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La naissance de l'Enfant

 

Transcription de Luc 1 et 2

 

par des jeunes de 15 - 17 ans

 

avril 1987

 

8 juillet 2002
Beaucoup ont entrepris de prêcher
, d'exhorter, de catéchiser, de faire de la théologie, de publier des livres et des articles sur la religion parmi nous, depuis vingt siècles. Ils croyaient être fidèles à ce qui nous a été transmis depuis le commencement en ressassant de façon traditionnelle un langage incompris du peuple, des mots qui n'expriment plus aucune réalité vécue, des sermons soporifiques, un Évangile dont ils ont retiré tout l'aspect scandaleux, un Christ torturé qui ne nous émeut guère, une charité uniquement verbale, un discours anesthésiant.

C'est pourquoi j'ai décidé, moi aussi, après avoir fait l'exégèse de tout depuis le début, d'actualiser pour toi, cher Monsieur en quête d'idéal, la voie que nous propose Luc, lui qui a osé transcrire l'Évangile des Juifs pour ses compatriotes grecs. Ainsi, tu te rendras compte à quel point - vingt siècles après - cette voie répond aux aspirations profondes de l'humanité moderne.

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Il y a eu sous la cinquième république, un prêtre qui avait fait ses études de théologie à Rome, professeur aux facultés théologiques de Paris, aumônier national de la ACGH. C'était un saint prêtre, obéissant, fidèle aux exigences de l'Église. Mais son Église se vidait, ses séminaristes défroquaient, son mouvement d'Action catholique n'avait aucune influence.
Ce prêtre fut cependant appelé aux plus hautes fonctions : évêque, puis président de la Conférence épiscopale de France, il dirigea les assemblées de Lourdes et publia au nom des évêques de France des mandements que la multitude ignorait et que la presse tronquait.

Alors il fut troublé par tant d'inefficacité. Et il comprit... La crainte s'empara de lui. Une voix intérieure s'éleva alors en lui :
- Va sans crainte, Monseigneur, ta fidélité a été exaucée. Ce que tu appelle, ce que tu prêches depuis si longtemps va se réaliser. Tu en auras joie et allégresse. La solidarité, le partage, ça ne se dit pas, ça se vit. Tu peux leur donner le souffle ; tu peux les vivre. C'est ainsi que tu ramèneras de nombreux chrétiens vers le Seigneur.

Mais l'évêque réfléchit : Comment à son niveau, vivre cela ? Cela ne conviendrait pas. Changer la tradition ancestrale, bouleverser les façons de vivre de son entourage et de nos Églises, ça ne serait pas compris ! Ce n'est plus possible ! Il sut qu'il passait à côté de la Bonne Nouvelle, que cette solidarité se réaliserait, mais pas par lui, ni par l'Église de France. Discrètement il démissionna de sa charge ; il arrêta ses prédications et ses mandements épiscopaux, mais il gardait l'espérance que d'autres, peut-être, moins ligotés au système en place...

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A la même époque, une pauvre gamine de Portugais illettrés, perdue dans les bas-fonds de Marseille, se retrouva enceinte : Bien lourde charge à son âge et dans ces conditions ! Que de ricanements autour d'elle en perspective ! Elle chemina alors au fond d'elle-même :
- Ne crains pas ce gosse qui t'embarrasse et ne le fais pas passer. Tu lui donnera la vie ; tu partageras son sort. S'il est grand pour toi, il sera grand aux yeux du monde. Si tu te sens solidaire de lui, il se sentira solidaire du monde. Tu en feras un homme.
- Mais comment y arriverai-je, pensait-elle ? Je suis si seule, si petite.
- Au contraire, il sera avec toi. Sa vie te fera vivre. Il sera ton idéal, ta raison de vivre, la raison de vivre de l'humanité tout entière. Tu en remontreras à tous les jaseurs, à tous les blasés, les sclérosés, les stériles, les sans espoir.

Et la petite gamine bravant le qu'en dira-t-on clama partout sa Bonne Nouvelle : elle aimait ; elle allait donner la Vie.

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Elle chercha du travail. Pas facile dans sa situation ! Le hasard voulut que le saint évêque, apitoyé, embaucha la petite Portugaise comme domestique. Elle lui raconta son histoire. L'évêque tressaillit : c'était elle la plus près du Seigneur ! Elle débordait de vitalité ; elle y croyait à son Fils. Quelle joie ! elle réveilla l'espérance au coeur du vieil évêque.
La fille explosait :
- Ma vie est grande. Ma vie a un sens. J'éclate de joie. Je suis sauvée. Petite Portugaise humiliée, mon fils me grandit. Tous me disent que j'ai bien agi...
Quelle merveille. Comme c'est bien ! L'amour existe dans toutes les classes sociales pour qui veut aimer. Je n'ai plus peur des bourgeois, des monseigneurs et des fonctionnaires. Je suis l'égale des grands : j'attends un enfant.
Je suis comblée quand tant de riches sont inquiets.
Les petites aussi sont capables de grandes choses. L'avenir est à elles et à tous ceux qui aiment.

Elle travailla chez l'évêque environ trois mois.

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L'évêque comprit que la joie et la solidarité existaient encore. Il en parla autour de lui.
- Dieu visite encore son peuple, disait-il. Il n'est pas là où on croit. Mais il est là où il l'a toujours dit. Il vient réveiller les morts et nous aider à construire la paix, en nous et autour de nous. Ces idées faisaient leur chemin...

C'était la pleine crise économique. Le premier plan Barre. On incitait les travailleurs immigrés à rentrer chez eux et l'opinion publique n'était pas tendre à leur égard. C'est dans ce contexte misérable que la petite Portugaise enfanta. Quelques baroudeurs du milieu et de jeunes drogués furent les seuls à se soucier d'elle. Un petit bonjour en passant... Sa joie les frappa. Sa pauvreté et sa solitude les émut ; mais elle paraissait si paisible, si sûre de l'avenir qu'ils ne purent s'empêcher d'en parler. Elle, elle cheminait toujours au fond d'elle-même.

Comme 86 % des Français, elle fit baptiser son enfant. Elle trouva même le moyen de brûler un cierge.
Un vieux, aussi bon que vieux, qui se trouvait là fut tout attendri par le bébé : celui-ci serait sans doute le dernier qu'il verrait, mais il reprendra le flambeau et assurera l'avenir. Toutefois le vieux ajouta que l'attitude de beaucoup à 'égard des immigrés était scandaleuse, même si d'autres se grandissaient en prenant leur défense ; et que la maman ne l'aurait pas drôle !
Une vieille religieuse du quartier fut aussi peine de respect et d'admiration pour cette jeune étrangère et son bébé. Un bébé qui grandissait, beau, costaud, intelligent, à se demander d'où ça pouvait lui venir...

 

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