Inauguration du temple
rénové
des Bordes sur
Arize
prédication
pasteur
Roger Parmentier
dans sa
90e année
29 janvier 2008
Soyez accueillis avec bonheur dans ce
temple rénové
où j'ai été baptisé
l'été 1918 par mon grand-père, pasteur de
cette paroisse pendant plus de 40 ans, Auguste Peloux. Mais vous
êtes accueillis surtout par celui qui désire vous faire
entendre aujourd'hui sa parole bienfaisante et dérangeante,
parfois difficile à exprimer, mais aussi à
entendre.
Il y a dans l'évangile un petit
récit qui peut paraître choquant (Luc 11.
27-28) :
Dans l'auditoire de Jésus une femme
s'écrie :
- « Comme celle qui t'a fabriqué dans
son ventre et dont les seins t'ont nourris a eu de la veine d'avoir
un nourrisson comme toi »
Traduisez : « Comme Marie a eu de la
chance », pour certains la
« vierge
Marie ».
Mais Jésus lui répond :
- « Jamais de la vie, heureux plutôt
ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la
gardent ».
Traduisez : « Les véritables auditeurs de
l'évangile sont bien plus importants que Marie et le culte que
certains lui rendent ».
Ainsi dans ce temple il n'y a rien de
sacré, à l'exception de
l'évangile, s'il est
correctement proclamé, si la parole autrefois vivante, puis
congelée en écriture, est décongelée et
redevient la parole inspirée que Dieu veut dire à nos
contemporains ; et d'autre part l'auditoire
hétéroclite, vous qui êtes ici, si du moins vous
êtes les auditeurs que Jésus espère.
Ce qui compte dans un temple c'est le toit,
ici enfin réparé, grâce auquel ce lieu devient un
abri, un lieu où tout est fait pour écouter et
entendre, comprendre et réfléchir, recevoir des appels,
prendre les décisions les plus importantes de la vie.
Dans un temple il n'y a rien à voir,
mais beaucoup à entendre. Dans un temple il n'y a pas de
décoration, pas d'ornement, pas de spectacle, pas de shows
(comme on dit aujourd'hui), pas de peintures, pas de statues, pour
bien faire pas de déguisement. Circulez, il n'y a rien
à voir ; mais que celui qui a des oreilles pour entendre,
entende ; et que celui qui a une intelligence, s'en
serve !
Ce qui compte vraiment, c'est
l'Évangile de Jésus et vous.
Aujourd'hui vous êtes entrés
dans un temple rebelle, construit
en 1784, c'est-à-dire 5 ans avant la Révolution française, ou 3 ans avant l'Édit de tolérance, donc à l'époque où il
était interdit de construire un temple ; et même
où pendant 3 siècles les pouvoirs religieux et
politiques de l'époque s'acharnaient à détruire
tous les temples de France et de Navarre.
Il s'agit donc d'un temple rebelle,
construit par des rebelles à l'ordre religieux et politique
dominant et pour des rebelles qui allaient s'engager en faveur de la
liberté de conscience et de la liberté de culte ou de
nonculte.
Pourquoi ? Parce qu'ils étaient
les disciples de Jésus le
Rebelle, que les chrétiens
connaissent si mal, car on l'a remplacé par un Christ
Seigneur, Dominus-Dominateur. Remplacé.
Or, Jésus a été un
rebelle, un refuznik, un contestataire, un utopiste, un vrai
révolutionnaire.
Il ne s'est pas laissé dicter ce
qu'il devait croire ce qu'il devait dire, ce qu'il devait faire, il
ne s'est pas laissé dicter la tradition religieuse de son
peuple, ni ses orientations politiques anti-romaines.
Il a osé réfléchir par
lui-même, conclure par lui même, décider par
lui-même. Et tout cela parce qu'il demandait le secours de
l'esprit, ce qu'il y a avait de meilleur dans le conscient et
l'inconscient collectif, cette conviction élaborée au
cours des millénaires par les humains généreux
qui voulaient la survie de l'humanité et son
épanouissement.
Comme bien des prophètes, des
porte-paroles de « Dieu » qui l'avaient précédé,
Jésus a été un inspiré et un rebelle. Et
il a osé parler et agir malgré toutes les oppositions
qu'il voyait dressées devant lui, toutes les contradictions,
les jalousies, les indifférences.
Il a osé parler au nom de
Dieu, comme les autres, sans
demander d'autorisation (ou d'autorité) aux prêtres, au
Sanhédrin, aux grands-prêtres, autorités pourtant
spécialistes de l'Écriture sainte du temps, ni aux
Pharisiens, moralistes autoproclamés, surtout soucieux de la
moralité des autres et de leur orthodoxie, ni aux
Sadducéens, défenseurs de la pure tradition
sacerdotale, ni aux moines esséniens, perdus dans leur
isolement volontaire et pieux ;
ni aux pouvoirs politiques de droite ou de
gauche, ni à Hérode et à ses lettrés, ni
à Pilate et son administration, ni aux philosophes porteurs de
la belle culture gréco-romaine, ni aux Zélotes, les
révolutionnaires nationalistes ;
ni même à sa mère qui
(comme toutes les mères) croyait savoir ce qui était
bien pour lui, ni à son père (sur lequel on ne sait
pratiquement rien) ;
et encore moins à ses frères
particulièrement obtus au début (ce n'est pas parce
qu'on est
« frères » qu'on est généreux,
compréhensifs, vraiment fraternels - on voit ça
dans les communautés chrétiennes pour qui les
fréquente un peu...)
Non, Jésus a osé être
Jésus, devenir vraiment Jésus l'inspiré,
l'inventeur des propositions pour changer radicalement le monde en
prenant le contre-pied de tout ce qui va mal, tout ce qui fait
souffrir et mourir, l'entrée immédiate dans ce qu'il
appelle, faute de mieux, son « royaume de
Dieu », devenu
célèbre, mais refusé, méconnu,
dénaturé, remplacé par des élucubrations
de disciples qui préféraient plaire, flatter,
séduire, avoir du succès, plutôt que de suivre la
voie (et la voix) de Jésus.
Oui, Jésus a osé être
un rebelle inspiré, un méditatif
perspicace, un observateur de toutes
les menaces, un initiateur du chemin de guérison, de salut, de
délivrance et donc d'innovations incomprises et de
résistances malmenées.
Jésus a été un rebelle
inspiré, un insurgé spirituel et il l'est resté
malgré toutes les incompréhensions et les oppositions.
Et il continue à inspirer par sa parole ineffaçable
(qui a failli être étouffée, perdue à
jamais sans les disciples intelligents qui ont mis par écrit
les mots dont ils se souvenaient, bénis soient-ils à
toujours).
Voulez-vous à votre tour et
à vos risques et périls devenir les compagnons
(les partageurs de parole et de
pain, de mission aussi) de ce grand rebelle ?
Des gens qui ne cherchent ni à
plaire, ni le succès, ni la popularité, ni les
décorations, ni les avantages matériels, ni à se
faire élire pour être glorieux (mais peut-être
pour rendre service avec discernement), en sachant que sur ce chemin,
dans ce compagnonnage, il y a beaucoup de coups à
recevoir,
Et que d'ailleurs, la croix n'est pas
là pour nous parler d'une illusoire vie après la mort,
mais pour nous avertir de ce qu'il peut en coûter d'être
un rebelle inspiré ou d'accompagner des rebelles
inspirés.
Le christianisme vrai, ce n'est pas un
pitoyable conformisme...
C'est pour entendre cela que ce temple
rebelle a été bâti par des rebelles et pour des
rebelles.
Mais le véritable évangile y
sera-t-il prêché ?
Et vous-mêmes, aurez-vous le
courage de venir l'écouter ?
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