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On a retrouvé Jésus, le vrai Jésus !

 

 

pasteur Roger Parmentier

 

 

21 octobre 2007
Un imposteur avait pris sa place, une contrefaçon...
On l'avait dénaturé, on avait dévalorisé son message, remplacé par le fameux « kérygme », ce résumé de la conviction d'une branche, d'un courant du christianisme des origines, tel qu'on le trouve présenté (par l'apôtre auto-proclamé, Paul, ça ne vous étonnera pas).

Un kérygme effarant, qui ne pouvait naître et être accepté avec faveur et ferveur que dans les temps crédules, superstitieux, mythologiques, religieux à l'extrême (un temps où l'on croyait aux revenants et aux fantômes, aux fées et aux puissances célestes, aux anges et aux démons, aux épidémies de résurrection et aux croyants qui montent au ciel, à l'enfer et au paradis, et à beaucoup d'autres choses semblables...

Ils avaient inventé un kérygme effarant : en tirant de leurs contextes des textes de l'Ancien Testament, ils avaient inventé qu'un innocent avait été sacrifié sauvagement pour que des criminels, des menteurs et des hypocrites soient innocentés ; mais qu'après trois jours il était sorti vivant de son tombeau, en réalisant le scénario qu'aurait prévu Dieu et qu'il avait eu l'extrême habilité de faire inscrire dans la Bible, des siècles auparavant.

C'était génial, car les adversaires et les tortionnaires de ce Jésus perdaient la partie qu'ils croyaient gagnée et étaient ridiculisés. Et que les partisans du kérygme devenaient des triomphateurs. C'était exaltant, enthousiasmant et ce message a rencontré le succès que l'on sait pendant vingt siècles. Tout a été fait pour nous proposer, non, pour nous imposer cette conviction. Cela permettait des transformer Jésus en Super-Messie, en Christ, en personnage divin, en 2e personne de la Trinité, en Sauveur, en Rédempteur, en Seigneur assis sur un trône à côté de Dieu, à qui tout pouvoir est donné dans le ciel et sur la terre. C'était parfait et cela a marché longtemps. D'autant que cela a permis d'inventer et de justifier la théocratie chrétienne, l'alliance de l'Empereur, « lieutenant du Christ », et de l'Évêque de Rome, « Vicaire du Christ », permettant d'opprimer les populations, comme entre deux mâchoires�

Mais il y a des surprises extraordinaires (j'ai rayé le mot « miracle » de mon vocabulaire) : d'anciens auditeurs et disciples de Jésus et de son enseignement, de sa proposition inouïe (la basileia tou theou, « Royaume de Dieu ») ont été tellement énervés et scandalisés par ce kérygme dénaturant Jésus qu'ils ont rassemblé leurs souvenirs et ont tenté de noter toutes les paroles de Jésus, ou les apprendre par c�ur. C'était formidable. Les paroles et leurs souvenirs embellis comme les vieux savent le faire. Prenez bien conscience de ceci : s'ils ne l'avaient pas fait nous ne saurions rien sur Jésus de Nazareth, seulement des fables sur un Christ, auquel certains ont eu l'audace d'accoler le nom de Jésus, pour faire un Jésus-Christ (formule qui résume la confession de foi des fabricateurs du kérygme). Heureusement il y a eu les autres, ceux qui ont tiré Jésus de l'oubli, ceux qui ont rédigé le premier brouillon de l'évangile selon Marc et ceux qui ont surtout noté des paroles, des perles dispersées dont ils ont fait un collier. Aujourd'hui on l'appelle bizarrement « Source Q ».

Il y a eu une deuxième « surprise extraordinaire », ce collier des paroles de Jésus, de sa position fantastique, mais aussi de ses avertissements et de ses mises en garde, cet ensemble (écrit ou oral) a été intégré par Matthieu et par Luc, chacun à sa manière, dans leur évangile. C'était génial. S'ils ne l'avaient pas fait, la encore tout aurait pu être perdu, l'essentiel de Jésus. Mais ils l'ont fait, mêlant malheureusement le trésor de ces paroles aux constructions religieuses des deux ou trois premières générations, tout ce qu'avaient élaboré dans leurs prédications enthousiastes et passablement crédules, les premiers « chrétiens ». Merci Matthieu et merci Luc, vous avez fait un magnifique travail. J'espère qu'on vous en sera toujours reconnaissant. Grâce à vous et à « Marc » au cours des siècles des milliers de chrétiens on pu connaître et réaliser le programme de Jésus, on devrait plutôt les appeler les disciples de Jésus.

Mais il y a tous les autres, qui ont été nourris (dopés ?) au  kérygme triomphaliste, fabuleux. Ils n'y sont pour rien. Ils ont ainsi été formés, déformés, formatés. Notre Nouveau Testament lui-même est un horrible mélange, où le meilleur (la proposition géniale de Jésus) cohabite avec ce qui aurait scandalisé Jésus, le transformer en  seigneur céleste. Une preuve ? Paul écrit quatorze épitres sans parler de Jésus, en tout cas rien entre sa naissance et sa mort interprétée, pas une parabole, pas le sermon sur la montagne, pas son enseignement sur sa proposition géniale de balileia tou theou ! C'est un comble. Mais il y a pire : les confessions de foi, le symbole des apôtres ou celui de Nicée : Jésus n'a rien fait et n'a rien dit. Et c'est ça le christianisme officiel. Quelle catastrophe !

Mais des « surprises extraordinaires », d'heureuses surprises, arrivent encore aujourd'hui : des exégètes, des historiens, des interprètes consciencieux, clairvoyants et courageux, viennent d'avoir à coeur d'exhumer les vraies paroles de Jésus, repérées soigneusement dans Luc et dans Matthieu, avec rigueur et conscience.

Et c'est ainsi qu'on a retrouvé  Jésus, le vrai Jésus ! Celui qu'on avait troqué pour un personnage fabuleux. C'est la redécouverte décisive des propositions de Jésus, la fameuse « Source Q » comme ils disent à cause de l'allemand Quelle, Source). Non seulement on a donc retrouvé les paroles authentiques de Jésus (avec la possibilité d'une petite marge d'erreur, d'adjonctions personnelles des rédacteurs, mettons 10 %), il reste quand même 90 % de paroles véritables de Jésus que nous pouvons prendre au sérieux. Quelle merveille ! (avec ou sans jeu de mots). Non seulement on retrouve le Jésus d'origine, recouvert et dénaturé par une épaisse couche de « Christ », et c'est une valeur immense... Mais cela permet aussi de mieux mesurer combien « l'évangile » de Paul est différent, à des années lumières de celui de Jésus. Et de même pour l'évangile selon Jean et quelques autres. C'est inespéré. Exaltant. Émouvant. Vous entendez : retrouver les paroles, l'enseignement de Jésus, et par conséquent Jésus lui-même (Imaginons celui qui voudrait présenter le Gaullisme et qui laisserait de côté l'appel du 18 juin, la France Libre, les combats de la Résistance et de la Libération, la décolonisation (que d'autres avaient amorcée, pour ne s'intéresser qu'aux médiocres agissements des néo-gaullistes), ce serait défigurer l'Histoire).

Jésus a été un prophète, un guetteur qui sonne l'alarme. Jésus a été un observateur lucide et courageux, un esprit politique clairvoyant, qui mesure à quel point le soulèvement général anti-romain que préconisent les nationalistes zélotes juifs, alliés à des intégristes religieux, les Pharisiens, qui voulaient surtout rétablir le « royaume d'Israël » et sa « charia », le F.L.N. juif de l'époque, ne pouvait que conduire à la catastrophe (qui arrivera effectivement en 66-70, et Jérusalem sera détruite, et en particulier son temple, et la population en grande partie, massacrée).
Evidemment cala surprend que l'on puisse parler de la lucidité et de l'engagement politiques de Jésus. Et pourtant c'est ainsi qu'il a tenté de sauver son peuple du désastre. Mais comme cela dérangeait tout le monde on le lui a fait payer cher�

Mais Jésus allait bien plus loin. L'aveuglement politique du F.L.N. juif n'était pas le seul drame. Il y en avait mille autres (le règne de l'accaparement des biens, la violence, la ruse, le mépris, le mensonge, l'hypocrisie religieuse, et tant d'autres folies...). Devant toutes ces détresses et toutes ces menaces, Jésus a eu une idée géniale : s'attaquer à renverser tout ce qui va mal dans le monde, vivre un monde renversé, prenant le contre-pied de tout ce qui est abominable dans la société humaine. Vivre lui-même et appeler des volontaires pour réaliser l'impossible, la transformation radicale des mentalités et des comportements. Convaincu qu'un tel projet correspondait à la volonté fondamentale de Dieu (tel qu'il l'interprétait) il appelait cela (dans les façons de penser et de parler de l'époque) l'arrivée du Royaume de Dieu (la basileia tou theou), un lieu immédiatement présent et accessible, ou tout serait fondamentalement transformé ! Mais pour cela il fallait motiver des humains, faire qu'ils soient pleins de générosité et de miséricorde. Il a donc imaginé, il s'est représenté Dieu, non plus comme un autocrate inspirant des massacres en faveur d'un peuple élu, mais comme un Père (idéal !) protecteur et nourricier envers bons et mauvais. Une représentation fabuleuse et merveilleuse de Dieu (A mon avis, on est en droit de penser aujourd'hui que ce n'était qu'une représentation fabuleuse et discutable). Mais c'était génial !

Aujourd'hui peut-être pourrait-on parler plutôt de la « grande réalisation du monde heureux », ou du « grand projet », ou du « monde renversé », « un renversement essentiel, une chance étonnante ». « Lui seul peut enfin transformer l'enfer en vraie félicité, donner raison de vivre », une surprenante aventure. Évidemment ce qui est capital, ce n'est pas seulement d'en parler, mais de le réaliser, de s'y engager à fond, à corps perdu, à nos risques et périls et en étant follement heureux de contribuer au sauvetage, au salut du monde.

Mais nos Églises ne s'intéressent guère à ce programme enthousiasmant de Jésus, à le présenter et à le réaliser. Elles croient avoir autre chose à faire : répondre aux besoins religieux de la clientèle (qui paie commande !), à se faire bien voir des pouvoirs officiels ou occultes, faire des cérémonies émouvantes ou grandioses. Mais tout cela Jésus s'en fout pas mal et même cela l'insupporte. Comme son ami et inspirateur Amos, il dirait volontiers « je hais, je méprise vos fêtes religieuses... mais que votre justice soit comme un torrent irrésistible ». Ils étaient faits pour s'entendre.

Les propositions de Jésus, quand elles nous sont présentées (hélas ce qui est rare) le sont de façon émiettée, dans le désordre. Or il s'agir d'un projet global, à prendre en son entier, en comprenant bien qu'il s'agit d'une entreprise gigantesque : faire cesser tous les maux et les malheurs du monde. C'est quand même plus décisif que de rêver à un paradis après la mort. Il existe bien une sorte de résumé des propositions de Jésus, une vue d'ensemble. On l'appelle les Béatitudes. Mais beaucoup ne s'aperçoivent pas qu'il s'agit là du texte-clé qui ouvre à la compréhension de son intuition prodigieuse : l'offre d'une entrée immédiate dans son grand projet. Mais depuis vingt siècles nombreux sont ceux qui le délaissent en adoptant le kérygme (la mort sacrifielle de Jésus et son élévation en rôle de Dominus - Dominateur céleste). On affiche parfois les Dix commandements, mais jamais les Béatitudes, la charte du bonheur de ceux qui entrent dans la basileia tou theou, le Règne de Dieu présent. Et qui prêche, proclame ce Règne immédiatement accessible. On nous fait vivre avec l'évangile de Paul ou de Jean, rarement (pour ne pas dire jamais) avec l'évangile de Jésus. C'est un comble. On nous fait supporter une contrefaçon consternante.

Parfois on explique qu'avec la conversion au christianisme de l'empereur Constantin, l'empire romain est devenu « chrétien », mais c'est l'inverse qui est vrai : c'est le christianisme qui s'est remanié, impérialisé, transformé, entreprise de contraintes, de conversions par la force, de massacres des réputés « hérétiques ». Beaux succès !

Ont dit aussi que les protestants ont « retrouvé » la Bible mais en fait ils ont surtout retrouvé l'évangile de l'apôtre Paul, grâce auquel ils ont construit leur doctrine de la justification par la foi (mais cela n'avait rien à voir avec l'évangile de Jésus) ; grâce auquel aussi ils ont acquis la conviction qu'ils étaient le nouvel Israël protestant, ou le peuple d'Israël prolongé. On peut trouver tout dans la Bible, l'excellent, l'inouï, l'irremplaçable mais aussi le pire, notamment le fondamentalisme et la super auto-valorisation catastrophique. Quand des protestants ont remplacé les théocraties catholiques par les théocraties protestantes, cela n'a guère été un progrès.

Et quand des protestants sont partis outremer, quand ils ont colonisé l'Amérique du Nord (comme des catholiques l'Amérique du Sud), mais aussi l'Afrique du Sud, les Indes néerlandaises, l'Australie ou la Nouvelle Zélande, ils ont établi des sortes d'État d'Israël protestants colonisateurs, et souvent impitoyables envers les populations locales. Il n'y a pas lieu d'être fiers.

Voilà donc ce qui arrive quand on abandonne, depuis vingt siècles, l'évangile de Jésus, la proposition de la basileia tout theou, et qu'on le remplace par des succédanés, de l'inauthentique érigé en système doctrinal et en système politique...

C'est pourquoi le resurgissement aujourd'hui des paroles de Jésus soulève un immense espoir. La mutation radicale de nos christianismes, devient possible, enfin. Mais cet enseignement retrouvé, ces propositions audacieuses retrouvées, rencontrera-t-il les humains intelligents et généreux indispensables ? Ce n'est pas sûr !

 

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