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Israël va dans le mur

 

Roger Parmentier

 

8 novembre 2005
En Palestine, la situation est bien plus folle
et détériorée que nous ne l'imaginons tous. Car les Palestiniens ne sont plus seuls au monde. Beaucoup se solidarisent maintenant avec eux, spécialement Arabes et Musulmans, Chrétiens aussi, qui ont été poussés au comble de l'indignation et de l'exaspération. Déjà pendant des siècles, des chrétiens (ou réputés tels) avaient été odieux avec les musulmans, des Croisades aux colonisations ; mais les Juifs sionistes, construisant le projet (il y a plus de 120 ans) de dépouiller les Palestiniens de leur territoire, de leur capitale et de tous leurs biens, ont provoqué l'irréparable. Juifs israëliens et Juifs français solidaires, vous dîtes maintenant vouloir la paix, mais sans rechercher fondamentalement la justice. C'est sans espoir.

 

A la vérité, des protestants fondamentalistes et « messianiques » vous ont ouvert la voie en étant eux-mêmes « sionistes », (partisans d'un « retour » des Juifs en Palestine), bien avant les Juifs sionistes. Il semble même que ce soit un pasteur alsacien, Haeschler, qui ait « éclairé » Théodore Herzl, lequel voulait envoyer les Juifs coloniser d'autres territoires, car en 1880 on était à l'apogée des entreprises coloniales. Rien n'a été plus abominable que le slogan sioniste « une terre sans peuple, pour un peuple sans terre », car il niait l'existence même des Palestiniens. C'est pourquoi certains voudraient tant se débarrasser totalement des Palestiniens aujourd'hui.

 

Oui, dès la Réforme, des protestants fondamentalistes se sont pris pour le nouveau « peuple élu », en continuité avec l'ancien, depuis le temps de Calvin. Il n'était donc pas étonnant que, copiant les comportement des Hébreux sur l'ordre de Dieu (parait-il) au pays de Canaan, ils aient trouvé légitime outremer le massacre des autochtones, tant aux futurs U.S.A. qu'en Afrique du Sud, aux ex-Indes néerlandaises et en Australie. Des théologies délirantes peuvent avoir des conséquences catastrophiques. D'où le soutien, passé et actuel, de bien des protestants au sionisme.

 

Mais d'autres protestants sont devenus non pas anti-Juifs, mais pro-Palestiniens. J'en fais partie. Je suis de ceux qui, sous l'Occupation, sont venus en aide à des Juifs en danger (insuffisamment, je le reconnais) : avec le pasteur Jean Lelièvre et à la demande de la Cimade, en 1943, j'ai enlevé dans le métro, à la barbe de ses gardiens, un garçon juif de 10 ans (j'aimerais le retrouver !). et hébergé une vieille dame juive, Melle Kolp, chez nous, rue de l'Université, à nos risques et périls ; et animé à 300 mètres du Sénat, au 46 rue de Vaugirard, un groupe clandestin pour combattre l'antisémitisme dans les églises. Dans la même logique ils ont tenté et tentent de venir en aide aux Algériens et aux Palestiniens quand, à leur tour, ils sont en danger. J'avoue avoir beaucoup espéré en 1947 du Plan de partage (normal : nous n'étions pas encore anticolonialistes et avons manqué de discernement). Mais, pour notre défense, nous n'imaginions pas que l'État d'Israël pourrait devenir aussi abominable et que l'État palestinien, prévu par le plan n'existerait pas encore soixante ans plus tard. Je n'ai d'ailleurs toujours pas compris comment une poignée d'Israëliens, à peine sortis épuisés des camps d'extermination ont pu vaincre en 1948 et par la suite des armées arabes : que nous a-t-on caché ?

 

Le vol des territoires palestiniens, les massacres, les emprisonnements, la prise symbolique de Jérusalem, capitale de la Palestine, l'insécurisation croissante des populations, le mépris et l'islamophobie ont suscité partout dans le monde non seulement des pro-palestiniens chrétiens, mais d'indignation et la colère des Arabes et des musulmans, révoltés à l'extrême. S'il y a des islamistes partout dans le monde, à qui la faute ? Et s'il y a des « terroristes » et des kamikazes, n'est-ce pas parce que chacun se bat avec les seules armes dont il dispose ?

 

L'O.N.U. a décidé en 1947 le plan de partage, avec l'espoir (je l'atteste) que se serait un hâvre de paix pour tous les Juifs du monde. Mais à la façon dont lÉtat d'Israël s'est comporté, c'est réussi : cinq guerres et les Juifs ne sont nulle part davantage en danger qu'en Palestine occupée, et mis en péril partout, ainsi que leur parrains américains, et les populations chrétiennes autochtones (et les missionnaires) soupçonnés d'être sionistes et américanophiles.

 

Et maintenant les Juifs disent vouloir la paix, mais ils veulent d'abord et surtout la conquête complète. Bien des Israëliens ne s'en cachent pas. Soyons sans illusion : il n'y aura pas de paix sans justice, c'est-à-dire sans reconnaissance des crimes commis, sans restitution de tous les territoires conquis et « réparations » (autant que faire se peut). Par contre si nous voulons une guerre de cent ans, nous l'aurons ; et des drames incalculables.

 

Qui sont les vrais amis des Juifs ? Ceux qui les encouragent dans l'oppression des Palestiniens ? Ou ceux qui tentent de les faire revenir d'une voie dangereuse et sans issue ? On le sait bien : il n'y a jamais eu de force militaire ou policière, il n'y a jamais eu de « mur » qui n'aient été renversés. Comme dit le prophète : « Ne mettez pas votre confiance dans vos chars et vos chevaux ». Le prix à payer sera très lourd.

 

En conclusion : il ne s'agit pas de sauvegarder seulement les Juifs, mais toutes les minorités, tous les hommes partout. C'était la logique de la Révolution française. Il ne s'agit plus de défendre seulement les droits des Juifs, mais les droits de l'homme partout. C'est la seule issue.

 

Comme le dit un de nos cantiques récents :

Toutes terres sont promises,
Tous les peuples élus,
Toutes les terres sont saintes,
Jamais plus d'exclus.

 

 

NB. Le pasteur Roger Parmentier a refusé d'être déclaré « Juste des Nations » par un État d'Israël qu'il juge injuste

 

 

Transmis par Magali Geudin

 

 

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