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Entre le rêve et le refus

l'aujourd'hui du dialogue interreligieux

 

 

Conférence Mondiale des Religions pour la Paix

 

Pasteur Jean Dumas

 

24 août 2004


Un philosophe du siècle dernier a dénoncé la validité de l'introspection par cette phrase : « nul ne peut se mettre à la fenêtre pour se regarder passer dans la rue. » Il voulait dire que celui qui retrace les étapes de sa vie passée ne peut expliquer par là ce qu'il est dans son présent, ce qu'il veut, ce qu'il espère pour demain. C'est pourtant ce que j'ai fait par l'écriture du livre qui me vaut l'honneur d'être avec vous ce soir.
C'est l'homme que je suis aujourd'hui, pasteur protestant en retraite, engagé depuis plusieurs années dans un dialogue franc avec des croyants de toutes religions, qui s'est retourné pour scruter le chemin parcouru. Je veux m'attacher à vous montrer que ce chemin ouvre les traces d'un avenir assez nouveau. Ma réflexion m'a conduit à écrire des « mémoires d'avenir », selon la belle formule d'un théologien ami.
J'ai choisi trois étapes de ma réflexion sous le titre : « Entre le rêve et le refus : l'aujourd'hui du dialogue ».

L'aujourd'hui de dialogue en est à ses débuts. Nous n'avons pas encore une longue expérience du dialogue entre nos diverses religions. Depuis quelques dizaines d'années seulement nous nous côtoyons. Le monde est devenu un village, et la mondialisation n'est pas un phénomène uniquement économique ou politique : il est aussi religieux. Il n'est pas de semaines où nous soient rapportées par nos médias des évènements, tragiques ou heureux, qui concernent les religions : l'islam fait souvent la « une » des journaux, comme aussi le bouddhisme. Le Dalaï-Lama est en ce moment - même à Paris. Le pape Jean-Paul II, qui vit avec un courage exemplaire les derniers temps de son pontificat, a lui-même lancé le dialogue interreligieux par la Rencontre d'Assise, il y a plus de dix années. En France, nous pouvons rencontrer des croyants de religions autres qui vivent à nos côtés dans nos villes et dans nos villages.
Alors certains parmi nos contemporains pensent que le dialogue va de soi. Il suffirait, pensent-ils, que des croyants se rencontrent pour qu'ils s'embrassent et mettent fin aux conflits religieux qui ensanglantent la planète.

Je voudrais montrer que ce dialogue n'est pas facile, car il doit surmonter des montagnes d'incompréhensions ancestrales. Le dialogue ne doit pas devenir le rêve d'un avenir facile.
Qui plus est, tout croyant fermement enraciné dans la foi et la pratique de sa religion découvre très vite, par le dialogue, que la croyance et la pratique religieuse du frère ou de la soeur d'une autre religion posent des question redoutables. Parle-t-on du même Dieu, par exemple ? Et qu'en pense un bouddhiste, qui refuse toute croyance en Dieu ? Ou bien, comment concilier les diverses Écritures saintes ? Doit-on les mettre en veilleuse et ne plus les prendre comme référence première et fondatrice ? Le chrétien, pour sa part, doit-il renoncer à l'absoluité de son Seigneur Jésus-Christ ? Ou le musulman à l'absoluité du Dieu unique ?
Vous voyez donc les bouleversements à venir en ce qui concerne nos fois et nos croyances traditionnelles. C'est pourquoi certains de nos contemporains refusent tout dialogue qui ne pourrait que pervertir, à leurs yeux, et fausser les grandes affirmations de nos fois respectives.

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Dans un premier temps, je veux évoquer comment la question du dialogue entre religions s'est posée et se pose encore dans le protestantisme français, et mondial aussi.
Lors de ma confirmation, à l'âge de 16 ans selon la coutume de mon Église réformée, j'ai reçu comme cadeau-souvenir un livre sur les Missions protestantes. Ce livre date de 1928, mais c'est à la fin de la dernière guerre qu'on me l'a offert : il était donc toujours valable, apparemment, aux yeux de mon pasteur. Il y est écrit que « les païens sont menteurs, voleurs, débauchés et paresseux ». La Mission fait oeuvre de « bienfaitrice des païens », développant leur santé, leur apprenant le travail : « les noirs surtout sont indolents et paresseux » ! Alors, remarque l'auteur du livre, « il est surprenant que les yeux (des païens) ne s'ouvrent pas plus vite à la supériorité des idées occidentales ». J'ai eu dans ma famille plusieurs missionnaires qui confortaient en moi cette idée de la supériorité de ma religion chrétienne.

Quelques temps plus tard, j'entrais en formation de théologie dans le but d'être, pasteur. Les professeurs qui m'ont enseigné la dogmatique étaient des disciples de Karl Barth. L'un d'eux en était même un ami intime. Il faut savoir qu'à la sortie de la guerre nous étions traumatisés par l'effroyable massacre des juifs et l'horreur découverte des camps de la mort. Or, Karl Barth était l'un des pasteurs qui s'était dressé contre la barbarie nazie. Il avait, avec d'autres, fondé celle qu'on appelle « l'Église confessante », une Église protestante allemande qui s'opposa au nazisme. Il va sans dire que ses pasteurs furent la plupart exterminés, leurs leaders emprisonnés tel le pasteur Dibelius. Le pasteur Dietrich Bonhoeffer, si célèbre aujourd'hui encore, eut la redoutable tâche de former théologiquement les jeunes futurs pasteurs de cette Église confessante. Il fut arrêté sur ordre de Hitler en 1943, et exécuté à quelques mois de la fin de la guerre pour avoir participé à l'un des attentats contre Hitler. Il était ami de Karl Barth.

Or, cette école théologique dénommée « barthienne » s'opposa violemment à la religion ! Barth décrit la religion comme une forme d'incrédulité ! Car, démontre-t-il, la religion correspond au mouvement naturel de l'homme pour se construire un Dieu. La religion est le mouvement qui part de l'homme pour monter jusqu'à Dieu. Par ses seuls efforts, l'homme n'atteint jamais qu'une image construite de Dieu, une idole. Alors que le mouvement de Dieu descend vers l'homme. La grâce de la révélation divine rencontre l'homme sans qu'il y soit pour rien : il n'en est pas digne ! Vous reconnaissez là tout l'essentiel du message de Martin Luther, qui affirme haut et fort au 16e siècle que l'homme est sauvé par la grâce divine, non par ses oeuvres. C'était déjà la message de saint Augustin, qui l'avait repris de l'apôtre saint Paul. Et tout dernièrement, le pape Jean-Paul II a reconnu la validité du message de Luther. Ce qui s'est concrétisé dans un grand texte récent sur la justification par la foi, texte qui est désormais commun aux Églises luthériennes et à l'Église romaine.

La religion serait donc, selon Barth, oeuvre humaine. Il a dénoncé les errements de cette religion à l'oeuvre dans son Église protestante allemande, dont les membres s'appelaient « les chrétiens allemands », et qui se sont laissés peu à peu phagocyter par les idées du nazisme. Pour assurer la survie de leur Église, ils ont été amenés à accepter des dirigeants nazis imposés par Hitler. Vous comprenez alors pourquoi Karl Barth s'est tant opposé à la « religion », qui s'était laissée gagner par les erreurs - pour ne pas dire plus - nazies. Il écrit : « il s'agit bien de déraciner définitivement l'incurable pouvoir qui gîte dans le coeur de l'homme et qui l'oblige, sans cesse à nouveau, à se faire des dieux. »

La formation théologique que j'ai reçue en faculté protestante de théologie était tout imprégnée de la pensée barthienne. Les catéchismes qui ont enseigné plusieurs générations de jeunes adolescents protestants leur apprenaient à se méfier de la religion. Les religions païennes y étaient décrites comme des effort vains pour atteindre Dieu. On y lisait : « Que sais-tu de Dieu ? De tous temps les hommes, qui ne peuvent se passer de lui, ont cherché à se le représenter ; ils n'ont pu que s'en faire des idoles... Qu'ils soient enfantins ou savants, les "dieux" de toutes les religions ne sont que des faux-dieux, des dieux que l'homme fait vivre. »

A la suite de Barth, des pasteurs ont voulu supprimer dans mon Église tout geste rituel qui ne correspondait pas à un quelconque élan de foi. Des baptêmes étaient refusés, ainsi que des ensevelissements. Les Missions avaient comme rôle la conversion des païens, ces croyants musulmans, hindouistes, animistes ou bouddhistes. La seule vraie religion, disait K. Barth, était la religion chrétienne, puisqu'elle était née dans la mouvance du grand geste de Dieu s'approchant des hommes dans la personne de Jésus-Christ. Si bien qu'un grand missionnaire protestant qui joua un rôle prépondérant pour la missiologie de toutes les Églises protestantes du monde pendant une bonne moitié de siècle put écrire : « le christianisme est, par nature, la seule religion tolérante, car Dieu ne force personne à le croire ». Et il pouvait ajouter, parlant de l'exclusivisme du christianisme par rapport aux autres religions : « cet exclusivisme agressif est un fait et il doit exister. Il appartient au coeur du message biblique. »

A la suite de son maître et ami Karl Barth, le pasteur Dietrich Bonhoeffer - alors emprisonné à Berlin, en plein milieu de la guerre - écrivit des « Lettres de prison » qui révolutionnèrent la pensée chrétienne lorsqu'elles furent retrouvées et publiées, quand la paix arriva. Il y dessine une pensée audacieuse qui dénonce tout recours à Dieu pour expliquer l'inexplicable : le pourquoi du monde, ou les malheurs de l'homme. Il refuse tout « Deus ex machina », ce Dieu qui habite le ciel et qui, de là, dirige l'humanité. Je le cite : « Les gens religieux font apparaître un Deus ex machina ou pour résoudre apparemment des problèmes insolubles, ou pour la faire intervenir comme la force capable de subvenir à l'impuissance humaine. »

Ces paroles et cette pensée ont fortement influencé la jeunesse de mon Église vers les années 60. J'en fus un moment ébranlé. Je me souviens d'un jour où sur la terrasse de mon presbytère, contemplant le bleu profond du ciel provençal, je découvris non sans quelque effroi que Dieu n'y habitait pas ! Il est dans toute vie des instants d'intense émotion, fulgurante, ainsi lorsque j'appris à tourner le dos au Dieu de mon enfance, le bon Dieu toujours protecteur, pour apprendre la profondeur et la hauteur d'un Dieu décidément autre, le Dieu dont je ne peux formuler l'exacte vérité sans le trahir.

A partir de ce jour, j'appris à connaître que Dieu est ailleurs, au-dessus de toute religion. Il est « Dieu au-dessus de Dieu », comme aime à le dire le théologien Paul Tillich. Nos religions à tous sont utiles, nécessaires, indispensables, mais elles n'enferment pas Dieu. Elles sont langage d'hommes, mots humains pour tenter de dire Dieu, pour le prier, pour l'entendre. Elles ne contiennent pas Dieu, elles ne sont que les canaux qu'il utilise pour se révéler.

Plus tard, pasteur dans le Nord de la France, engagé dans le dialogue, en particulier au sein de la Conférence mondiale des Religions pour la paix, j'ai rencontré des croyants de toute religion, qui m'ont découvert la présence de ce Dieu qui est le mien à l'oeuvre également dans chaque religion.

Comme je l'écris dans mon livre, j'ai pénétré maintenant dans les ailes d'un grand château aux multiples salles : celles du judaïsme, de l'islam, des religions orientales diverses, avec chacune leurs architectures, leurs décors théologiques variés. Parcourant le vaste complexe de ce château magique, je suis arrivé un jour dans le vestibule, que j'avais jusqu'alors, on ne sait pourquoi, toujours évité. Le grand portail était ouvert, je me suis approché : j'ai été pris de vertige ! Il débouchait sur du vide, dans une lumière aveuglante. Le vertige devant l'incommensurable de la présence divine. Je croyais avoir acquis une certaine idée de Dieu, avoir rencontré son visage, ça n'était qu'un pan de son manteau...

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Quelques années plus tard, j'eus la chance d'accompagner un pèlerinage oecuménique en Inde du sud, sous la conduite d'un guide fin connaisseur de l'Inde et de l'hindouisme. Nous y visitâmes des temples immenses, de la taille d'une petite ville, fourmillant d'une innombrable foule de pèlerins venus, à pied, de tous les horizons du continent indien. Ceux-ci tournaient en rond autour de quelques chapelles, enfouies dans le sombre de cryptes étranges, et ils lançaient sur des taureaux statufiés des mottes de beurre clarifié. On se croyait en plein moyen âge. Pour le visiteur étranger, chrétien qui plus est, il s'agissait de rites superstitieux d'un autre temps, magiques, presque inconvenants. Mais notre pèlerinage nous conduisit encore à l'ashram du père Le Saux, alors j'appris à connaître la richesse de la pensée hindouiste. Le père Le Saux, je le rappelle, était un religieux français parti en Inde pour accompagner le père Jules Montchanin. Tous deux vivaient une vie contemplative fidèle à leur ordre monastique tout en partageant dans le même mouvement la profondeur de la contemplation hindouiste. Je ne veux pas présenter davantage la religion hindouiste, je veux seulement partager avec vous ce que m'ont appris mes lectures des écrits du père Le Saux, d'une rare hauteur de vue

Visitant l'ashram où vécurent le père Montchanin et le père Le Saux, nous rencontrâmes un jeune prêtre indien catholique, qui nous expliqua très simplement la chose suivante : « si vous demandez à un jeune enfant européen catholique : quel geste fais-tu pour prier Dieu ? Il élève ses mains vers en haut. Si vous posez la même question à un enfant indien, il pose ses mains sur son coeur. » Dieu est au-dessus de Dieu, ai-je dit. Il est en même temps en nous : « le ciel est en toi », dit le mystique rhénan du 17e siècle Angelus Silesius : « le ciel est en toi, arrête, où cours-tu ? Le ciel est en toi. Cherches-tu Dieu ailleurs, tu le manques sans fin. » Il s'agit de la vie mystique du croyant, de sa vie de prière. Je touche ici à la question de la prière interreligieuse.

Les sagesses orientales, l'hindouisme d'abord, le bouddhisme ensuite, nous expliquent comment Dieu est en nous, sans qu'il puisse y avoir la moindre confusion entre Dieu et le coeur croyant. Elles l'expriment par la notion de l'advaïta, mot qu'on traduit généralement par la non-dualité. La pensée hindoue, et bouddhiste, qu'a reprise le père Le Saux, explique qu'il y a la connaissance par les sens : je perçois, je touche, etc. Il y a la connaissance par la raison : j'explique, j'argumente, etc... Et il y a la connaissance par l'esprit : c'est l'Être unique qui voit, qui entend et qui sait en nous. Cette pensée donne une perspective de la réalité ultime de l'homme et de l'univers. Elle est unité cosmique, appelée « brahman », et ne se laisse connaître ni par le raisonnement, ni par aucune activité des sens, mais par une expérience de l'esprit. « Seul Brahman est réel, le monde n'est qu'apparence », dit le sage Shankara.

« Et comment ces trois divinités que sont le feu, l'eau, la nourriture se combinent triplement en l'homme, je te l'ai déjà expliqué. Sache seulement que lorsqu'il meurt, sa voix passe dans la pensée, sa pensée dans son souffle, son souffle dans le feu et le feu dans cette divinité suprême qu'est l'essence subtile. L'univers tout entier s'identifie à cette essence subtile, qui n'est autre que l'Ame ! Et toi aussi, tu es cela ». Ainsi s'exprime le sage de la Chândogya Upanishad. Ce poème étrange pour nos oreilles occidentales est récité chaque jour par tout hindouiste. Il est l'équivalent du Sermon sur la montagne des Évangiles. Le ciel est en toi.

La prière contemplative, pour toutes les religions, pour les mystiques de toutes les traditions est donc beaucoup plus qu'une récitation des demandes du priant à son Dieu : elle est communion au plus profond du coeur de l'homme avec son Dieu.

Je retrouve alors la prière de Jésus avec son Père lors de sa dernière nuit (ch.17 de l'Évangile de Jean) : « Moi et toi nous sommes un », unité parfaite du fils et du père. Jésus peut affronter la mort dans les heures qui vont suivre, il est habité par le père, il est un avec lui. De même, dira-t-il alors, s'adressant à ses disciples « vous en moi, et moi en vous : vous êtes un avec moi ».

L'homme d'aujourd'hui - l'homme occidental en particulier - vit essentiellement pour assurer sa vie matérielle. Prisonnier de ses envies, il est la proie du marché. La loi de l'offre et de la demande règle sa vie davantage que la loi divine. On a pu parler du monothéisme du marché. Dans ce monde mercantilisé, se trouvent d'une part ceux qui vivent du superflu, aux appétits jamais satisfaits, et ceux qui en sont privés. D'un côté, l'abondance et l'opulence parfois provocatrice, de l'autre, la famine et le manque. La dimension mystique de la prière contemplative ouvre sur la réalité profonde de ce monde, qui est d'ordre spirituel. Les croyants de toutes traditions ne peuvent se lasser de le répéter, de le vivre d'abord, de le dire ensuite. L'homme ne vit pas de pain seulement. Il vit de pain, certes, et beaucoup, beaucoup trop, en manquent, mais il vit aussi de cette réalité divine que nous appelons l'Esprit.

L'advaïta, la non-dualité des orientaux hindouistes ou bouddhistes nous aide à discerner la présence de la Réalité ultime en chaque être, répandue dans toute la création.

 

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Le rêve est alors qui nous guette : il suffit de prier, le monde n'a besoin que de notre vie contemplative. Il n'en est rien, vous le savez.

Le monde reste la proie des déchaînements de violence. Le puissant écrase le faible, le fanatique assassine et tue pour l'honneur - croit-il, ou lui fait-on croire - de son Dieu ; l'indifférence des nantis devant les désastres humanitaires les plus poignants, est le lot quotidien de l'actualité.

La tâche reste évidente, et rude. Urgente, aussi.

Il y a là la voie ouverte pour une action commune de nos diverses religions. Il ne s'agira plus de chercher, chacun, à convertir le croyant de l'autre tradition. Mais d'ouvrir les yeux de nos frères sur les impératifs catégoriques de notre temps.

Le pain manque pour trop d'hommes et de femmes et d'enfants : les croyants qui puisent au coeur de chacune de leur foi la source de l'amour et de la bonté, uniront - et unissent déjà leurs forces pour soulager l'humanité blessée. Pour sa part, la Conférence mondiale des Religions pour la paix s'efforce de faire oeuvre de paix, comme d'autres groupes le pratiquent également ailleurs en France, mais encore à l'étranger, dans l'ex-Yougoslavie, au Proche-Orient, ou en Afrique. D'autres organisations religieuses militent au sein de multiples ONG de toutes sortes. Il n'y en aura jamais trop. Voici venu le temps de la coopération interreligieuse. C'est le premier temps de l'aujourd'hui du dialogue.

Et voici le deuxième temps : trop de foyers de violences naissent de pratiques religieuses ou de messages religieux dévoyés de leur source. Les fondamentalismes, les intégrismes, les fanatismes infiltrent leur venin à l'intérieur du coeur des croyants. Il nous faut dénoncer avec toute la force que nous pourrons ce qui n'est que perversion religieuse. Il faut combattre les idoles modernes que sont les idées que les hommes se font de Dieu pour le soumettre à leur désir. Le réformateur Jean Calvin disait déjà que « l'esprit de l'homme est une boutique perpétuelle à se forger des idoles ». La CMRP, pour sa part, a proposé en avril 2004 un colloque national sur le thème suivant : « les religions et les dérives fondamentalistes ». Le Conseil en a travaillé et approfondi le thème durant plusieurs mois. C'est notre contribution active à la lutte contre toutes les formes de terrorisme religieux ; pour les affronter ensemble, au coeur même de chacune de nos religions, nous sommes à même de dire une parole à ce propos.

Enfin, et dernier temps de cet aujourd'hui du dialogue, nous pourrons désamorcer toute visée fondamentaliste en mettant à jour le fondamental, précisément, la présence de « Dieu au-dessus de Dieu » active et cachée au sein de ce monde.

J'ai entendu un jour le poète de la résistance Pierre Emmanuel, mort maintenant, nous raconter ce que furent ses combats contre la bête totalitaire. Il avait lutté contre le franquisme, puis contre le nazisme, puis contre le bolchevisme russe. D'un combat à l'autre, nous décrivait-il, la bête relevait la tête sans cesse, à chaque fois plus menaçante, à chaque fois plus terrifiante. Et maintenant, concluait-il, que pouvons-nous faire ? Nous devons devenir des hommes et des femmes de louange !
C'est cet appel que je laisse.

 

Le pasteur Jean Dumas a écrit « L'arc-en-ciel des religions », éd. Labor et Fides 2003, 19 euros.

 

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