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Attention à la moralité légaliste

 

 

Giles Fraser

 

10 août 2008
Dans le « Voyage du Pèlerin »
de John Bunyan, (très connu en Angleterre), Christian rencontre M. Sagesse du Monde à la voix douce et séduisante. Celui-ci lui indique la direction du village de la Moralité : « Vous y demeurerez en compagnie d'honnêtes gens qui se conduisent bien ». Il n'est pas étonnant de le voir succomber à cette étrange tentation, se détourner du chemin étroit de l'Évangile et s'enfoncer dans la Moralité.

Le théologien atypique William Blake (très populaire lui aussi en Angleterre) a montré, avec son remarquable génie poétique, que l'esprit de moralité est sans rapports avec le christianisme mais que malheureusement la plupart des gens transforment la Bible en manuel de conduite morale.

Au contraire, dans les évangiles, la rectitude morale est le fait des docteurs de la loi qui accusent et jugent leur prochain. Blake remarque que le grand accusateur est Satan (dont le nom hébreu signifie justement « accusateur ») : « Si le christianisme était une recherche de moralité, le sauveur en serait Socrate. Mais l'Évangile est pardon et n'enseigne aucun précepte de morale : ce rôle est celui de Platon, de Sénèque et de ... Néron ! »

Dans leur remarquable livre « The Bible for Sinners » (la Bible pour les pécheurs, SPCK, 2008) Christopher Rowland et Jonathan Roberts reprennent à leur compte cette interprétation du message évangélique en l'appliquant à la crise actuelle concernant l'homosexualité.

Les conservateurs considèrent que le débat porte sur l'interprétation de la Bible et ils ont tout à fait raison. Mais trop de conservateurs ont développé une lecture si intégriste de la Bible qu'ils ne voient plus la remarquable créativité qui était celle de Jésus et de Paul, qui étaient loin de pratiquer une lecture littérale. On peut même dire qu'ils prenaient des libertés dans l'interprétation au nom du saint Esprit.
Par exemple, dans l'épître aux Galates, Paul soutient la nouvelle idée d'une table ouverte où juifs et païens mangeraient ensemble, alors même qu'une telle pratique n'avait rien de « scripturaire ».

« The Bible for Sinners » développe l'idée que le Rapport Windsor (texte admettant que des homosexuels prennent des responsabilités dans l'Église mais s'opposant à leur ordination sacerdotale) recherchait l'unité anglicane au prix du blocage de toute liberté d'interprétation de la Bible et transformait la foi évangélique en un ensemble moraliste.

Ce qui est désormais en question est bien plus important que les relations intime des homosexuels : c'est l'instauration de règles qui ne manqueront pas de rendre l'Évangile systématiquement inacceptable pour les anglicans du 21e siècle.

Blake aurait vu le Rapport Windsor comme un texte tyrannique faisant triompher une religion légaliste sur la religion créatrice animée par l'Esprit.

C'est en tout cas ma position.

 

 Church Times 1.8.2008

Traduction et notes de Gilles Castelnau

 

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