Spiritualité
Que veut dire
Dieu est le Fondement de l’Être ?
John
S. Spong
Traduction Gilles
Castelnau
8 février 2016
Les hommes ont commencé par définir Dieu par analogie avec leur humanité : ils ont pensé que Dieu est comme le chef de la tribu, comme le roi, comme un père, comme un juge.
Puis quelqu’un a pris conscience que ces images étaient toutes masculines. Dieu ne représentait donc que 50 % de l’humanité. On avait donc besoin d’une représentation plus grande et plus inclusive que celle d’un mâle tout-puissant.
On a aussi remarqué que l’on attendait de moins en moins de choses de cette puissante divinité male à mesure qu’augmentait la connaissance de l’univers. Les catastrophes naturelles étaient-elles des manifestations de l’hostilité de Dieu, comme on le disait depuis des siècles. Certains s’attachent toujours à cette absurdité.
Ainsi le pasteur américain Jerry Falwell disait à la télévision que la tragédie du World Trade Center avait probablement été provoquée par Dieu pour punir l’Amérique de tolérer les IVG, le féminisme, l’homosexualité et l’ Union américaine pour les libertés civiles.
Le pasteur Pat Robertson a dit que le tremblement de terre de Haïti était l’expression de la colère de Dieu contre les Haïtiens qui s’étaient libérés des Français et avaient déclaré l’indépendance du pays.
Pourtant le Dieu conçu comme un mâle surnaturel n’avait plus la dimension suffisante pour demeurer l’objet de notre vénération et l’on pouvait se demander s’il existait un Dieu. La porte était dès lors ouverte à une nouvelle définition de Dieu, non plus comme un être mais comme le Fondement de l’Être.
Paul Tillich (1886-1965), qui fut sans doute le plus important théologien du 20e siècle, introduisit le concept d’un Dieu en qui tout ce qui existe est enraciné. Un Dieu qui pénètre toute vie.
Cela signifie que plus nous vivons profondément et totalement tout ce que nous sommes capables d’être, plus nous manifestons la présence du Dieu qui est le Fondement visible de notre Être.
Tillich ne conçoit pas la divinité de Jésus comme une incarnation, comme si Dieu avait pénétré de l’extérieur le monde humain, mais comme une vie humaine qui s’est élargie jusqu’à ce que son humanité apparaisse comme l’état voulu par Dieu.
Cela signifie que le bien est la valorisation de l’être et que le mal est l’affaiblissement de l’être.
Cette conception de Dieu modifie considérablement le christianisme traditionnel. L’idée d’un « Être divin » extérieur au monde n’est désormais plus crédible et pourtant l’Église continue à prier « Notre Père qui es aux cieux » et parle d’un Dieu qui intervient, qui sait tout et voit tout.
Passer d’un Dieu extérieur à un Dieu Fondement de l’être est une révolution théologique de haut niveau. C’est une idée qui ne sera peut-être jamais claire pour des millions de gens. C’est pourtant un pas qu’il est absolument important de franchir.
En d’autres termes, est-ce que cesser d’être théiste rend-il forcément athée ? ou peut-on être non-théiste et demeurer néanmoins un chrétien sincère ?
Je suis certain de la 2e possibilité et je pense que l’avenir du christianisme se trouve dans la volonté d’explorer ce territoire encore largement inconnu.
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