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La vraie terre à posséder

 

prédication

 

René Lamey

 

23 juillet 2006
Si vous suivez les infos, vous n'êtes pas sans savoir
qu'il y a de nouveau une forte tension dans le Proche-Orient. Les combats ont repris en Israël et le Liban ; ce sont des combats meurtriers ; de part et d'autre, des civils y laissent leur vie, des familles sont décimées, les routes se remplissent de réfugiés qui ne savent pas trop où aller. Et pendant que la communauté internationale lance des appels au cessez-le-feu et à la négociation, deux pays se démolissent à coups de bombes et de roquettes.

Je ne suis pas un spécialiste du Proche-Orient, mon propos n'est pas d'innocenter ou de juger l'une ou l'autre nation, ni de chercher, comme cela se fait dès la cour de l'école maternelle, à savoir qui a commencé le premier et qui doit être puni.

Ce qui me frappe, dans ce conflit et dans tous les autres qui ont lieu dans cette partie du globe, c'est que tout tourne autour de la terre. L'objet des revendications concerne une terre à posséder ; chacun conteste l'appartenance des terres de l'autre, aucun ne veut céder quelques parcelles.

On se bat pour la terre. En soi, c'est compréhensible. Sans terre, pas récolte possible, pas de maison possible, pas de lieu où vivre. Celui qui ne possède pas de terre est condamné à mourir. La terre, c'est la vie. Et quand on en a une, on la garde précieusement, on est même prêt à sacrifier sa vie pour la défendre, la garder ou en revendiquer la possession.

La terre d'Israël, terre convoitée, terre problématique.

Quand on évoque la terre d'Israël, on ne peut s'empêcher, en tant que chrétien et lecteur de la Bible, de penser à ces textes anciens qui nous racontent les combats que mena le peuple d'Israël pour posséder les terres qu'il défend aujourd'hui.

Pour la posséder, il y a eu guerre ; pour la garder, il y a encore guerre. Il y a toujours eu guerre, il y a toujours eu conflits, morts, souffrance, pleurs, larmes.

Aujourd'hui, au vu des toutes attaques meurtrières et sanglantes, certains chrétiens se demandent si cela est vraiment dans la volonté de Dieu ; ce Dieu, qui est souvent dépeint comme le Dieu de la paix, comment peut-il vouloir la guerre ?

En fait, tout remonte à l'époque de Josué ; c'est là que commencent les guerres pour la terre. Le livre biblique de Josué est plein de combats sanglants où les victimes ne sont pas seulement des soldats, mais aussi des enfants, des femmes enceintes ; les combats que mène Josué ressemblent fort à un génocide pur et simple.

Devant de telles atrocités décrites dans la Bible, bon nombre de théologiens et de spécialistes du texte biblique se posent la question du sens et de la validité de tels événements racontés dans ces pages pleines de violence et de sang.

Comment comprendre ces récits qui nous gênent souvent, comment les expliquer ? En tant que chrétiens, c'est-à-dire en tant que disciples de Jésus-Christ, nous ne pouvons pas entrer dans la logique de la guerre, nous ne pouvons pas accepter qu'on élimine un peuple pour posséder leur terre. C'est du vol - le vol de la terre au moyen de l'épée - et le vol est condamné par les 10 commandements. 

Jai mis longtemps à comprendre le sens et la raison de ce que Dieu demandait à Josué. Comme tout part de lui, je vous invite à lire ou à relire ou à entendre le texte fondateur de la mission de Josué. Une lecture plus fine nous montrera quel était le vrai combat que devait mener Josué.

Josué 1.1-9
1 Après la mort de Moïse, serviteur de l'Eternel, l'Eternel dit à Josué, fils de Noun, l'assistant de Moïse :
2 - Mon serviteur Moïse est mort. Maintenant donc, dispose-toi à traverser le Jourdain avec tout ce peuple, pour entrer dans le pays que je donne aux Israélites. 3 Comme je l'ai promis à Moïse, je vous donne tout endroit où vous poserez vos pieds. 4 Votre territoire s'étendra du désert  jusqu'aux montagnes du Liban et du grand fleuve, l'Euphrate, à travers tout le pays des Hittites jusqu'à la mer Méditerranée, à l'ouest. 5 Tant que tu vivras, personne ne pourra te résister, car je serai avec toi comme j'ai été avec Moïse, je ne te délaisserai pas et je ne t'abandonnerai pas. 6 Prends courage et tiens bon, car c'est toi qui feras entrer ce peuple en possession du pays que j'ai promis par serment à leurs ancêtres de leur donner. 7 Simplement, prends courage et tiens bon pour veiller à obéir à toute la Loi que mon serviteur Moïse t'a prescrite, sans t'en écarter ni d'un côté ni de l'autre. Alors tu réussiras dans tout ce que tu entreprendras. 8 Aie soin de répéter sans cesse les paroles de ce livre de la Loi, médite-les jour et nuit afin d'y obéir et d'appliquer tout ce qui y est écrit, car alors tu auras du succès dans tes entreprises, alors tu réussiras. 9 Je t'ai donné cet ordre : Prends courage et tiens bon, ne crains rien et ne te laisse pas effrayer, car moi, l'Eternel ton Dieu, je serai avec toi pour tout ce que tu entreprendras.

 

J'aimerais faire trois remarques :

1) Dieu promet de donner le pays : il n'est pas dit comment Dieu comptait s'y prendre - en tout cas, ce n'était peut-être pas à Josué de prendre par la force ce que Dieu voulait lui offrir.

2) Dieu ne donne aucun ordre de guerre : pas d'armée à lever, pas d'épée à aiguiser, pas de plan de bataille.

3) troisième remarque : c'est la plus importante. Dieu ne donne pas d'ordre pour la guerre, par contre, il y a, dans ce texte fondateur, une recommandation qui revient sous plusieurs formes et qui constitue le c�ur du récit - et qui, par conséquent, révèle le vrai combat  que Josué devait entreprendre.

Quelles consignes fondamentales  Dieu donne-t-il à Josué ?

=> tiens bon pour : faire la guerre ? tuer l'ennemi ? non : pour veiller à obéir à la Loi

=> ne t'écarte pas de la Loi ni d'un côté ni d'un autre

=> aie soin de répéter sans cesse les paroles du livre de la Loi

=> médite-les jour et nuit afin d'y obéir et d'appliquer tout ce qui est écrit.

J'ai beau chercher dans ces consignes, je n'en vois aucune qui encourage Josué à faire la guerre et à exterminer les habitants du pays dans lequel Josué va entrer avec le peuple d'Israël. C'est curieux, non ? Là où l'on s'attendrait normalement à trouver un encouragement à fourbir les armes, on trouve une exhortation à lire et à méditer la Loi de Dieu. A la place de l'épée,  ou peut-être contre l'épée, il y a un livre, le livre des commandements divins.

L'encouragement répété plusieurs fois concerne effectivement un combat, mais ce n'est pas celui auquel on pense.

Le combat à mener  est un combat spirituel, un combat à mener contre soi-même.

Autrement dit - et le texte nous invite à aller dans ce sens : la terre que Josué est invité à posséder, c'est la terre de la Parole de Dieu. C'est la terre des commandements de Dieu : « tiens bon pour obéir à la Loi, ne t'en écarte pas ; répète les paroles, médite-les jour et nuit. »

Voilà le vrai combat pour Josué et pour nous-mêmes : rester fidèle à une parole, la suivre en toute circonstance, méditer et mettre en pratique les valeurs contenues dans cette Parole, la Parole de la Loi de Dieu pour Josué, la parole de l'Evangile de Jésus pour nous.

Oui, mais qu'il est difficile parfois de rester fidèle à cette Parole, qu'il est difficile de la maintenir au fond du c�ur, qu'il est difficile de la suivre en tous lieux.

C'est parfois un réel combat intérieur. Un combat contre qui menace notre attachement à la parole du Christ.

Combat contre l'égocentrisme, la paresse, combat contre la facilité, contre l'indifférence, contre les multiples sollicitations qui viennent de l'extérieur, contre l'habitude qui endort...

Le vrai champ de bataille n'est pas la terre du voisin, mais notre coeur.

C'est là, au fond de nous-mêmes, qu'il y a un combat à mener, c'est là qu'il y a une guerre sainte à accomplir.  Celle-ci ne fait pas victimes innocentes parmi la population...

Josué ne l'a pas compris : dans les versets qui suivent, Josué fait un beau discours au peuple d'Israël. Mais dans ce discours, nulle mention de la Loi de Dieu à garder et à méditer ; Josué ne retient que la possession de la terre physique - vite oubliée la terre féconde et riche de la parole de Dieu. Et un peu plus loin, Josué donne cet ordre : « Vous tous qui êtes des hommes de guerre, vous passerez en ordre de bataille en tête de vos frères et vous leur prêterez main forte (v.14) »

Non, Josué ne l'a pas compris.

Les Croisés du Moyen-Age non plus : les armes à la main, ils sont partis à la reconquête meurtrière des murs de Jérusalem.

Les Croisés d'aujourd'hui, de quelque bord qu'ils soient, ne l'ont pas compris non plus.

En Islam, il y a aussi la notion de guerre sainte, c'est la fameuse « djihad ». Or, de plus en plus nombreuses sont les voix musulmanes qui disent haut et fort - et au prix de leur vie parfois - que la djihad, c'est une guerre sainte qui est à mener en soi, une guerre contre tout ce qui éloigne l'homme de Dieu, contre tout dégrade et détruit le coeur de l'homme.

Ce que je vous ai partagé ce matin ne résout certainement pas entièrement la problématique des guerres décrites dans la Bible ou encouragées par elle, mais vous avez entendu un point de vue qui peut permettre de réinterpréter de façon originale, pacifique et néanmoins biblique ce que beaucoup considèrent comme un scandale. 

La vraie terre à posséder, c'est la terre de la Loi de Dieu, c'est la terre de l'Evangile du Christ ; ce n'est pas une terre physique, géographique, politique, c'est une terre qui se trouve en nous. Et si l'on se met à cultiver ces terres-là, la terre de l'Evangile, la terre de notre coeur, il en sortira des récoltes de paix, de réconciliation et de communion fraternelle entre les peuples.

Il faudra certes combattre pour posséder cette terre-là, mais ce sera un combat intérieur, un combat qui ne fera pas de victimes et si blessure il doit y avoir, ce seront des blessures qui toucheront notre petit Moi - mais ça, ce n'est pas bien grave... c'est peut-être même nécessaire. Et si victoire il y a, ce sera une victoire sur nous-mêmes.

La Parole de Dieu ou la terre du voisin : à vous de choisir le bon combat. Amen !

 

 


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