Spiritualité des images

Georges Rouault, « Bénigne », 1939
Georges Rouault
les chefs-d’œuvre de la collection Idemitsu
Pinacothèque de Paris
28 place de la Madeleine, Paris
jusqu'au 18 janvier 2009
Gilles
Castelnau
22 septembre 2008
C'est du Japon que nous vient cette collection de 70 oeuvres de Rouault. Étrangement, un industriel japonais ayant fait fortune dans le pétrole s’est passionné pour Rouault. Sazo Idemitsu possédait 400 de ses oeuvres, ce qui en fait la collection de Rouault la plus importante au monde.
« Le peintre est apprécié au Japon depuis les années 20 », a indiqué à l'AFP Marc Restellini, directeur de la Pinacothèque et commissaire de l'exposition. « On peut se demander comment un artiste aussi engagé dans le christianisme a pu plaire à ce point dans un pays où dominent la religion shinto et le bouddhisme. Les Japonais observent les oeuvres d'une manière méditative. C'est un voyage intérieur. Les oeuvres de Rouault invitent à cette profondeur ».
Un panneau de l’exposition hasarde la comparaison des portraits de Rouault présentés à l’exposition à la contemplation méditative que proposent les jardins zen japonais.

Jardin zen japonais
En effet les tableaux de Rouault et notamment les nombreux portraits qui constituent l’essentiel de l’exposition n’expriment aucun sentiment ni aucun mouvement. C’est leur immobilité et leur neutralité même qui interrogent le visiteur et l’amènent à projeter sur eux en réponse sa propre personnalité, son être personnel. Rouault en n’attribuant aucun sentiment à ses personnages, aucune pensée, aucune intention nous laisse libre d’imaginer ce qui monte de notre coeur. C’est à notre être le plus intime que ces tableaux permettent de venir à la surface.
Je comprends que les Japonais aient eu l’impression d’entrer à leur contact dans la même contemplation méditative que leur inspiraient l’aspect lisse, nu et vide de sens des jardins zen. « Lorsque des idées surgissent en toi, disent les maîtres zen, laisse les venir puis s’en aller librement comme les nuages poussés par le vent ». Ainsi en est-il de nos méditations suscitées en plein Paris dans les salles feutrées de la Pinacothèque.
Rouault peintre religieux, a-t-on beaucoup dit. Nos contemporains seraient-ils si peu habitués à la paisible méditation intérieure pour qualifier forcément de « religieux » ce qui n’est, après tout que simple introspection ? Ou le rôle de la « religion » serait-il de nous amener à nous interroger nous-même sur le sens de notre existence et la nature de nos pensées ?
Rouault a effectivement peint de nombreux crucifix et une tête de Christ figure dans un des ultimes tableaux de l’exposition. Est-ce cela qui rapprochera la réflexion intérieure du visiteur de celle des disciples de Jésus-Christ ? La spiritualité chrétienne se borne-t-elle à ouvrir son esprit aux souffles libres qui traversent le sable nu des jardins japonais ? Le Christ ne nous fait-il pas monter au coeur une créativité souriante et davantage entraînante que le seul recueillement rêveur qui émane de cette exposition ?
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