Spiritualité des images
La Vierge à
l'Enfant avec saint François
Le Dominiquin
Bologne 1581 - Naples
1641
Musée du
Louvre
Grande galerie
vitrine dans la 2e rotonde à
partir du bout
Gilles
Castelnau
5 octobre 2007
Ce tableau a suffisamment plu au roi
Louis XIV pour qu'il l'achète
(il a d'ailleurs acheté 16 oeuvres du Dominiquin). Cela
en dit long sur le genre de spiritualité qu'il
cultivait.
Il est à présumer que ce
n'était pas au visage défait et exsangue du saint
que s'identifiait dans ses
méditations le roi très chrétien. La gentillesse
souriante de l'Enfant ne lui ressemblait guère non
plus.
La Vierge peut-être, malgré qu'elle soit femme : les traits
de son visage, en effet, ne sont pas transfigurés ; le
Dominquin les a peints de manière tout à fait humaine
avec le rose aux joues et le rouge à lèvres. Il a aussi
choisi une coiffure très sophistiquée avec une belle
tresse. Ses vêtements ne sont, naturellement pas ceux de la
cour, mais l'éclat des couleurs de son manteau et de sa robe
est encore rehaussé par la peinture sur cuivre. Ils devaient
plaire au roi. Ainsi que le pied posé avec indifférence
sur la tête d'un angelot qui ne semble pas ravi de la chose,
mais accepte sa situation de sujet soumis à
l'autorité !
Louis XIV qui aimait se faire appeler
« roi-soleil »
se situait plutôt, inconsciemment, dans la lumière
dorée et magnifique qui nimbe la Vierge, dans laquelle vivent
les angelots et à laquelle appartient évidemment
l'Enfant Jésus, que la Vierge ne veut pas lâcher
complètement, comme si elle en entendait montrer ainsi qu'elle
en conservait la propriété !
Le saint quant à lui ne semble
guère ragaillardi de tenir
dans ses bras un Jésus rose et frais qui lui sourit, plein de
vie et lui caresse gentiment le visage. Un visage
émacié, livide, terreux, aux yeux cernés de
noir, à la bouche entrouverte comme si elle exhalait son
dernier souffle avant sa pamoison.
Si le saint est un modèle de vie
chrétienne, comme le sujet du
tableau semble bien de montrer, il ne s'agit pas d'une
spiritualité heureuse et dynamique. On ne l'imagine pas se
levant pour construire avec ses frères les autres hommes un
monde plus fraternel et meilleur dans l'Esprit de ce Christ qu'il a
pourtant tenu dans ses bras.
Et cependant le Dominiquin a justement
représenté à l'arrière
plan un monde calme aux belles et
paisibles montagnes bleues et au ciel lumineux où il semble
faire bon vivre et dans lequel les hommes n'ont pas de raisons de
montrer un visage blafard et lamentable !
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