|
Deux
résumés de l'Évangile
pasteur
Roger Parmentier
Lire
Matthieu 5. 3-12
Luc 16. 14-15
Luc 17. 20-21
I Corinthiens 15. 1-5
Il existe 2 résumés des
« deux » Évangiles
- Celui de l'Évangile de Jésus, qu'il a
proclamé sur les routes de Palestine et sur les places
publiques, dans les synagogues et les maisons, sur la montagne aussi
et dans la plaine, l'Évangile du Royaume présent de
Dieu
- Et celui d'adeptes, de disciples si l'on veut, sans
doute bien intentionnés après la mort de Jésus,
et les affirmations de sa résurrection après quelques
apparitions, ils construisirent un résumé (le
kérygme) qui va avoir un succès immense, puisque
c'est celui qui a été adopté jusqu'à
nous, celui qui est considéré comme reflétant
vraiment le christianisme, celui qui vous a été
enseigné, et que j'ai moi-même enseigné, en toute
bonne foi, comme tout le monde pendant longtemps.
Je ne veux empêcher personne de
continuer à croire cela, car
c'est tout à fait respectable. Mais à condition qu'on
ne laisse pas de côté l'enseignement, la proclamation
joyeuse de Jésus lui-même, sa proposition du
règne de Dieu présent, oui, présent,
immédiatement accessible, avec une vraie détermination,
par des gens lucides, généreux et qui ne craignent pas
trop les coups.
L'enseignement de Jésus que nous
trouvons surtout chez Matthieu et Luc, le Sermon sur la Montagne
(Matthieu 5-6-7) et les paraboles est un enseignement prodigieux,
mais rares sont ceux qui nous le disent. Jésus a eu un espoir
fantastique : renverser tout le mal qu'il y a dans le monde et
dans le coeur de chacun... Jésus a entrepris une offensive
généralisée : contre tout mensonge,
accompagné ou non d'un serment, contre toute violence, contre
tout mépris, contre toute injure (tu ne traiteras personne de
racaille), contre toute tromperie, contre les pouvoirs de l'argent et
leur fausse sécurité, contre toute rancune, toute
haine, toute vengeance, toute représailles, contre toute
brutalité en paroles ou en actes, et beaucoup de choses
semblables, un projet prodigieux, à vues humaines tout
à fait irréalisable, délirant même, un
projet fou (et d'ailleurs ses frères ne croyaient pas en lui,
sa famille voulait le faire enfermer comme malade mental, et les
pouvoirs établis, religieux ou politiques, se
débarrasser de lui au plus vite).
Un projet gigantesque, délirant, mais
Jésus pensait et disait qu'il suffisait de s'y mettre, que
quelques-uns s'y mettent, avec détermination,
générosité, miséricorde et que tout
commencerait à changer (et c'est vrai que depuis qu'il a
osé penser et dire cela, beaucoup de choses ont changé
dans le monde, tout ce qui rend notre terre un peu moins
inhabitable). Les auditeurs de Jésus qui prenaient cette
parole au sérieux, devenaient tout autres et parfois sans se
connaître formaient une sorte de société
secrète, discrète, agissant sans ostentation, une
société secrète spirituelle, sans chef et sans
organisation, rien à voir avec une Église, celles que
nous connaissons. « Le
Règne de Dieu ne vient pas comme un fait observable. On
ne dira pas "le voici" ou "le voilà", le règne de Dieu
est parmi vous »
Mais il est évident que prendre au
sérieux l'Évangile de Jésus, même s'il
était exaltant, n'allait pas sans risque ni
dépouillement. Il fallait renoncer à bien des choses,
s'aventurer à corps perdu et savoir que l'on rencontrerait
oppositions et souffrances. Mais c'était une entreprise
prodigieuse, la seule qui pouvait sauver le monde...
Et il ne fallait pas prendre seulement une
partie, par exemple la non-violence ou la fraternité des
pauvres volontaires et involontaires... non, il fallait (il
faut !) prendre tout le paquet. Tout ou rien. Mais bien
sûr il faut un commencement à tout. Cet enseignement de
Jésus est un peu éparpillé dans les
évangiles, il faudrait un bon résumé... Eh bien,
ce bon résumé ce sont les Béatitudes qui disent
l'essentiel du message de Jésus. J'espère que c'est
l'Évangile que vous aimez et sur la mise en pratique duquel
vous avez construit votre vie, comme on bâtit sur le roc... et,
soyez en certains, les orages avec gros grêlons et torrents qui
débordent ne vont pas tarder à arriver !
Et puis il y a le 2e
résumé, d'une tout
autre foi, d'un tout autre « Évangile », celui que l'apôtre Paul reproduit dans la
1e lettre aux Corinthiens, chap. 15,
versets 3 à 5 et qui a eu un succès
fantastique (bien qu'il soit tout à fait différent de
celui de Jésus), au point que beaucoup de gens de bonne foi
pensent que c'est le véritable Évangile. Pourtant ce
qui pourrait ou devrait nous alerter, c'est que Paul dans les
14 épîtres qui lui sont attribuées ne parle
jamais de l'enseignement de Jésus, ni de son activité.
Pas une parabole, pas trace du Sermon sur la Montagne, pas un seul
dialogue ou une seule guérison. Jésus
n'intéresse pas l'apôtre Paul, ou plus
précisément, il ne l'intéresse que mourant ou
mort et surtout ressuscité.
Et le « résumé » non plus (le kérygme) ne
s'intéresse pas à la vie de Jésus, ni à
son enseignement sur l'entreprise fabuleuse du Royaume
présent, immédiatement accessible, réalisable.
Ce qui intéresse le « résumé » d' 1 Co. 15. 3-5 c'est que
Jésus soit mort « selon les
Écritures »,
c'est-à-dire conformément à des textes de
l'Ancien Testament qui avaient été écrits pour
dire tout autre chose : que quelqu'un serait
protégé d'avoir à mourir, n'aurait pas à
être enterré.
Et le résumé dit aussi que
Jésus est ressuscité le 3e jour selon les
Écritures. Mais il se garde bien de préciser de quels
textes de l'Ancien Testament il s'agit. Le seul qui le fasse un peu,
c'est Pierre dans le livre des Actes, mais la faiblesse de son
argumentation saute aux yeux. Il est clair que le Psaume 16
qu'il utilise (« Tu ne
permettras pas que ton bien-aimé voie la
corruption »), ne parle pas de
résurrection, mais affirme que le fidèle ne sera pas
mis au tombeau. Et d'ailleurs les exégètes sont
convaincus que les discours de Pierre ont été
écrits par l'auteur des Actes, plus de cinquante après
la mort de Jésus, et ne reflètent sans doute pas la
théologie de Pierre mais celle des Hellénistes.
Il y a donc deux résumés,
deux « Évangiles » : celui de Jésus et celui de ses
partisans après sa mort (sans doute élaboré par
ceux que l'on appelle les « Hellénistes », des gens comme Étienne ou Philippe, dont le
message messianique, « christocentrique », a mis hors d'eux les autorités juives de
Jérusalem et compromis à leurs yeux les autres
chrétiens).
Ce qui est magnifique, c'est que ces deux
résumés nous aient
été présentés et transmis dans le Nouveau
Testament, en les juxtaposant, en les faisant cohabiter. Quel bel
exemple pour les chrétiens d'aujourd'hui. Les uns
préfèrent l'Évangile de Jésus et les
autres ceux de Paul et Jean, et de leurs prédécesseurs.
Ils sont ensembles dans le même Nouveau testament. C'est
magnifique. Les chrétiens sont ainsi encouragés
à les imiter. Même si Paul ne se gêne pas pour
édicter que le seul Évangile, c'est le sien, qu'il faut
adopter sans en changer une virgule. C'est ça les gens
convaincus : ils ont peine à admettre qu'il puisse
exister une autre conviction que la leur.
Je nous souhaite à
tous d'être plus ouverts, plus
généreux et plus fraternels, pour examiner le dossier
sans préjugé et avec rigueur. Si nous aimons la
vérité par-dessus tout, ça devrait être
possible. Espérons-le, en tout cas.
Retour
Vos
commentaires et réactions
haut de la page
|