. Soit en
induisant que ce domaine est plutôt celui des femmes, les
hommes ayant des prérogatives plus sérieuses. Soit en
lui collant à la peau l'image d'une pécheresse
repentie, donc à qui l'on ne peut pas confier des
responsabilités ecclésiastiques importantes.
Dans les deux cas, il s'agit d'attester que
Marie de Magdala, malgré les fonctions que Jésus lui a
conférées, ne peut pas avoir des responsabilités
importantes dans l'église.
On peut aussi s'interroger : cette mise
à l'écart bien programmée et merveilleusement
réussie, porte-t-elle sur la personnalité de Marie
Magdala, sur le fait qu'elle est une femme ou sur le courant
chrétien auquel elle s'est rattachée ? Les trois
refus se conjuguent sans doute, mais lequel est
prééminent ?
Il m'importe de conclure sur ces questions
ouvertes qui appellent la réaction de chacun.
Pierre-Jean
Ruff : Marie Magdala, Figure de proue du christianisme de
sensibilité gnostique.
Lacour, Nîmes 2004, 160 pages
Voir aussi
Gilles Castelnau
Marie-Madeleine 1
Marie-Madeleine 2
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