Théologie radicale
Sea of
Faith
« Mer de
foi »
Don Cupitt
Le réseau
« Sea of Faith »
Traductions
françaises
.
26 mai 2002
Le réseau « Sea of
Faith » a pris naissance en Angleterre dans les années 1980 à la suite
d'une série d'émissions télévisées
du pasteur anglican Don
Cupitt, qui entendaient
analyser le déclin de la religion dans un monde postmoderne et
complexe ne faisant plus guère place au respect des
Écritures, de la hiérarchie ecclésiastique ni
d'une manière générale au surnaturel.
Son titre
de « Sea of
Faith » est
emprunté au célèbre poète anglais Matthew
Arnold.
The Sea of Faith
Was once, too, at the full, and round
earth's shore,
Lay like the folds of a bright girdle furl'd.
But now I only hear
Its melancholy, long, withdrawing roar,
Retreating, to the breath
Of the night-wind, down the vast edges drear
And naked shingles of the world.
« Sea of Faith » part
du principe qu'un gigantesque
changement s'est produit depuis trente ans, non seulement dans le
contenu de notre foi mais aussi dans la manière même
dont nous croyons. Nous vivons désormais une époque de
reconstruction sur des fondements spirituels ébranlés
comme ils ne l'avaient jamais été. Nous sommes
confrontés à de nouvelles cultures, de nouvelles
manières de penser, de nouvelles conceptions religieuses,
éthiques, politiques, artistiques, scientifiques.
Nous n'osons plus prétendre que
notre religion est « la seule
vraie » ou que la
politique de notre pays est « la seule
juste » ; nous ne
comprenons même plus comment nous avons pu avoir naguère
l'arrogance de le penser.
Les membres de « Sea of Faith » n'entendent pas se constituer en secte ; ils
sont fidèles à leur culte protestant, leur synagogue
juive, leur assemblée Quaker, leur messe catholique. Mais ils
admettent que les pratiques religieuses et les diverses « vérités » sont des élaborations humaines et non pas des
révélations émanant d'un monde surnaturel.
Et puisque les divers systèmes religieux ont été
progressivement constitués par des hommes pour répondre
à des besoins spécifiques, on doit pouvoir les
reprendre pour les adapter à la réalité
d'aujourd'hui.
Il nous est donc permis d'ordonner des homosexuels, d'abolir le
sacerdoce, d'élaborer des rites « verts » et d'en abandonner d'autres. Nous pouvons
féminiser l'image que nous nous faisons de Dieu ou la repenser
comme étant l'idéalisation des valeurs humaines de
compassion, de pitié, de paix et d'amour.
Nous voyons bien que les Églises
implosent ; néanmoins
notre spiritualité demeure source de créativité
et d'inspiration, dans la joie comme dans le deuil, et nous donne une
vision renouvelée et finalement religieuse du monde.
.
« Sea of Faith » se
donne pour tâche de « réfléchir au fait que la foi est une
création de l'homme ». Il nous paraît clair, en effet, qu'aucune
vérité au monde ne peut être exprimée sans
élaboration humaine. Toute vérité, toute
idée, toute croyance, toute doctrine s'enracine
obligatoirement le langage d'une communauté humaine, dans la
culture d'un groupe donné. « Sea of Faith » est bien un humanisme.
Il est de nos jours de plus en plus
admis que les mots que l'on utilise
donnent forme aux idées que l'on cherche à exprimer, y
compris aux notions religieuses que sont « Dieu » ou « le
ciel ».
Il est vrai que les théologiens conservateurs récusent
violemment une telle affirmation qui leur semble miner la
réalité des certitudes religieuses.
Mais Don
Cupitt approuve les travaux des
philosophes et des linguistes contemporains et donne un sens
post-moderne et « non-réaliste » à « la Parole faite
chair ».
Traduction Gilles
Castelnau
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