Le christianisme est l'annonce de la
création nouvelle, de
l'être nouveau, de la réalité nouvelle, apparue
avec la présence de Jésus, lequel pour cette raison et
précisément pour cette raison, est appelé le
Christ. Car le Christ, autrement dit, le messie, l'élu et
l'oint, c'est celui qui apporte un nouvel état de
choses
Nous vivons tous dans l'ancien état
de choses et notre texte nous demande avec insistance :
participons-nous aussi à la création nouvelle ?
Nous appartenons à l'ancienne création et le
christianisme nous demande de participer aussi à la
création nouvelle. Nous avons appris à nous
connaître dans notre être ancien ; au cours de cette
heure nous allons nous demander si nous avons aussi fait
l'expérience d'un être nouveau.
Quel est cet être
nouveau ?
Paul répond d'abord en disant ce
qu'il n'est pas. Ce n'est ni la
circoncision, Ni l'incirconcision.
Cela signifie pour Paul et pour les lecteurs
de sa lettre quelque chose de bien défini. Cela signifie
qu'être juif ou païen n'a pas d'importance ultime, et que
seul compte le fait d'être uni à celui en qui la
réalité nouvelle est présente.
Circoncision et incirconcision, qu'est ce que cela signifie pour
nous ? Cela signifie quelque chose de très défini
et en même temps de très universel. Cela signifie
qu'aucune religion comme telle ne crée l'être nouveau.
La circoncision est un rite religieux observé par les
juifs ; les sacrifices sont des rites religieux observés
par les païens ; le baptême est un rite religieux
observé par les chrétiens. Tous ces rites importent
peu, seule importe une création nouvelle. Et puisque dans le
langage de Paul ces rites représentent la religion dont ils
sont une partie, nous pouvons dire :
Aucune religion n'a d'importance, seul
importe un état de choses nouveau. Réfléchissons à cette
affirmation saisissante de Paul. Elle déclare
premièrement que le christianisme est plus qu'une
religion ; c'est l'annonce de la création nouvelle.
Le christianisme comme religion n'est pas important ; il est
comme la circoncision ou l'incirconcision, ni plus, ni moins !
Pouvons-nous imaginer les conséquences de cette
déclaration de l'apôtre pour notre
situation ?
Dans le monde présent, le
christianisme rencontre diverses formes de circoncision et
d'incirconcision.
La circoncision peut représenter
aujourd'hui ce qu'on appelle la religion et l'incirconcision ce qu'on
appelle la laïcité, avec ses exigences quasiment
religieuses.
À côté du
christianisme, existent de grandes religions : l'hindouisme, le bouddhisme, l'islam et ce qui
demeure du judaïsme classique ; ces religions ont leurs
mythes et leurs rites autrement dit leur « circoncision » - qui leur donnent leurs caractéristiques
propres. Existent aussi des mouvements laïques, tels le
fascisme et le communisme, l'humanisme laïque et
l'Idéalisme éthique.
Ces mouvements s'efforcent d'écarter
les mythes et les rites et représentent autrement dit
l'incirconcision.
Ils prétendent à la
vérité ultime et exigent une complète
consécration. Comment le christianisme se tournera t-il vers
eux ? Leur dira-t-il : Venez à nous, nous sommes la
meilleure des religions ; notre genre de circoncision ou
d'incirconcision est supérieure au vôtre ? Faut-il
louer le christianisme comme s'il était notre style de vie,
religieux et laïc ? Faut-il transformer le message
chrétien en récit de réussite, et dire à
la façon de la publicité :
Faites-en l'essai auprès de nous et
vous verrez que vous ne pourrez plus vous en passer ! Certains
missionnaires, certains clercs et certains laïcs font usage de
pareilles méthodes. Ils montrent leur totale
incompréhension du christianisme.
L'apôtre, qui fut à la fois un
missionnaire, un clerc et un laïc déclare quelque chose
de bien différent. Il dit : aucune religion
particulière n'a d'importance, ni la nôtre, ni la
vôtre ; par contre, je peux vous dire que quelque chose
d'important est arrivé, quelque chose qui nous juge vous et
moi, votre religion et la mienne : une création nouvelle
est intervenue, un être nouveau est apparu ; nous sommes tous
appelés à y participer.
Quand nous rencontrons des païens et
des juifs nous devrions leur
dire : Ne comparez pas votre religion à notre religion,
vos rites à nos rites, vos prophètes à nos
prophètes, vos prêtres à nos prêtres, vos
saints à nos saints. Cela n'a pas de sens ! Et surtout
ne pensez pas que nous voulons vous convertir au christianisme
anglais ou américain, ou à la religion du monde
occidental. Nous ne voulons pas vous attirer à nous ni
même aux meilleurs d'entre nous. Cela ne servirait à
rien ! Nous voulons seulement vous montrer ce que nous avons vu
et vous dire ce que nous avons entendu : il y a une nouvelle
création au milieu de l'ancienne création et cette
nouvelle création est manifeste en Jésus qu'on appelle
le Christ.
Quand nous rencontrons des fascistes et
des communistes, des humanistes
scientistes et des représentants de l'éthique
idéaliste, nous devrions leur dire : Ne vous vantez pas
trop de n'avoir pas de rite ni de mythe, d'être
libérés de la superstition et d'être parfaitement
rationnels,
« incirconcis »
en tout sens du terme. En premier lieu, vous avez vous aussi vos
rites et vos mythes, et votre petite circoncision ; ils sont
même très importants pour vous. Si vous en étiez
complètement libres, vous n'auriez pas besoin de mettre en
évidence votre in-circoncision. Cela n'a pas de sens !
Ne pensez pas que nous voulons vous détourner de la
laïcité pour vous tourner vers la religion, que nous
voulons faire de vous des religieux, membres d'une religion
supérieure, la religion chrétienne, et en son sein
d'une grande dénomination, la nôtre ! Cela
n'aurait pas de sens. Nous voulons seulement vous faire
connaître l'expérience que nous avons faite ici et
maintenant, dans le monde, celle d'une nouvelle création,
souvent cachée, parfois manifeste, mais assurément
manifeste en Jésus qu'on appelle le Christ.
C'est de cette manière que nous
devrions nous adresser à ceux qui, religieux ou laïques,
se tiennent en dehors de la sphère du christianisme. Nous ne
devrions pas trop nous préoccuper de la religion
chrétienne, de l'état des Églises, de leur
fréquentation, de leurs doctrines, de leurs institutions, de
leurs ministres, de leurs sermons et de leurs sacrements.
C'est la « circoncision » et son absence, la sécularisation,
aujourd'hui répandue de plus en plus dans le monde, c'est
l'« incirconcision ».
L'une et l'autre sont sans importance si
l'on pose la question ultime, la question de la réalité
nouvelle. Cette question infiniment importante devrait nous
préoccuper plus que tout sous le ciel et sur la terre. La
création nouvelle - c'est notre préoccupation
ultime : elle devrait nous passionner infiniment - elle est
la passion infinie de tout être humain.
Comparativement, la religion ou
l'a-religion, le christianisme ou le non-christianisme, importent
très peu - et comptent pour rien ultimement.
Permettez-moi maintenant de vanter un
instant le fait que nous sommes chrétiens ; soyons fous de vantardise, comme le dit Paul
quand il commence à se vanter. Il est important
qu'étant chrétien on puisse soutenir l'idée que
cela n'a pas d'importance. La puissance spirituelle de la religion
permet à celui qui est religieux de considérer sans
crainte la vanité de la religion. Le fruit le plus mûr
la pensée chrétienne consiste à comprendre que
le christianisme en tant que tel n'a pas de sens. Voilà de la
vantardise, non pas une vantardise personnelle, mais une vantardise
à propos du christianisme. Comme vantardise, c'est une folie.
Mais comme vantardise relativement au fait qu'il n'y a pas de quoi se
vanter, c'est de la sagesse et de la maturité. Avoir sans
avoir - est une attitude juste à l'égard de tout
ce qui est grand et merveilleux dans la vie, même à
l'égard de la religion et du christianisme. Par contre, ce
n'est pas une attitude juste à l'égard de la
création nouvelle. L'attitude juste a l'égard de la
création nouvelle est un désir passionné et
infini.
Soulevons de nouveau la
question
quel est cet être nouveau ?
L'être nouveau n'est pas quelque
chose qui remplacerait simplement l'être ancien. C'est un renouveau de l'ancien, lequel a
été corrompu, déformé, divisé,
presque détruit, mais pas détruit complètement.
Le salut ne détruit pas la création ; il fait de
l'ancienne création une création nouvelle.
Aussi faut-il parler du nouveau en termes de
re-nouveau du triple « re » de la re-conciliation, de
la re-union, de la re
-surrection.
Paul associe dans sa lettre la
création nouvelle et la réconciliation. Le message de
la réconciliation est : Soyez réconcilié
avec Dieu. Cessez de lui être hostile, car jamais il n'est
hostile envers vous. Le message de la réconciliation n'est pas
que Dieu a besoin d'être réconcilié. Comment
pourrait-il l'être ? Il est la source et la puissance de
la réconciliation, qui pourrait le réconcilier ?
Mais païens, juifs, et chrétiens - nous avons tous
essayé et essayons encore de nous réconcilier avec lui
à l'aide de rites, de sacrements, de prières et de
services, d'actions morales et d'�uvres de charité. Si nous
tentons de le faire, si nous essayons de lui donner quelque chose, de
lui montrer des bonnes �uvres pour l'apaiser, nous échouons.
Il n'y en a jamais assez ! Nous ne pouvons jamais le
satisfaire ; l'exigence est infinie. Du fait que nous ne
pouvons pas l'apaiser, nous devenons hostiles envers lui.
N'avez-vous jamais remarqué la somme d'hostilité envers
Dieu qu'on trouve dans les profondeurs de gens honnêtes et bons
qui excellent en �uvres de charité, en piété et
en zèle religieux ?
Chacun est hostile, consciemment ou
inconsciemment, envers ceux dont il
se sent rejeté. Tout le monde se trouve ans cette situation,
que l'on nomme « Dieu »,
« nature »,
« destin » ou
« condition sociale » ce qui nous rejette. Chacun éprouve de
l'hostilité envers l'existence dans laquelle il est
jeté, envers les puissances cachées qui
déterminent sa vie et celle de l'univers, envers ce qui le
rend coupable et le menace de destruction parce qu'il est devenu
coupable. Nous nous sentons tous rejetés et hostiles envers
ce qui nous a rejeté. Nous essayons de l'apaiser et
l'échec nous rend encore plus hostiles encore. Cela se
produit souvent à notre insu.
Mais il y a deux symptômes que nous ne
pouvons pas éviter de voir : l'hostilité envers
nous-même et l'hostilité envers les autres. On parle
souvent de l'orgueil, de l'arrogance, de la suffisance et de la
complaisance des gens. C'est souvent le niveau le plus superficiel
de leur être. En dessous, au niveau plus profond, il y a un
refus de soi, un dégoût et même une haine de soi.
Soyez réconciliés avec Dieu signifie aussi : soyez
réconciliés avec vous-mêmes ! Car nous ne le
sommes pas ; nous cherchons à nous apaiser
nous-mêmes. Nous-nous efforçons de nous rendre plus
acceptables. Celui qui se sent rejeté par Dieu et qui se
rejette se sent aussi rejeté par les autres. Plus il
éprouve d'hostilité envers son destin, plus il en
éprouve envers lui-même et envers les autres.
S'il nous arrive d'être saisi d'horreur devant
l'hostilité inconsciente ou consciente que les autres
trahissent à notre égard, ou en découvrant notre
propre hostilité envers ceux que nous croyons aimer,
n'oublions pas qu'eux aussi se sentent rejetés par nous et que
nous-nous sentons rejetés par eux. Ils se sont efforcés
de se faire accepter et ils ont échoué. Nous nous
sommes efforcés de nous faire accepter et nous avons
échoué. Leur hostilité comme la nôtre
s'accroît.
Soyez réconciliés avec
Dieu ! Cela signifie
aussi : soyez réconciliés avec les autres !
Mais cela ne signifie pas : essayez de vous réconcilier
avec les autres ! Cela ne signifie pas non plus : essayez
de vous réconcilier avec vous-mêmes ! Essayez de
vous réconcilier avec Dieu, vous échouerez ! Voici
le message :
Une nouvelle réalité est apparue au sein de laquelle
vous êtes réconciliés. Nous n'avons rien
à montrer pour entrer dans l'être nouveau ; nous
devons seulement nous ouvrir pour qu'il nous saisisse.
Rien à
montrer !
Le premier signe de la
réalité nouvelle est d'être
réconcilié, le second
signe est d'être réuni. La réconciliation rend
possible la réunion. La nouvelle création est la
réalité qui réunit ce qui est
séparé. L'être nouveau s'est manifesté en
Christ parce chez lui la séparation ne l'a jamais
emporté sur son unité avec Dieu, avec l'humanité
et avec lui-même. C'est ce qui confère à l'image
que les évangiles présentent de lui une puissance
irrésistible et inépuisable. Nous découvrons en
lui une vie humaine qui maintient l'unité en dépit de
tout ce qui la pousse à la séparation.
Il représente et médiatise la
puissance de l'être nouveau, parce qu'il représente et
médiatise la puissance d'une unité
ininterrompue.
Là où apparaît la
réalité nouvelle, on se sent uni à Dieu, fond et
sens de toute existence. On éprouve ce qu'on appelait jadis
l'amour du destin ; ce qu'on pourrait appeler aujourd'hui, le
courage d'assumer sa propre angoisse. On fait alors
l'expérience étonnante d'être uni à soi,
non dans l'orgueil et la suffisance, mais dans l'acceptation profonde
de soi. On s'accepte soi-même comme une réalité
d'une importance éternelle, éternellement aimée,
éternellement acceptée. Le dégoût de soi,
la haine de soi disparaissent. La vie trouve un centre, une
direction, un sens. Toute guérison - physique ou
mentale - crée une réunion de soi avec soi.
Là où intervient une véritable guérison,
là est l'être nouveau, la création nouvelle.
Mais pour qu'advienne une guérison véritable il ne
suffit pas qu'une partie du corps ou de l'esprit soit réuni
à l'ensemble, il faut que cet ensemble - notre être
entier notre personnalité entière - soit uni
à lui-même. La nouvelle création est une
création qui guérit, parce qu'elle réuni
à soi et qu'elle réunit aux autres. Rien de plus
caractéristique de l'ancien être que la
séparation entre les hommes.
Rien n'est recherché plus
passionnément que la guérison de la
société, que
l'être nouveau au sein de l'histoire et dans les relations
humaines. La lourde accusation de n'avoir pas contribué
à l'union de l'humanité pèse lourdement sur la
Religion et sur le christianisme. Qui peut nier le bien fondé
de ce défi ? Néanmoins, l'humanité
continue de vivre, et elle ne vivrait plus si la puissance de la
réunion, de guérison, de la création nouvelle ne
l'emportait en permanence dans l'histoire humaine sur la
séparation.
Chaque fois que l'un de nous est saisi par un visage humain en tant
qu'humain, chaque fois que sont surmontés des
répugnances personnelles, des préjugés raciaux,
des conflits nationaux, la différence des sexes, de
l'âge, de la beauté, de la force, de la connaissance et
beaucoup d'autres causes de séparation - alors advient la
création nouvelle ! L'humanité ne vit que parce
que cela se produit sans cesse. Si l'Église, en tant
qu'assemblée de Dieu a une signification ultime, elle-ci tient
au fait qu'on y proclame, qu'on y reconnaît, et qu'on y
réalise, même partiellement, dans la faiblesse et les
distorsions, la réunion des l'humains les uns avec les
autres.
L'Église est le lieu où la
réunion de l'homme avec l'homme se produit effectivement, en
dépit du fait que l'Église de Dieu soit trahie
continuellement par les Églises chrétiennes. Trahie et
repoussée, la création nouvelle sauve et maintient les
Églises, l'humanité et l'histoire, qui pourtant la
trahissent et la repoussent.
L'Église, comme tous ses membres,
rechute de l'être nouveau dans l'ancien
être. C'est pourquoi le
troisième signe de la création nouvelle est la
re-surrection.
Le mot « résurrection » évoque auprès de beaucoup un cadavre
surgissant de la tombe, ou tout autre image fantastique. Or le mot
« résurrection » désigne le triomphe d'un état de
choses nouveau, la naissance d'un être nouveau à partir
de la mort de l'ancien. La résurrection n'est pas un
événement qui pourrait se produire dans un certain
futur lointain, elle est, ici et maintenant, aujourd'hui et demain,
la puissance de créer la vie à partir de la mort de
l'être nouveau,
Là où est l'être nouveau, là est la
résurrection, autrement dit la création
éternelle de tout moment du temps. L'être ancien porte
la marque de la désintégration et de la mort.
L'être nouveau place une marque nouvelle sur l'ancien. De la
désintégration et de la mort naît une
réalité d'une signification éternelle.
Ce qui fut immergé dans la dissolution émerge dans la
création nouvelle. La résurrection se produit
maintenant ou jamais. Elle se produit en nous et autour de nous,
dans l'âme, dans l'histoire, dans la nature et dans
l'univers.
Réconciliation, réunion,
résurrection - telle est
la création nouvelle, l'être nouveau, l'état de
choses nouveau.
Y participons-nous ?
Le message du christianisme n'est pas le
christianisme, mais une réalité nouvelle. Un
état de choses nouveau est apparu. Il apparaît encore.
Il est caché et il est visible, il est ici et il est
là.
Acceptez-le, entrez et laissez-vous saisir
par lui.
Traduction Jean-Marc
Saint
Vos
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