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L'interreligieux en déshérence ?

 

 

pasteur Jean Dumas

 

.

 

5 octobre 2007

Il y a quelques années à peine, l'interreligieux était une mode. Si les ultra des fondamentalistes de toute religion s'y opposaient par principe, le vulgum pecus se faisait fort de s'en réclamer. L'interreligieux devenait de la vraie bouillie pour les chats ! Ces pauvres bêtes n'en réclamaient pas tant.

 

Dans les salons où on  cause, dans les réunions dites sérieuses des intellectuel branchés, et jusque dans les sacristies de toutes les  Eglises, c'était des approbations appuyées de hochements de menton pour dire du bien du bouddhiste le Dalaï Lama, de l'hindouiste Gandhi ou du Prix Nobel Nelson Mandela. Tous dignes représentants d'une religion universelle qui ne pouvait qu'être l'avenir d'une humanité pieuse.

 

C'est tout le contraire aujourd'hui. Ainsi passe la mode... L'autre jour, une rencontre de pasteurs ayant pris comme thème de débat le dialogue interreligieux n'a eu qu'une toute petite poignée de participants ! Ils préféraient des sujets plus stimulants à leurs yeux : le salut, la résurrection, l'incarnation, la naissance virginale, et j'en passe... Depuis plusieurs années, la Fédération Protestante de France n'a pas réactivé sa commission du dialogue avec l'islam, non plus que celle du dialogue avec le bouddhisme. L'Église catholique romaine avait ouvert de belles perspectives de dialogue interreligieux avec Vatican II : hélas ! Le nouveau pape treize et trois (= 16)  revient en arrière en fermant les ouvertures, et un théologien catholique français de réputation internationale qui a travaillé particulièrement la question du dialogue interreligieux s'est vu semoncé avec une incorrection toute vaticane. Les éditeurs religieux francophones tant protestants que catholiques, refusent de prendre le risque d'imprimer toute réflexion sur le dialogue, car le gros de leur clientèle rechignent à toute pensée hors norme pour préférer une littérature plus conforme aux dogmes traditionnels.
Décidemment, l'interreligieux n'a plus la cote.

 

D'ailleurs, le climat international semble donner raison aux détracteurs du dialogue. Pour eux, les religions nourrissent les violences fanatiques, gangrenant des pans entiers de la population mondiale. Les bombes humaines irakiennes, afghanes, maghrébines, palestiniennes ou autres laissent croire à l'inéluctable violence inhérente à l'islam. Le fondamentalisme radical d'un certain protestantisme nourrit la méfiance envers l'ensemble des Eglises protestantes qualifiées de sectes évangélisatrices et fauteurs de troubles sociaux. Le fanatisme d'un judaïsme ultra-orthodoxe provoque la haine des palestiniens dans le Proche-Orient. Le terrorisme, c'est la faute à l'islam ! Les violences, c'est la faute aux religions !

 

Accepter sans réagir la défaite du religieux et du dialogue est blasphématoire et dangereux.
La définition du blasphème est la suivante : « parole qui outrage la Divinité » (dictionnaire Robert). C'est outrager Dieu (Réalité ultime, ou quelque nom que les religieux lui donnent) que de l'accuser des génocides ou des fanatismes trop répandus de notre époque. Les croyants de toutes traditions doivent relever le défi par l'affirmation vécue d'une foi sans concession. Il est temps de protester !

 

Qui plus est, demeurer silencieux est dangereux. Le silence n'est pas d'or, il encourage la pourriture des rapports humains entre les individus et entre les cultures. Un député européen d'envergure a pu dire : « la pire des armes de dissuasion massive n'est pas l'arme atomique, mais le conflit des cultures. » Apaiser ce conflit demande d'oser entamer le dialogue.

 

La saine thérapie consiste alors à agir sur deux fronts :

 

- Pister et contrer toutes les formes de fondamentalismes qui ne font que pervertir les religions. Car les religieux peuvent être tentés par la perversion de leur religion, maladie sournoise qui la transforme en intégrisme ou en fanatisme. Ce ne sont là que des déviances religieuses déformant le message initial. Retourner au « fondamental » dénonce ces déviances et demande persévérance et lucidité. Dialoguer avec un fondamentaliste peut devenir difficile. Parfois le dialogue s'avère impossible. Il peut conduire au martyre : c'est une forme du témoignage.

 

- Entrer en dialogue avec les croyants antifondamentalistes de toutes traditions pour ajuster le tir.  Certes, la foi d'une autre tradition n'est pas assimilable à la mienne. C'est accepter l'inconciliable comme une richesse spirituelle  Les différences sont irréductibles, il n'y a pas de synthèse possible. Respecter l'inconciliable des croyances les plus authentiques dans un dialogue constructif est la clé. S'il y a un inconciliable à refuser, c'est  le radicalisme religieux. Il ne faut pas se tromper d'ennemis !

 

Le dialogue dit interreligieux est donc un combat.

 

Pour le vivre, il est certes nécessaire de pratiquer le dialogue le plus sincère, chacun prêt à recevoir le témoignage de l'autre tout en témoignant sans arrière-pensée prosélyte de sa propre foi. Il est en outre une arme efficace et indispensable pour s'engager dans le combat du dialogue : celle qui vient du Souffle divin. « L'heure vient, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs  adoreront le Père par le Souffle de vérité » (Jean 4, 23) Les croyants de toutes traditions se ressourcent au même Souffle, par leurs divers rites de méditation et de prière. Il s'établit là une véritable communion en Esprit.

 

Pourquoi les protestants français renâclent-ils souvent au mysticisme ? Il serait temps de vivre une authentique mystique libérale.

 

 

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