Libre opinion
Église
réformée, réforme-toi
Les églises
doivent-elles être réformées
ou bien s'agit-il
d'institutions immuables ?
pasteur Jean
Hoibian
6 octobre 2008
J'aimerais évoquer avant tout la
grande et puissante Eglise Catholique (en France elle est tellement majoritaire qu'on ne
parle que d'elle. Mais attention, l'islam tient une place de plus en
plus grande !).
Au cours des siècles cette
institution (qui était aussi la nôtre à nous
protestants, jusqu'au 15e siècle)
n'a cessé d'apporter des modifications, tant du
côté de la doctrine, que de celui des rîtes et des
coutumes.
Pensons aux nombreux conciles et aux
déclarations officielles du Vatican. Un théologien
distingué, le Père Congar a
déclaré : « L'Église a toujours
été en activité de se réformer
elle-même. »
Lors du Concile
Vatican 2 : « L'Église est appelée
par le Christ à cette réforme permanente dont elle a
perpétuellement besoin en tant qu'institution humaine et
terrestre ». Ces propos ne
contredisent pas la conviction affirmée de toutes les
églises chrétiennes : seul Dieu, peut
réformer l'Église !
La structure centralisée de
l'Église catholique, avec son pape, ses archevêques, ses
évêques, sa constitution étatique, et le
rôle d'autorité et de contrôle
réservé aux membres de la prêtrise, permet un
ordre apparemment parfait : le Magistère fait la loi. Il
suffit au fidèle d'écouter et ...
d'obéir.
Tout irait bien, dans le meilleur des
mondes, si justement ce monde
n'avait pas profondément changé en un
siècle ! Alors les paroisses manquent de prêtres,
les fidèles ne pratiquent plus, la jeunesse semble tourner le
dos à la foi !
Avec tristesse je lis les statistiques et
j'espère que toutes les initiatives proposées par le
Vatican, par les évêques et par... les fidèles
aboutiront ! Mais, en tant que protestant, j'ai du mal à
imaginer qu'une institution faisant référence à
2000 ans de dogmes, de liturgies, de rites, puisse changer
suffisamment pour que le monde moderne l'écoute et
s'engage. C'est je pense, à la fois sa force (hors de
l'Église catholique, pas de salut) et sa faiblesse. Qui vivra,
verra !
.
Les Réformateurs du
15e siècle ont
ouvert à la foi de nouveaux chemins. Luther, moine à l'époque, a prié et espéré pour
que la grande réforme qu'il entrevoyait soit acceptée
par Rome. Il n'en fut rien et, dans un certain désordre,
naquirent les Églises réformées ;
principalement, la « luthérienne » et la « calviniste », toutes deux représentées en
France.
Comment expliquer simplement la structure
des églises réformées ?
- l'organisation est démocratique. Les
responsables nationaux sont élus par les fidèles pour
un mandat limité.
- La Bible est la seule autorité reconnue. Elle
a barre sur toute tradition ou coutume.
- L'affirmation de foi est simple : en
Jésus-Christ, le pardon total et inconditionnel nous est
acquis.
- Deux sacrements sont acceptés : le
baptême et le repas du Christ : la cène.
- Chaque croyant est responsable de sa relation avec
Dieu.
- Le comportement moral (éthique) de chaque
croyant protestant relève avant tout de sa conscience. Mais
une dominante s'affiche avec le sommaire de la Loi, rappelé
par Jésus : « tu aimeras le Seigneur ton Dieu, et ton
prochain. »
La grande idée des
réformateurs était de
« dépoussiérer »
l'Église, de simplifier les
devoirs du croyant, de le rendre responsable, libéré
d'une culpabilité ankylosante, et prêt à assumer
ses responsabilités vis-à-vis de la
société
Je n'ai nulle envie de dire à mes
frères catholiques : vous avez tort, nous avons raison.
Car dans ma propre Église, celle que je sers depuis 1951,
je constate un recul navrant, un malaise profond, une fuite des
jeunes, une incapacité à annoncer l'évangile
dans un langage moderne, et bien des dérobades lorsqu'il
s'agit de répondre aux appels du monde pour davantage de
justice, de paix, de solidarité.
On quitte parfois les églises
réformées pour des écclésioles dites « évangéliques » où la dominante est de l'ordre de
l'émotif, négligeant la réflexion. On lit la
Bible au premier degré, lui attribuant un caractère
historique, qu'elle ne possède que très partiellement.
On gomme le salut gratuit en insistant sur une morale étroite,
ne tenant pas compte des évolutions liées aux
progrès scientifiques .On tourne résolument le dos
à notre monde qui a davantage changé en 60 ans
qu'en 2000 ans !
Rien de bien encourageant dans ces
constations dont il faudrait affiner le contenu.
.
Ce qui nous
préoccupe c'est le
fossé d'incompréhension, ou pire d'indifférence,
qui sépare le monde, moderne, scientifique, agnostique, du
peuple des croyants.
Le retard accumulé par les
chrétiens est tel que rien ne semble pouvoir redonner aux
églises une parole efficace, écoutée et
acceptée.
A moins que les Églises de la
réforme ne tentent une conversion radicale !!
Ce n'est pas impossible pour des
communautés qui ont rompu avec tout système
d'autorité pour vivre le témoignage sur un mode
démocratique.
Il faudrait proposer une lecture de la
Bible intelligente, éclairée,appuyée sur les
travaux modernes de l'histoire, de l'archéologie, de la
linguistique. On accepterait l'idée que le message de la foi
résulte d'un tri courageux entre mythes, symboles et paroles
inspirées. On n'aurait pas honte d'utiliser son intelligence
pour découvrir les vérités
éternelles.
On donnerait priorité à
l'action bonne. L'Église deviendrait une ruche où
chacun trouverait sa place dans le grand projet du Royaume de Dieu.
En avant pour la construction d'un autre monde de justice, de paix,
de solidarité ! Les fidèles seraient
appelés sans cesse à construire leur vie à contre-courant de celle de leurs contemporains.
Pour cela des équipes d'informateurs
aideraient les membres à comprendre l'évolution de la
société. On ne vivrait plus dans des églises
closes, opaques au monde. Une place importante serait
réservée dans le culte pour des prières
d'intercession aboutissant à des engagements personnels ou
collectifs.
Et comme évidemment la corruption du
monde ne disparaîtrait pas miraculeusement, on se
ménagerait de grands moments de silence méditatif dans
les assemblées.
Le contenu du culte serait proposé
à chaque communauté, après discussion ouverte,
où tous auraient la parole. On réviserait
régulièrement la liturgie, les chants,les
déclarations de foi (de conviction) afin de s'assurer que le
commun des mortels puissent en comprendre le sens.
En quelque sorte, nos Églises
deviendraient des sortes de clubs de prière, de
réflexion théologique, de méditation fervente,
conduisant à un engagement permanent dans la
société.
En transparence avec l'Évangile, nos
communautés planteraient chaque jour les « signes » du Royaume de Dieu. Il y ferait bon vivre, dans la
joie, la fraternité, la solidarité.
J'ai conscience de plonger dans
l'utopie. Mais au moment où
notre vieux monde est débordé par les secousses d'une
crise financière que personne ne contrôle,
N'est-il pas temps de changer de
cap ?
La chose la plus importante dans l'existence
c'est de laisser Dieu nous réformer, lui laisser la
maîtrise d'un réveil de nos églises au service du
monde. Pour cela entrer dans une sanctification personnelle, nous
approcher du Divin
Ami lecteur qu'en
penses-tu ?
S'il te vient l'idée qu'on
devrait essayer, parle-en autour de toi !
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