| Spiritualité des images
Louis Janmot,
le Vol de l'âme
Le poème de
l'âme
1855
Louis Janmot
Lyon 1814-1892
Musée des
Beaux-Arts de Lyon
Gilles
Castelnau
25 mars 2008
Une salle complète est
réservée dans le musée des Beaux-Arts de
Lyon aux 18 grandes toiles de Louis
Janmot, nommées « le
Poème de l'âme ».
Elles sont saisissantes de calme, de
mystère surnaturel et féerique. Par leur nombre et
leurs dimensions, couvrant les quatre murs de la salle, elles
enveloppent le visiteur d'une extraordinaire atmosphère
religieuse.
Ces18 peintures ont eu du succès en
leur temps. Eugène Delacroix.les a remarquées et les a
fait présenter en 1855 à l'Exposition universelle
de Paris où elles ont séduit Théophile Gautier
et Baudelaire.
Louis Janmot, l'Ange et la
mère
Elles sont accompagnées de cartons
explicatifs qui reproduisent des
passages de l'immense poème de Janmot lui-même dans le
style inquiet et langoureux du romantisme.
Vous seul savez, mon Dieu, quels
dangers, que d'alarmes
Menacent votre enfant [...]
Pitié pour lui, Seigneur et pour ce coeur de mère
Plein d'amour si saint, et si fort et si doux.
Tous ces tableaux décrivent les
différents moments de la vie d'une jeune fille (certains y voient plutôt un garçon)
constamment accompagnée d'une amie surnaturelle, vêtue
de blanc qui symbolise la présence permanente à nos
côtés de l'au-delà.
Dès sa naissance, entourée des bras de sa mère,
l'amie vêtue de blanc est là, priante,
concentrée. Le peintre lui a, pour cette fois seulement,
attribué les ailes qui en font un ange gardien. Cette
présence divine aimante et protectrice pourrait donner le
sentiment d'une belle assurance devant la vie qui s'ouvre à
l'enfant, si le pessimisme du poème ne la démentait
étrangement. (Il est vrai que le découpage attribuant
une strophe à chaque tableau n'est pas le fait de Louis Janmot
lui-même, qui en aurait peut-être été
surpris).
Louis Janmot, le Toit
paternel
Des années ont
passé. L'enfant est bien
heureusement élevé dans le cadre sécurisant
d'une famille paisible et bien pensante. Elle (il ?) rêve
le visage tourné vers le ciel, toujours accompagné de
son amie en blanc, qui a maintenant son âge et lui adresse les
bonnes paroles, probablement paisible, morales et encourageantes qui
l'aideront à être une enfant pieuse et bonne,
vouée au bien et détournée du mal.
Louis Janmot, le Mauvais
sentier
Ainsi accompagnée, elle saura monter l'étroit chemin de la
vérité sans se laisser tenter par les paroles douteuses
et inquiétantes de tous les tentateurs qu'elle sera bien
avisée de ne pas écouter.
Bonheur céleste des enfants de
Dieu ou aliénation étouffante ? Dans la suite de ces tableaux, cette pauvre enfant ne
parviendra jamais à l'âge adulte. Janmot lui fera gagner
le ciel encore bien jeune (c'est le tableau reproduit ci-dessus),
avant qu'elle ait pu assumer elle-même (lui-même ?)
les saines recommandations de son double excédant.
Elle n'aura connu de la vie que la douceur
des plaisirs bienséants.
Elle n'aura rien su du malheurs des
pauvres gens en cette année 1855 où la hausse vertigineuse des prix
n'était pas compensée par l'augmentation des salaires
et où les grèves des ouvriers n'apportaient
guère d'améliorations à la société
du Second Empire. La même année, Alfred Stevens
proposera un pont de vue bien différent.
Alfred Stevens, Ce qu'on
appelle le vagabondage, 1854
Mais comme sa belle
élévation de pensée et sa fidèle fusion dans l'au-delà aura
donc donné d'apaisement à cette si belle
âme !
Louis Janmot, Rayons de
soleil
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