John H. Rodgers critique John Spong
L'évêque
Spong
et les autres religions
Bishop Spong and Other
Religions
John H.
Rodgers
docteur en théologie de
l'université de Bâle
professeur et doyen émérite de la faculté de
théologie épiscopalienne de la Trinité
6 octobre 2002
Il y a quelques années
l'évêque de Newark, Mgr
John Spong, annonçait dans le bulletin de son diocèse
qu'il avait prié dans un temple bouddhiste de Hong Kong. Cet
acte signifiait évidemment qu'il ne considérait plus le
Christ comme l'unique Sauveur mais qu'il estimait les autres
religions comme également acceptables aux yeux de Dieu.
Mgr Spong cherchait à provoquer la réaction de
l'Église avec la question fondamentale : « Que dites-vous du Christ ? Qui
dites-vous que je suis ? » et, pour cela, nous pouvons lui être
reconnaissants.
« Je ne suis pas bouddhiste et
ne pense pas le devenir, a-t-il
écrit ; mais je ne crois
pas non plus que Dieu soit emprisonné dans le langage de ma
religion, dans mes définitions, mes concepts. Ma conviction
est que le vrai Dieu, le mystère divin, est à la fois
intérieur et bien au-delà des conceptions religieuses
traditionnelles.
Tout le monde peut chercher Dieu, personne n'a le monopole de sa
découverte ; un temple bouddhiste n'est pas un lieu
païen ni son culte une idolâtrie. Il est un lieu de
prière où des hommes différents de moi
rencontrent la Présence divine.
Allons-nous continuer à penser, demande l'évêque, que Jésus est "l'unique Sauveur",
pouvons-nous encore soutenir des entreprises missionnaires de
conversion, demeurerons-nous dans un christianisme étroit et
traditionnel ? je crois, quant à moi, que le Christ
m'interdit une telle étroitesse d'esprit. Je demeure
fidèle au christianisme, mais je ne chercherai pas à
convertir les bouddhistes, les juifs, les hindous ou les musulmans.
Je me mets volontiers à l'école de leur
spiritualité et je marche à leur côté sur
le chemin de Dieu, au delà de ces dogmes qui nous enferment et
nous aveuglent ».
L'évêque Spong et moi sommes
d'accord sur les points suivants :
1. Nous sommes d'accord sur l'importance de la
liberté de pensée en matière religieuse.
Créés à l'image de Dieu, c'est notre droit de
chercher nous-mêmes la vérité.
2. Nous sommes d'accord sur l'importance du dialogue
entre les diverses religions, philosophies, idéologies du
monde : étant tous à la poursuite de la
vérité, il est naturel que nous y
réfléchissions ensemble.
3. Nous sommes d'accord pour reconnaître que le
mystère de Dieu est grand. Confesser que nous ne sommes que
des créatures revient à reconnaître que jamais
nous ne pourrons cerner totalement ce mystère de Dieu ;
qu'il demeurera toujours hors de notre portée. Nous sommes
pourtant créés à son image et donc capables de
le connaître en vérité, dans le cadre, bien
sûr, de notre nature humaine.
Les limites, d'après la Bible, de notre connaissance de Dieu,
ne sont d'ailleurs pas tant celles de la nature humaine que celles de
notre état de péché, ce qui est tout autre
chose. Nous sommes capables de recevoir la révélation
de Dieu mais nous la distordons dès que nous la recevons.
4. Nous sommes finalement d'accord pour
reconnaître que toutes les religions du monde contiennent des
éléments de vérité, dans la mesure
où Dieu se fait connaître à tous les hommes par
la Création et dans leur conscience humaine.
Il est vrai que l'Écriture ne se montre guère positive
à l'égard des autres religions ; celles-ci, tout
en contenant des éléments de vérité que
l'on peut respecter, sont, comme nous-mêmes,
prisonnières du péché.
Saint Paul lui-même, n'a-t-il pas distordu le message divin,
lorsqu'il persécutait l'Église, et ne s'est-il pas
opposé au Christ lui-même, au point que seule,
l'apparition du chemin de Damas a pu lui ouvrir les yeux.
« Christ seul est la
vérité ».
Tout en approuvant l'évêque Spong lorsqu'il affirme que
les autres religions contiennent des éléments de
vérité, nous devons ajouter qu'ils ne sont rendus
parfaits qu'en Christ. Le rapport du christianisme aux autres
religions est plus complexe que la convergence et la
complémentarité dont parle l'évêque
Spong.
L'évêque Spong et moi sommes
en désaccord sur la question
de la révélation de Dieu en Jésus-Christ.
1. L'unicité du Christ a toujours fait scandale.
L'évêque Spong prétend que c'est le
XXe siècle qui apporte un défi nouveau au
christianisme ; mais il en a toujours été ainsi.
Saint Paul disait bien que « l'Évangile est un scandale pour
les juifs et une folie pour les
païens ». Il savait
que le judaïsme avec sa conception de la Loi et le paganisme
avec sa conviction que la vérité est accessible
à tous les esprits ouverts s'opposaient l'un comme l'autre
à l'Évangile.
2. Nous affirmons que le Dieu transcendant et
mystérieux s'est révélé en
Jésus-Christ. L'évêque Spong ne définit
Dieu qu'en termes généraux comme « le mystère
divin », « l'essence de la
sainteté » et
considère que tout autre formulations « nous enferme et nous
aveugle ». Cette attitude
réservée semble respectueuse et modeste. Elle ignore
pourtant l'affirmation biblique que Dieu a pris forme en
Jésus, et se fait vraiment connaître en lui.
Jean 1.11
3. Nous devons écouter les musulmans et les
hindous lorsqu'ils nous disent que leur religion diffère
profondément du christianisme. Ainsi l'islam affirme que
« Dieu n'a pas de
fils » alors que le
christianisme confesse que Jésus est Fils de Dieu.
L'hindouisme, plus mystique, va jusqu'à proclamer que nous
sommes tous Dieu, tandis que la foi biblique nous dit « créatures » à l'image de Dieu.
Au fond, l'évêque Spong ne fait que démontrer
l'accord entre eux des membres libéraux des diverses
religions, c'est-à-dire ceux qui ne considèrent leurs
dogmes que comme des symboles peu adéquats « qui nous enferment et nous
aveuglent ». Cela ne
démontre en rien la compatibilité des religions entre
elles. On s'accorde toujours dans la mesure où l'on n'a pas de
désaccord !
4. Le véritable christianisme est à la
fois universel et particulier : le Dieu cosmique se
révèle en un homme particulier, Jésus. Supposons
que tous les hommes du monde aient la poliomyélite ;
accuserions-nous Dieu d'avoir été trop « étroit » pour n'avoir fait découvrir le vaccin de
cette maladie que par le seul Dr. Salk ? Dirions-nous que
la guérison est à la fois « intérieure et
au-delà » des
médecines traditionnelles des divers peuples et les
engagerions-nous à continuer de soigner cette terrible maladie
avec leurs infusions traditionnelles ? ou au contraire nous
efforcerions-nous de fournir à tous le vaccin efficace ?
Une telle « unicité »
médicale ne peut être
qualifiée d'« étroite » mais d'« efficace ». De même, la présence unique de Dieu en
Jésus est sa manière unique de sauver les hommes
malades et perdus.
5. Le Dieu qui transcende les dogmes et les
représentations que nous présente l'évêque
Spong, ne peut pas changer grand chose à nos vies.
C. S. Lewis écrivait : « un Dieu sans dogmes ne serait qu'une
ombre qui ne susciterait pas cette "crainte du Seigneur qui est le
commencement de la sagesse" non plus que l'amour qui en
résulte.. ».
Il n'y a rien de bien séduisant dans cette sorte de religion
minimale ; rien qui nous convertisse, nous console, nous
encourage. Rien qui puisse rendre son dynamisme à notre
peuple. Cette religion bon marché ne pourra jamais nous
libérer du mal !
6. Enfin, étant anglican et écrivant pour
des anglicans, ma question celle-ci : la liturgie officielle de
l'Église anglicane, qui est notre commune
référence, autorise-t-elle cette réforme du
message biblique et de l'enseignement traditionnel de l'Église
que nous propose l'évêque Spong ?
Le catéchisme anglican définit le messie comme
« l'envoyé de Dieu
qui vient nous libérer de la puissance du péché
afin qu'avec l'aide de Dieu nous puissions vivre en harmonie avec
Dieu, avec nous-mêmes, notre prochain et toute la
création ».
Il dit encore : « nous
croyons au messie, le Christ, qui est Jésus de Nazareth, Fils
unique de Dieu ».
Il énonce que la mission de l'Église est de
« ramener tout peuple
à l'union avec Dieu et le prochain, par le
Christ ».
Il ne dit pas, comme l'évêque Spong, que toutes les
religions sont équivalentes.
C'est notre éthique qui
déterminera notre doctrine : l'évêque Spong s'imagine que son code
éthique sera finalement adopté par toutes les
religions, quelles que soient leurs conceptions de la
divinité. Mais toutes les divinités ne sont pas
moralement équivalentes : la religion hindoue permettait
qu'en Inde les veuves soient brûlées vives sur le
bûcher funéraire de leur mari et ce sont les Anglais qui
se sont efforcés de mettre fin à cette coutume que le
christianisme leur faisait juger inhumaine.
Je propose donc que nous
suivions une voie
diamétralement opposée à celle de
l'évêque Spong : affirmons avec bonheur, confiance
et reconnaissance le projet que Dieu nous propose pour le monde
d'aujourd'hui. La révélation de Dieu vraie. Alors que
l'incertitude s'accroît, nos contemporains cherchent
désespérément quelque chose ou quelqu'un en qui
se confier. Le Christ de l'évêque Spong,
édulcoré comme il l'est, ne peut être le Sauveur
que le monde cherche et dont il a besoin.
Dieu nous envoie, nous ses fidèles, proclamer et faire
connaître au monde le Dieu est bon et juste qui a tant
aimé ce monde qu'il l'ouvre, en son Fils, à une vie
nouvelle. Vérité qui réoriente et amène
à sa perfection toute idée humaine. Nous
témoignerons de cette vérité avec amour,
compassion et persévérance
Traduction Gilles
Castelnau
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