Dialogue inter religieux
Jésus
était-il
un bon ou
un mauvais juif ?
Gilles Castelnau
26 octobre 2001
Jésus était juif, c'est
certain. Il disait de
Zachée :
« Celui-ci est
aussi un fils d'Abraham »
Luc 19.9
et du centurion :
« Beaucoup
viendront de l'Orient et de l'Occident et se mettront à table
avec Abraham, Isaac et Jacob dans le royaume des
cieux » Matthieu 8.11.
Il est mort, selon Matthieu, en citant le
Psaume 22, comme bien d'autres juifs avant lui (et après
lui) :
« Mon Dieu, mon
Dieu pourquoi m'as-tu abandonné ? »
ou selon Luc, le
Psaume 31 :
« Père, Je
remets mon esprit entre tes mains ».
Son attachement
fondamental à la
prédication du
« Royaume de Dieu » était une constante du judaïsme. L'amour
et la présence de Dieu dont il témoignait auprès
des pauvres, des coupables, des humiliés, des affamés
le situait dans l'esprit des prophètes d'Israël.
Luc 25.27 l'explicite :
« Commençant
par Moïse et par tous les prophètes, il expliqua dans
toutes les Écritures ce qui le
concernait. »
D'ailleurs, à son
époque, il y avait plusieurs
manières d'être juif et si la polémique
était vive entre Pharisiens, Sadducéens,
Zélotes, Esséniens de Qumran et d'autres encore, aucune
de ces tendances n'avait l'idée d'« excommunier » les autres. Et de même que Luther n'entendait
pas fonder une nouvelle Église, Jésus en
s'efforçant de réformer les pensées et les
pratiques du peuple, comme l'avaient fait les prophètes avant
lui, n'a jamais prétendu susciter une nouvelle religion.
Pourtant très rapidement, deux points fondamentaux de sa
Réforme ont été refusés par la
majorité des juifs.
- L'anti-légalisme de
Jésus.
Paul nous dit le premier :
« En
Jésus-Christ, ce qui a de la valeur, ce n'est ni la
circoncision, ni l'incirconcision, mais la foi qui est agissante par
l'amour » Galates 5.6.
Et Luc :
« Le Fils de
l'homme est maître du sabbat » Luc 6.5.
Enfin si Matthieu s'efforce d'arrondir les
angles :
« Je ne suis pas
venu abolir la Loi mais l'accomplir » Matthieu 5.17,
son évangile tout entier montre la
même liberté des disciples à l'égard des
prescriptions légales.
L'abandon par les disciples de la
circoncision, du respect du sabbat et de la nourriture cachère
est fondé sur des paroles et des actes de Jésus, que
les évangiles situent dans l'opposition violente des
pharisiens, responsables en dernier ressort de la condamnation de
Jésus par le tribunal du Sanhédrin.
- L'universalisme de
Jésus.
Le judaïsme était beaucoup plus ouvert au
1er siècle qu'aujourd'hui et nombreux
étaient les prosélytes. Mais en s'adressant avec la
même liberté aux païens et aux juifs, Jésus
tend à supprimer la différence entre eux.
Paul le dit :
« Il n'y a plus ni
juif ni Grec, il n'y a plus ni esclave ni libre, il n'y a plus ni
homme ni femme, vous êtes tous un en
Christ-Jésus » Galates 3.28.
Matthieu nous montre les mages
étrangers et astrologues
« venus d'Orient
adorer le roi des Juifs » Matthieu 2.2,
et le centurion romain dont la foi est
donnée en exemple Matthieu 8.10.
Et Luc écrit le livre des Actes
où il décrit l'entrée des païens dans
l'alliance de Dieu et l'abandon de la loi de Moïse.
On sait le refus catégorique des
juifs à cette auto-dissolution de leur peuple.
Jésus était donc tout
à fait juif et nous sommes
nombreux à considérer que sa « Réforme » était parfaitement fidèle à
l'Esprit de Dieu traversant tout l'Ancien Testament.
Néanmoins, c'est à cause des
deux points mentionnés que Jésus s'est fait
considérer par le judaïsme comme un très mauvais
juif et ses disciples ont été, avant la fin du
1er siècle, exclus de la
synagogue Jean
9.22.
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