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Jésus commença...
Roger
Parmentier
8 septembre 2007
Dès lors, Jésus commença à proclamer : ça y est, le royaume de Dieu est proche, à portée de la main, immédiatement accessible et réalisable, la toute autre façon d’exister, de penser et d’agir qui peut seule sauver l’humanité en perdition, la proposition grandiose et radicale de Dieu, de mettre fin à toutes les abominations et les exploitations, et d’inventer le royaume enchanté de l’amour absolu, radical, paradoxal, jamais imaginé...
« Cherchez en priorité le règne de Dieu et sa justice » (Matthieu 6.33). Sortez de votre passivité et de vos indifférences, mettez-vous en marche, cherchez, et pas distraitement, en amateur... cherchez avec une gigantesque obstination... C’est la priorité des priorités.
« Depuis le temps de Jean-Baptiste jusqu’à maintenant le royaume de Dieu est pris d’assaut et se sont les violemment déterminés qui s’en emparent... » (Matthieu 11.12).
« Accédez par la route étroite, par la porte étroite... » 'Matthieu 7.13) car le chemin de la stupidité et de la perdition est un large boulevard, une énorme autoroute toujours encombrée, car tout le monde s’y engouffre, s’y précipite comme dans un précipice...
Mais vous n’y entrerez pas sans dépouillement radical, sans renoncer à vos richesses religieuses, philosophiques, culturelles, morales et... financières ! Car il est plus difficile à un « riche » d’entrer dans le grand projet de Dieu, dans la généreuse proposition de Jésus, qu’à un chameau où a un pachyderme de passer par le trou d’une aiguille... (Matthieu 19.24).
Pour entrer dans le « royaume » il faut faire du forcing et se lever de bonne heure : et bien, moi, je vous dis : demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez à la porte, on vous ouvrira... (Matthieu 7.7) un esprit tout différent sera donné à ceux qui le recherchent et de demandent avec insistance.
Dès lors Jésus commença à proclamer : « ça y est. C’est le moment ! » (Matthieu 4.17).
Jusque là, Jésus avait été un bon disciple de Jean-Baptiste, prenant au sérieux l’enseignement du maître, ne s’engageant pas à moitié... Mais voilà, Jean-Baptiste avait lamentablement échoué, doublement échoué : non seulement on lui avait coupé la tête (ce qui est difficilement réparable), mais son baptême avait été ridiculisé par des faussaires, des tricheurs, des menteurs qui en avaient fait un truc pour se mettre à l’abri de la terrifiante colère de Dieu ; mais surtout n’avaient pas produit les fruits qu’auraient du porter leur prétendu conversion à Dieu, la « métanoïa », le changement total de mentalité et de comportement. Échec donc, sur toute la ligne... Comme Jean-Baptiste avant de mourir a dû être malheureux !
Alors Jésus commença...
Jésus fut saisi d’une inspiration spirituelle prodigieuse. Quelque chose de prodigieux était à inventer et à réaliser : entreprendre de faire advenir un univers inouï, le monde renversé de la justice sociale et internationale, de la vie personnelle aussi judicieuse, équitable, d’une générosité spirituelle sans limite.
Jésus commença, Jésus se jeta à l’eau (bien plus qu’avec le baptême de Jean-le-plongeur), Jésus se lança dans la bataille, l’entreprise grandiose : réaliser une voie de salut pour le monde, à l’encontre de toutes les détresses de toutes les menaces ; vivre soi-même cette terrible et merveilleuse façon de s’enthousiasmer et de vivre ; mais aussi de tenter de constituer des petits noyaux de volontaires à qui l’on tenterait de faire comprendre et vivre l’immensité et la pertinence de l’entreprise (il appelle chaque noyau une « graine de moutarde » microscopique, mais promise à un avenir prodigieux) à appeler des gens quelconques, pas plus intelligents et dégourdis que les autres, mais acceptant de se lancer avec lui, à sa suite, sa suivance, dans l’entreprise phénoménale, plus ou moins bien comprise par les participants...
Jésus commença...
Comme on aurait aimé vivre ce moment prodigieux...
Toi, suis-moi !
Laisse les morts enterrer les morts, et toi va proclamer partout le règne de Dieu en marche... N’invente aucun prétexte pour différer. Cherche avant tout le règne de Dieu et son mode de fonctionnement, c’est la priorité des priorités ; tout le reste vous sera accordé en supplément...
Jésus commença...
Et pour cela il lui fallait des gens follement généreux et miséricordieux. Il savait bien qu’il n’en trouverait guère. Alors il eut l’idée géniale de leur proposer une représentation nouvelle de Dieu : un Dieu totalement généreux et miséricordieux, un Dieu exemplaire, proposé à l’invitation de tous ; « vous serez parfaits comme votre père du ciel est parfait » (Matthieu 5.48), parfaitement généreux, parfaitement miséricordieux...
Non plus le Dieu des armées, le Dieu jaloux et vengeur qui punit l’iniquité des pères sur les enfants (c’est du beau !), le Dieu d’Israël et de lui seulement, car Israël est son peuple élu, son favori qui lui est plus précieux que la prunelle de l’œil... (Ou pire encore : on ira jusqu’à imaginer un Dieu qui livrerait son fils à la mort pour sauver d’immondes individus).
Non Jésus offre une représentation toute autre de Dieu : un « Dieu qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons ; et pleuvoir sur les justes et sur les injustes » (Matthieu 5.45) ; un Dieu qui n’est pas rancunier, qui va pardonner aux fils prodigues et recommander à d’autres d’en faire autant, jusqu’à soixante dix fois sept fois (Matthieu 18.22) (ça fait combien ?), un Dieu parfait, et vous-mêmes qui me suivez, vous serez donc parfaits comme Dieu est parfaitement généreux en donnant soleil et pluie, ce qui est indispensable pour la fécondité des terres et des troupeaux, des humains aussi, tout ce qui rend la vie possible et même la vie en plénitude... Vous serez parfaits comme Dieu votre père (un père idéal auquel les pères humains sont loin de ressembler toujours)...
Seulement voilà : le règne de Dieu n’est pas aisément repérable. « On ne pourra pas dire : il est ici ou là » (Luc 17.21), chez untel ou dans telle Église. Non il est presque invisible, il faut le deviner avec un grand discernement spirituel. « Le royaume de Dieu ne vient pas de façon à frapper les regards » (Luc 17.20)... rien d’ostensible, ni d’ostentatoire (rien à voir avec l’exhibitionnisme des chrétiens qui mettent des croix partout, pour imposer les manières de croire qu’elles représentent). Non, le royaume est d’une discrétion infinie. Pas question d’étaler sa piété, ou sa générosité, ou ses compétences. Mais quand il s’agit le proclamer le royaume, de l’expliquer aux foules dans la plaine et sur la montagne, ce n’est pas le moment de chuchoter... Le reste du temps ce que je vous fais connaître avec une discrétion relative, n’hésitez pas à le proclamer de terrasses en terrasses...
Mais pour qui n’a pas encore trouvé le royaume, c’est comme un trésor qu’on aurait soigneusement caché dans un champ et qu’on aurait découvert en le cherchant ou sans le chercher. Seule solution : acheter ce champ à son propriétaire pour pouvoir s’emparer du trésor. Seulement il en demande un prix élevé. Il faut se dépouiller de tout ce qu’on possède pour l’acheter. (Matthieu 13.44) C’est à prendre ou à laisser... Mais franchement le trésor en vaut la peine... rien de moins que le sauvetage de l’humanité et avoir une prodigieuse raison de vivre. Et pour cela s’engager à cent pour cent... pas de place pour les velléitaires ou les demi-mesures.
C’était pourtant clair. Jésus n’a pas réussi à empêcher qu’il y ait mille incompréhensions et mille malentendus :
- par exemple certains nationalistes ont imaginé que Jésus projetait simplement de rétablir l’authentique monarchie juive et les dispositions religieuses qui l’accompagnent (on pourrait dire la « charia » juive)…
- autre malentendu gravissime : s’imaginer qu’un royaume de Dieu sera possible plus tard (mais surtout pas maintenant malgré ce qu’avait dit Jésus) :
- soit à la fin du monde, après le soi-disant « jugement dernier »
- Soit à la fin de notre vie, l’entrée dans un soi-disant « paradis »
Cela permet d’écarter la proposition de Jésus d’entrer tout de suite dans la réalisation du monde nouveau de l’amour impensable et paradoxal (puisqu’il rend heureux, même dans les souffrances qui ne manquent pas d’accompagner les réalisations et les proclamations du règne de Dieu).
Longtemps après la vie et la mort de Jésus les évangiles écrits par des hommes qui avaient renoncé à la proclamation de Jésus, nous offrent deux exemples de dénaturation du message de Jésus concernant le royaume.
- Par exemple, quand ils sont dire à Jésus en croix que le « brigand » (en réalité le zélote) repenti sera « avec lui aujourd’hui dans le paradis » (Luc 23.43). Grave erreur.
- De même, la formule tardive du « Notre Père » : « Que ton règne vienne » prouve bien que l’on croit que le Royaume n’est pas encore là.
Mais la trahison sera bien pire encore lorsque l’on adoptera le « christianisme » dénaturé des premiers « chrétiens » hellénistes, pré-pauliniens, qu’on remplacera la grandiose proposition de Jésus par les mythologies du kérygme (la mort expiatoire abominable, le cadavre de Jésus ayant repris vie, mais pour quoi faire ?), mythologies qui ont eu et qui ont encore la vie dure... Quelle horreur ! Quel gâchis ! Quel drame !
Heureusement il y a toujours eu au cours des siècles au cours des siècles des clairvoyants, des courageux des volontaires qui ont préféré écouter et suivre difficilement Jésus que de se laisser endormir par les drogues douces et les drogues dures des religions chrétiennes, de l’institution de la religion chrétienne.
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