Libre opinion
Un christianisme « hérétique »
Tried for Heresy: A 21st-Century Journey of Faith
édition : O Books, 2003
Andrew Furlong
pasteur de l’Eglise anglicane d’Irlande
Recension par Frank Walker
pasteur de l’Église unitarienne de Cambridge (Angleterre)
responsable du groupe Sea of Faith de Cambridge
Le pasteur Andrew Furlong a eu, il y a quelques années des difficultés avec son évêque en raison de ses conceptions théologiques libérales. Il a publié en 2003 le livre dont le pasteur Frank Walker fait ici la recension dont nous traduisons de larges extraits
1er janvier 2009
Pour Andrew Furlong, Il est incontestable que le désenchantement qui affecte aujourd’hui les Églises n’est pas seulement une question de foi mais comporte un important élément d’appréciation intellectuelle. Bien des gens ne peuvent plus accepter que l’on prétende faire passer les récits mythiques de la Bible pour des réalités historiques. Il n’est plus crédible de prendre à la lettre l’histoire du Dieu qui est descendu du ciel pour s’incarner en un homme dont la mort sacrificielle s’avèrerait capable, pour des raisons mystérieuses, d’obtenir de Dieu qu’il pardonne les péchés de l’humanité, puis retourne ensuite au ciel
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Son étude de la Bible et sa réflexion personnelle ont amené le pasteur Furlong à reconnaître qu’il « croit en Dieu mais non en Jésus » et à penser que « Jésus n’était ni médiateur, ni sauveur, ni divin, ni membre de la Sainte Trinité. Il faut maintenant laisser Jésus à sa véritable place dans l’histoire et aller de l’avant ».
Furlong voit Jésus comme un prophète de la fin du monde (Les membres du « Jesus Seminar » n’en sont pas si sûrs mais Albert Schweitzer approuverait). Il situe Jésus dans son époque comme lui-même implique son ministère dans le temps présent.
Étant Unitarien moi-même, je partage les refus du pasteur Furlong. Je ne crois pas non plus que Jésus soit né d’une vierge ni qu’il soit ressuscité physiquement d’entre les morts. Je ne pense pas qu’il s’efforçait de fonder une nouvelle religion ou une Église, de nommer des évêques et des prêtres. Il n’a jamais pensé à des gens comme le pape, l’archevêque de Cantorbéry, les membres de l’Assemblée générale de l’Église d’Écosse ou de la faculté de théologie de l’université de Cambridge. Je ne crois pas qu’il soit le Fils de Dieu, l’incarnation de l’éternelle Seconde personne de la sainte Trinité ni que sa mort nous obtienne le pardon de Dieu pour les péchés de l’humanité. Je ne crois pas qu’il ait institué les sacrements de baptême et de l’eucharistie. Il n’a jamais prétendu être le Messie-Christ des Juifs. Était-il marié ? On n’en sait même rien.
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Andrew Furlong conçoit Jésus comme le puissant prédicateur de la vie, le maître de sagesse qui nous montre comment traverser avec brio les temps troublés. Il nous apprend à être généreux sans compter, à marcher un second mille quand on ne nous en demande qu’un, à pardonner soixante-dix fois, à aider les malheureux, à chercher ceux qui sont perdus, à redonner de la force aux pauvres, à nourrir les affamés, à rendre la vue aux aveugles, à guérir et réconforter les malheureux et à visiter les prisonniers, à apporter la paix, à regarder les lis des champs, à faire humblement amende honorable comme l’Enfant prodigue, à prendre un nouveau départ, à faire bon accueil aux autres comme le père de l’Enfant prodigue, à ne pas faire aux autres ce qu’on n’aimerait pas qu’on nous fasse, à porter notre croix et à le suivre.
Car c’est en agissant ainsi que l’on devient membre du « Corps du Christ » - ce qui est une métaphore poétique et non une organisation bureaucratique - c’est ainsi que l’on est disciple de Jésus alors même qu’on ne se réclame peut-être pas de lui.
Jésus-Christ est une image du Serviteur souffrant. Il est, dans sa Passion, le représentant de tous les hommes et les femmes du monde qui découvrent la victoire à travers la souffrance et la mort même. Il est le prototype de tout ce qui est le plus profondément humain.
Il est suprêmement majestueux. Il est un modèle spirituel qui révèle aux autres hommes ce que peut être une vie vraiment humaine. Il enseigne à reconnaître ce qui est juste et vrai.
Il n’est pas le gourou enfermant les hommes dans une secte dépendant de sa personne. Lorsqu’il guérissait les gens dans les villages de Galilée, il les renvoyait dans leur maison sans jamais chercher à se les attacher. Il accomplissait son ministère en son temps sans détourner les autres de la mission qu’ils pensaient devoir poursuivre à leur manière.
Il n’avait rien d’un dictateur bien que le Nouveau Testament ait été écrit par des gens qui le présentaient comme un dictateur - ce qui nous oblige à bien lire entre les lignes -. Même le Christ johannique disait : « il vous est avantageux que je m’en aille ».
Toute sa vie et son enseignement sont invitations à le rejoindre dans un désir de vie plutôt qu’à croire des choses surnaturelles. Le christianisme est un projet de vie, une volonté d’agir plutôt que des dogmes à croire.
Être son disciple est servir les causes qu’il servait dans les conditions nouvelles d’aujourd’hui. Et pour cela il n’est nul besoin de se référer sans cesse à lui : la mention de son nom n’était certainement pas ce qui l’intéressait.
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