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Quatre interviews d'une demi-heure
avec Gilles Castelnau
sur la radio Fréquence protestante

Transcription
Christophe Avellaneda

4

La science, l'œcuménisme,
la femme

 

11 février 2003
On me pose la question de la datation des textes bibliques
. Le judaïsme conçoit quatre niveaux de compréhension des textes : Le sens littéral, Le niveau de l'allusion, le midrach et la mystique. Le Bible n'est pas un texte historique, un texte de physique ou de géographie, bien qu'on puisse y trouver des indications de dates de certains événements, elle est avant tout un message spirituel. Ainsi le récit de la Création du monde donne un certains nombre d'éléments qui ne sont pas ceux qu'aurait donnés un physicien qui décrirait le Big bang.

Il n'y a pas de contradiction entre la science et le judaïsme. Ainsi la théorie du Big bang mentionne la lumière dès la première explosion primordiale. Elle mentionne aussi les ténèbres et la structure permettant au plasma de s'organiser, et de permettre la naissance des première cellules. Le texte de la Genèse ne s'y appesantit pas, n'étant ni un livre de cosmologie, ni un livre de physique ou de géographie. Néanmoins on peut trouver une correspondance entre le sens littéral du texte biblique et le niveau scientifique.

En ce qui concerne les diverses approches scientifiques, notamment archéologiques, il faut bien admettre que des théories opposées s'affrontent et que tout peut être mis en question. Je suis un scientifique et je sais que, par exemple, la théorie de la relativité montre que la vitesse peut tout changer. Selon que l'on considère la vitesse de rotation de la terre ou sa vitesse au niveau de la galaxie : certaines accélérations s'additionnent, ou s'opposent. L'hypothèse n'est qu'une partie de la vérité, elle n'est pas la vérité. On ne peut donc pas affirmer qu'il y a contradiction entre la science et la tradition.

Le Professeur Vajda était un grand spécialiste de la critique biblique, enseignant à l'école rabbinique. Lors de la découverte des manuscrits de la mer Morte, il a déclaré : « Nous devons remettre complètement en question notre conception de la critique biblique. Ainsi, vous devrez désormais ajouter un point d'interrogation à chacun de mes enseignements. »

Il en est de même en ce qui concerne les certitudes philosophiques. Les différents systèmes que les plus grands philosophes ont passé leur vie à élaborer sont parfois remis en question par une nouvelle découverte.

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Parlons de la datation des textes bibliques. Pour le judaïsme le monde a 5763 ans à partir de la création de l'homme. Quant à la création du monde lui-même, nous devons tenir compte du fait que la durée du jour n'était pas, à l'origine, la même qu'aujourd'hui où elle est de 24 heures. Un homme emprisonné sans montre n'accordera pas la même durée à la journée qu'un autre.
On peut d'ailleurs remarquer que le récit de la création en Genèse 1, en parlant du premier jour ne dit justement pas « premier jour » mais « jour un ». Alors que les autres jours sont ainsi nommés : « deuxième jour », « troisième jour » etc. C'est que ce terme de « un » n'est pas seulement arithmétique mais désigne une unicité qui nous dépasse et qui nous transcende. Comme dans la phrase : « Écoute Israël, Dieu est un et notre Dieu est un ».

Ceci est le signe d'une grande différence entre les premiers jours de la création et le reste de l'histoire du monde. Combien ont duré ces Premiers jours. Quelle était la dimension du temps dans ces premiers jours. En parlant d'un point de vue rationnel, scientifique il faut bien reconnaître que le temps est une donnée qui nous échappe. Einstein a démontré la théorie de la relativité : si l'on embarquait dans une fusée volant à une vitesse proche de celle de la lumière notre vieillissement serait plus lent, le temps s'écoulerait plus lentement.

Au temps bibliques, où Mathusalem a vécu 969 ans, la durée de sa vie a dépendu de sa spiritualité. Ces générations anciennes encore proches de la création du Premier homme qui était le prototype de l'homme spirituel avaient des potentialités qui nous dépassent.

 

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En ce qui concerne l'oecuménisme, les relations avec les autres religions, le peuple juif ne comprend pas la notion de peuple élu comme une supériorité. Il n'y a pas de hiérarchie. Comment une hiérarchie pourrait-elle exister en matière de spiritualité ?
La notion d'élection a une signification de responsabilité, un peu comme on dit parfois « Noblesse oblige », bien que le terme de noblesse ne convienne pas, car il ne s'agit pas de noblesse : tous les hommes sont nobles car tous descendent du Premier homme.
Les différences entre les hommes n'auraient jamais dû exister. Les hommes auraient tous dû appartenir à une seule grande famille à la spiritualité élevée.

Je suis extrêmement favorable à la réflexion �cuménique, aux échanges entre religions dans le but de se connaître avec tolérance, dans le respect et la vérité de l'autre. Cela procure un enrichissement mutuel et on peut espérer qu'un jour la lumière d'en haut nous éclairera tous.

Si quelqu'un souhaite épouser le judaïsme, pénétrer dans sa spiritualité, il lui suffit de s'ouvrir à une acceptation totale du système juif. On entend dire qu'il est très long et très difficile de devenir Juif. Il est vrai que la prise de conscience que cela implique nécessite du temps. Elle correspond à un changement profond de la façon de vivre : La cachrout, la vie de famille, la célébration des fêtes, du chabat, amènent à réorganiser sa vie différemment.
Ceci étant, devenir juif est très facile. D'ailleurs le judaïsme ne pousse pas à ce changement et n'a jamais souhaité que tout le monde devienne juif.

Nous estimons qu'il faut respecter chacun dans sa différence tout en multipliant les échanges dans un but d'enrichissement mutuel. Et si quelqu'un doit révéler des erreurs, que ce soit Dieu et lui seul qui le fasse, lui qui est amour et lumière.

 

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Parlons de la place de la femme. Sans entrer dans toutes les discussions modernes, tenons-nous en à la tradition qui remonte au Sinaï et même plus haut. Dans les synagogues la place qui leur est réservée est au balcon ; elles y ont une bonne vue d'ensemble : en général toutes les grandes et belles synagogues parisiennes ont toujours une mezzanine qui offre une vue plongeante. Mais elles ne sont pas assises à côté des hommes. Une exception est parfois faite dans certaines cérémonies de mariage.

Le Maral de Prague, un grand maître qui vivait il y a quelques siècles a dit : « l'homme et la femme ont tous deux une polarité masculine et une polarité féminine. Chez l'homme c'est la polarité masculine qui est majoritaire et chez la femme c'est la polarité féminine. »
La polarité masculine est désir d'aventure, volonté de découvrir le monde. La dimension féminine est plus profonde, plus stable, plus investie. La polarité masculine majoritaire en l'homme est plus superficielle. La vie de couple permet un rééquilibrage des deux.
Si l'on a l'impression que la femme est en retrait, en réalité est représente la pierre angulaire de la famille.

 

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En conclusion je voudrais dire mon espérance que nous marchions ensemble sur des chemins de paix. Je souhaite que le mot de religion, le nom de Dieu soit synonyme de lumière et surtout pas de ténèbres, d'affrontements et de haine !

 

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