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La misogynie fondamentale

des auteurs des récits bibliques

notamment de la Genèse

ou la mise en accusation radicale de

« la femme »

 

pasteur Roger Parmentier

 

 

20 mai 2007

Au commencement l'homme, l'élément masculin était célibataire, seul de son espèce et tout allait bien. Certes, il ne se reproduisait pas, mais ce n'était pas très gênant car la mort n'existait pas. Et le fait de ne pas avoir d'enfants lui évitait bien des tracas. Tout était dans l'ordre et il avait la paix. C'est du moins ce que les rédacteurs ont imaginé. Mais quand même, il lui manquait quelque chose ou quelqu'un, sans bien savoir qui ou quoi. Il avait beau chercher et faire des expériences (comme on dit pudiquement), rien ne lui convenait. Il souffrait de solitude et d'incomplétude (Le Robert : Sentiment d'inachevé, d'insuffisant, d'incomplet que les malades dit « psychasthéniques » éprouvent...). Bref, il lui manquait une femme mais il ne le savait pas et ne s'en rendait pas compte. Malgré tout il était presque heureux...

 

Alors « Dieu », plein de bonnes intentions comme d'habitude, mais un peu irréfléchi et sans expérience, imagina de lui fabriquer une « femme ». Et pour qu'elle soit bien à lui, bien accordée, il la tira du corps de l'homme. Bien entendu, ce dernier détail, comme le reste, a été inventé par des hommes, pour une revanche symbolique, une consolation, d'avoir été fabriqués et mis au monde par des corps de femmes. Mais cette femme, « la femme », s'avéra d'emblée être une catastrophe, l'élément perturbateur qui va tout gâcher et notamment lui donner une progéniture abominable, un chouchou de Dieu assassiné et son frère meurtrier. Bonjour les dégâts ! La femme, c'est l'échec de « Dieu ». Il voulait faire le bien (comme plus tard l'apôtre Paul) et c'est le mal qui est arrivé. La femme s'est octroyé le pouvoir de mettre en échec le bon vouloir de Dieu, ou de le modifier. C'est connu : « Ce que femme veut, Dieu le veut ».
Car d'emblée, la femme s'est manifestée influençable et de connivence avec la puissance du mal, ce serpent étrange, surgi on ne sait d'où, pourtant fabriqué par « Dieu », mais qui avait mal tourné (et qui, curieusement, n'est pas sans ressemblance avec le sexe de l'homme).

 

Tous deux se comprenaient, parlaient et entendaient le même langage. Et la puissance du mal insuffla à la femme la pire des idées : Puisque Dieu avait défendu de manger des fruits de « l'arbre de vie » (suivez mon regard) ou de la « connaissance » (ce mot qui est employé pour désigner l'union sexuelle) du bien et du mal, cet arbre (notez-le bien) qui est situé « au milieu du jardin », la femme (mal conseillée) allait entreprendre une désobéissance fondamentale.
Et notre benêt d'homme, vraiment pas « malin »lui, notre « pauvre innocent » allait se laisser séduire par cette séductrice née (fabrication maison). Elle fit découvrir à l'homme l'union sexuelle. Elle vit que le fruit était bon à manger ; elle en goûta la première (qu'est-ce que ça veut dire ?) et elle le fit goûter à son mari (qui apparemment ne se fit pas prier). Et ce dégourdi l'apprécia. Et le bonheur que Dieu avait voulu donner à l'homme (la femme), se transforma en piège, en catastrophe. Alors Dieu se fâcha tout rouge contre ces humains qui « voulaient être comme des dieux », être capables (comment ?) de donner la vie, sa prérogative.

 

Alors tout s'enchaîne : ils ont peur de Dieu et le lui disent (est-ce l'origine de la religion ? Essayer d'apaiser la fureur de Dieu par diverses attitudes ou procédés ?) Ils avouent se rendre compte désormais qu'ils sont nus (il était grand temps !) c'est-à-dire qu'ils ne pouvaient supporter en permanence la vue du sexe de l'autre. Et Dieu est de cet avis et va améliorer leur slip de bain.
Et puis c'est la grande punition, les punitions en cascade ; ils sont chassés du paradis (eux qui pensaient l'avoir trouvé) ; Dieu augmente (ce n'est pas bien gentil) la souffrance des grossesses de la femme (dont les douleurs de l'accouchement font partie) (pour l'homme on se contentera de la « petite mort », mais ça ne vaut pas la peine d'en parler) ; et néanmoins les désirs de la femme se porteront  vers son mari (c'est curieux, j'aurais juré que c'était le contraire, que l'homme était agité jusqu'aux tréfonds par ce désir de la femme, et la femme surtout par le désir d'enfant, la compensation aux inconvénients de la féminité. Mais on peut se tromper.)
Quant au grand benêt de mari, le séductible, la pauvre victime des séductions, il va découvrir le travail pénible (c'est un pléonasme généralement), dans des conditions rendues exprès plus pénibles (mais c'est bien fait pour lui, il n'avait qu'à faire attention et réfléchir). Et avec en prime, la mort... (mais c'est un détail). La mort prime de la sexualité, on aura tout vu !

 

Et même ce pauvre diable de serpent (si j'ose dire) pour une fois qu'il s'était trouvé « malin », futé ; avait osé parler et faire des suggestions (il est vrai pas très « convenables ») va être puni, lui aussi (il faut croire que la sexualité, c'est plus grave qu'on ne l'imaginait) ; désormais il va ramper dans la poussière et en bouffer (que faisait-il avant ? il voletait ?) ; la femme (merci quand même) lui écrasera la tête (c'est bien fait !) et lui, la mordra (ou la piquera, c'est selon) au talon (sans doute est-ce une invention de Dieu pour éviter de nouvelles connivences)... Quel dégât ! Bravo la sexualité ! En fait, je pensais jusqu'ici que c'était plutôt l'homme qui avait imposé la sexualité à la femme, à voir les nombreux viols... ou bien le récit est-il là pour se disculper ?
Jusqu'à présent, jusqu'à la rédaction de ces récits, l'humain, ce théologien en herbe et tâtonnant comme un malvoyant, avait imaginé deux solutions pour expliquer la présence du mal, ou des malheurs :

a    Dans un premier temps, ce sont des punitions de Dieu, bien méritées à cause de nos idolâtries, de nos manques de piété, nos diverses désobéissances... c'est la justice rétributive.

b   Mais à l'évidence, ça ne marche pas toujours (voir les protestations de Job) on a imaginé qu'il pourrait s'agir d'épreuves, de malheurs non mérités, que Dieu envoie pour vérifier (car il a des doutes) la qualité de notre foi, de sa sincérité, de son authenticité, de son caractère parfaitement désintéressé. Hypothèse intéressante, car elle permet de clouer le bec aux accusateurs malintentionnés. Mais les récits de la Genèse vont ouvrir une autre voie, une voie royale (que Ségolène me pardonne), l'explication de tous les maux et malheurs par le caractère fondamentalement pernicieux de la femme bien téléguidée par « le diable » (avec qui elle a manifestement partie liée). Cela donne :

a    Il existe un animal rusé, séducteur, capable d'inspirer les pires dégâts en suggérant la sexualité.

b    La femme est structurellement de connivence avec lui. Elle va tenter l'homme (le pauvre !) par sa séduisante sexualité et le faire tomber (c'est « la chute ») de son haut. L'homme a son pire adversaire à domicile, et même dans son lit.

 

 On comprend que cette construction théologique, ô combien abusive, ait généré (c'est ça la Genèse ?) toutes les misogynies  dont les monothéismes en particulier ont été si friands, chez les juifs, les chrétiens, les musulmans ; qui ont boycotté le mariage autant qu'ils ont pu ou l'ont encadré, cadenassé, en particulier par la monogamie obligatoire ; mais c'est aussi en valorisant les vierges, les religieuses, la vierge Marie ; et les veuves (étymologiquement les « vides ») objet d'attention dès l'église primitive. En développant aussi une mentalité anti-féministe (alors que Jésus en avait pris le contre-pied en s'entourant de femmes et en les valorisant, ce que n'ont pas supporté les rédacteur des Évangiles, s'efforçant de gommer tout soupçon de sexualité de sa part et de la part des siens). Sans doute serait-il grand temps de démythiser, de tordre le cou à ces mythes si pernicieux. Je le crois fermement. Combattons nos misogynies congénitales, patriarcales, qui ont marqué en profondeur mentalités, législations diverses et sensibilités.

 

Nota bene Il se pourrait que ces mythes abominables aient été inventés ou codifiés au retour de l'exil des Juifs à Babylone. Les textes précisent qu'alors certains « prophètes » ont été obsédés par la nocivité des femmes étrangères et donc méprisables malgré leur beauté, car païennes, idolâtres et séduisantes, et donc accusées de séduire leurs maris et de les entraîner sur la mauvaise voie. Les épisodes de « la femme et le serpent » devaient leur parler. Ils allaient jusqu'à réclamer qu'elles soient chassées, renvoyées chez elles. Ah, mais ! Il se pourrait que le souvenir séculaire des mésaventures des rois d'Israël, de David à Achab, qui ont eu leur vie perturbée par une ou plusieurs femmes, ait pu jouer un grand rôle dans le développement de cette misogynie (et celle de cette mythologie) absurde et criminelle.

 

Il faudrait plutôt reconnaître que l'homme est par définition « tentable » (le fameux supplice du tentable). Aujourd'hui la publicité l'a bien compris : si on veut tenter d'acheter, il faut présenter la femme, quel que soit le produit, le moins habillée possible. C'est la grande supériorité de la télévision sur la radio.

 

 P.S. Il me semble que c'est « la femme » qui a dû inventer le mariage monogame, pour tenter (c'est son verbe préféré) sans grand succès, il faut le dire, de se garder son homme, c'est-à-dire aussi son protecteur (étymologiquement, celui qui pourvoit d'un toit), le père nourricier... Et surtout de tenter (bis) d'écarter la concurrence, vaine entreprise. Depuis des millénaires (depuis que le monde est monde ?) l'homme est plus spontanément volage et polygame. Mais sa femme, quand elle le peut, y met le holà, avec la coopération de la Loi et de la Religion (si elles sont bien faites, à son avis).

 

 Autre P.S. Plusieurs femmes sont une menace pour Sarkozy, une épée de Dame Oclès : Ségolène Royal, Cécilia Sarkozy, M.A.M. (Michèle Alliot-Marie), Simone Veil, Laurence Parisot, Angela Merkel et quelques autres. Il fera bien d'être sur ses gardes. Mais il me semble que son vrai « talon d'Achille » , c'est Cécilia. Elle l'a laissé entendre d'ailleurs. Il devrait relire la Genèse. Vous aussi d'ailleurs.

 

 Évidemment ce mythe misogyne a été imaginé et rédigé par des maris. Ce petit texte aussi.
Cet enseignement d'hostilité à la femme et à la sexualité a suscité de nombreux disciples : Dans le judaïsme ce sont surtout les femmes étrangères qui sont stigmatisées (les mères juives, on n'y touche pas) ; dans le christianisme ancien, on connaît la misogynie de l'apôtre Paul (à sa décharge les excitées charismatiques de Corinthe n devaient pas être drôles.) ; quand cinquante ans après sa mort, on a écrit des vies de Jésus, comme entre temps il était devenu Dieu, il était hors de question de lui attribuer une quelconque sexualité ou union. On a donc certainement gommé. Dans le catholicisme, le célibat sacerdotal s'est généralisé (sauf chez les catholiques orientaux), la virginité a été survalorisée et l'état de veuve honoré : et on sait l'importance des voeux monastiques... Et le puritanisme protestant (pas partout) ne vaut guère mieux que ces divers ascétismes !

 

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