Spiritualité des images
Marie-Madeleine
Quentin
Metsys
Flandres, 1520-1525
Musée du Louvre
Peinture des Écoles du Nord,
salle 9
.
Gilles
Castelnau
22 février 2007
Ce nouveau tableau qui vient d'entrer au
Louvre est particulièrement séduisant. La
jeune fille qui est censée représenter Marie-Madeleine
est très belle, d'une grande élégance et
absolument charmante.
Délicatesse du geste avec lequel elle manipule son
magnifique pot de parfum, raffinement de ses vêtements,
balancement maniériste de sa taille. Son visage semble
enfantin, étonné mais ne manifeste ni conversion, ni
culpabilité, ni renoncement au monde.
Certains la trouvent pimbêche. Deux jeunes filles regardant,
au Louvre, le tableau, disaient au contraire qu'elles la
trouvaient sympathique et pourraient être son amie.
Elle pourrait être tout simplement une jolie fille des
Flandres, fille ou amie du peintre ou... de son commanditaire.
C'est le pot, avec lequel elle joue, qui la fait reconnaître
comme Marie-Madeleine.
C'est une expérience surprenante de comparer les diverses
représentations qu'au cours des siècles les artistes
ont données de ce personnage de Marie-Madeleine. En voici
quelques exemples.
Gregor Erhart
1515 Allemagne,
peut-être Augsbourg.
Musée du Louvre
Denon entresol
Sculptures de l'Europe du Nord, salle C
Ses longs cheveux blonds
symboles de sa beauté si mal utilisée couvrent sa
nudité, preuve manifeste de son péché sexuel.

Georges de La Tour
1635
National Gallery of Art, Washington
Rongée de
culpabilité pour les péchés de sa
jeunesse, elle contemple une tête de mort, modèle de
sainte humiliation et de renoncement aux plaisirs du monde.
NB. Un tableau analogue de Georges de La Tour est au Louvre, Richelieu,
2e étage, peintures françaises, salle
28

Pedro Mena y Medrano
1664
Museo Nacional de Escultura,
Valladolid, Espagne
Emplie d'amour pour le Christ
crucifié, elle trouve la paix dans sa contemplation mystique.

Charles de Marochetti
19e siècle
maître-autel de l'église de la Madeleine
à Paris
Vivant en ermite, en Provence,
dans la grotte de la Sainte-Baume, chaque soir des anges l'emmenaient
au ciel où elle écoutait un concert divin.

Artiste inconnu
collection privée
Ses rondeurs demeurent bien
appétissantes ! Ses seins nus et son pot de
parfum la désignent comme Marie-Madeleine. Mais sa repentance
ne semble guère l'affecter.
.
Et dans la
Bible ?
Au cours des siècles, le
personnage de « Marie-Madeleine » a
été composé à partir de quatre femmes
différentes mentionnées dans les évangiles
(Lire sur ce site)
Marie « de
Magdala »
Jésus l'avait
libérée de « sept
démons ». Présente lorsque
Jésus fut crucifié, venue à sa tombe et fut le
premier témoin de sa Résurrection. Elle n'a pas de
parfum et n'est pas présentée comme une
pécheresse.
.
Marie « dont
on parlera toujours »
Dans la maison de Simon le
lépreux, à Béthanie, elle
répand sur la tête de Jésus un parfum de grand
prix, en rapport avec sa mort.
.
Marie sœur de Marthe
et de Lazare
Dans la maison de Lazare, à
Béthanie, répand sur les pieds de
Jésus un parfum de grand prix, en rapport avec sa mort.
.
La pécheresse
anonyme
Dans la maison de Simon le
pharisien. Elle pleure et répand du parfum sur les
pieds de Jésus, en rapport avec son pardon.
REMARQUE. Chacun de
ces récits transmet un message spirituel particulier,
médité et exposé par ses auteurs. Si on fait fi
de ce travail rédactionnel théologique pour fantasmer
à sa guise comme l'ont fait les artistes mentionnés on
passe évidemment à côté de ce que les
évangélistes ont voulu nous faire comprendre !
Voir aussi
Gilles Castelnau Marie-Madeleine
Pierre-Jean Ruff Marie-Madeleine
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