27 avril 2009
Comme tous les matins tu es passée devant ce miroir,
Ajusté ce voile sur tes cheveux
qui devra tenir jusqu’à ce soir.
Tu m’as dit au revoir d’un regard avant de quitter la maison
Le bus t’emmène à la fac où tu te construis un horizon.
Je suis resté immobile et j’ai pensé très fort à toi
Réalisant la joie immense de te voir vivre sous mon toit.
C’est vrai, je ne te l’ai jamais dit
Ni tout fort ni tout bas
Mais tu sais, ma fille, chez nous
Il y a des choses qu’on ne dit pas.
Je t’ai élevée de mon mieux
Et j’ai toujours fait attention à perpétuer les règles
À respecter la tradition
Comme l’on fait mes parents
Comme moi sans riposter
Comme le font tous ces hommes que je croise à la mosquée
Je t’ai élevée de mon mieux
Comme le font tous les nôtres
Mais était-ce pour ton bien ?
Ou pour faire comme les autres
Tous ces doutes qui apparaissent
et cette question affreuse
c’est moi qui t’ai élevée
mais es-tu seulement heureuse ?
Je sais que je suis sévère
et nombreux sont les interdits
tu rentres tout de suite après l’école
et ne sors jamais le samedi.
Mais plus ça va et moins j’arrive à effacer cette pensée
tu songes à quoi dans ta chambre
quand tes amis vont danser ?
Tout le monde est fier de toi
tu as toujours été une bonne élève
mais a-t-on vu assez souvent un vrai sourire sur tes lèvres
Tout ça je me le demande
mais jamais en face de toi
Tu sais ma fille, chez nous
Il y a des choses qu’on ne dit pas.
Et si on décidait que tous les bien-pensants se taisent
Si pour un temps on oubliait ces convenances qui nous pèsent
Si pour une fois tu avais le droit de faire ce que tu veux
Si pour une fois tu allais danser en lâchant tes cheveux
Je veux que tu cries et que tu chantes à la face du monde
Je veux que tu laisses s’épanouir tous ces plaisirs qui t’inondent
Je veux que tu sortes, je veux que tu ries
Je veux que tu parles d’amour
Je veux que tu aies le droit d’avoir vingt ans
Au moins pour quelques jours
Il m’a fallu du courage
Pour te livrer mes sentiments
Mais si j’écris cette lettre
C’est pour que tu saches simplement
Que je t’aime comme un fou
Même si tu ne le vois pas.
Tu sais ma fille, chez nous
Il y a des choses qu’on ne dit pas.