Libre opinion
Au Nom des Pères
Florilège de textes chrétiens des premiers siècles.
Pierre Prigent
professeur émérite de la faculté de théologie protestante de Strasbourg
historien des origines du christianisme
Éd. Olivétan
292 pages. 19,00 €
Recension Gilles Castelnau
6 avril 2009
Pierre Prigent présente lui-même ainsi son florilège :
J'ai eu, au cours de mon activité professionnelle, le privilège de fréquenter assidûment les écrits que nous ont légués les premières générations chrétiennes.
Il y a là un trésor de textes d'une grande profondeur et d'une réelle beauté. Mais la porte de ce trésor ne s'ouvre qu'aux spécialistes alors qu'un bien plus large public est susceptible de l'apprécier et d'en enrichir sa foi.
J'ai relu les œuvres que je connaissais en y cueillant les passages qui me semblaient particulièrement remarquables.
C'est donc mon choix et j'en reconnais le caractère un peu subjectif. C'est là une faiblesse dont j'assume sans complexe la responsabilité. Je reconnais d'avance que ceux qui regretteront l'absence de tels grands textes ont raison. Mon seul espoir est qu'on ne déplorera pas la présence de citations mal venues !
Les textes sont offerts en une traduction originale qui ne vise pas à la littéralité mais se permet une raisonnable liberté, surtout dans les textes poétiques syriaques (Ephrem, Odes de Salomon), et ne s'interdit pas de pratiquer ici ou là quelques coupures.
Il y a 252 textes. Certains courts, d’autres plus longs. De nombreux auteurs : Augustin d’Hippone surtout, Ambroise de Milan, Barnabé, Clément de Rome, Ephrem dit le Syrien, Grégoire de Nazianze, dit le Théologien et Grégoire de Nysse, Irénée de Lyon, Jean Chrysostome, Origène, Tertullien et bien d’autres.
Il faut reconnaître que leur piété est globalement de tendance piétiste : le péché, le pardon, la foi, y ont beaucoup de place ! ainsi que la vie de prière, la fidélité, la persévérance...
Voici deux textes d’Augustin :
page 41
Je t'aime, Seigneur,
c’est ce dont je suis absolument sûr,
Tu as percé mon cœur de ta parole
je t'ai aimé.
Le ciel, la terre et tout ce qu'ils contiennent me disent
de t'aimer.
Mais qu'est-ce que j'aime quand je t'aime ?
Non pas la beauté du corps ni sa gloire éphémère,
ni la splendeur de la lumière,
ni les douces musiques de tous les chants du monde,
ni les senteurs des fleurs, des parfums et des aromates,
ni la manne, ni le miel, ni les membres du corps
qui appellent les embrassements de la chair.
Ce n'est pas là ce que j'aime quand j'aime mon Dieu.
Mais il est une lumière, une voix, un parfum,
une nourriture et un embrassement
que j'aime quand j'aime mon Dieu :
la lumière, la voix, le parfum,
la nourriture, l'embrassement
de l'homme intérieur qui est en moi,
là où brille sur mon âme une lumière immense,
où résonnent des chants que le temps ne peut emporter,
où s'exhalent des senteurs que le vent de peut dissiper,
où les saveurs des nourritures ne cèdent pas devant l'avidité
et où l'habitude ne vient pas dénouer les embrassements.
Voilà ce que j'aime quand j'aime mon Dieu.
Mais qu'est-ce que c'est au juste ?
J'ai interrogé la terre.
Elle m'a dit : je ne suis pas ton Dieu.
J'ai interrogé la mer, ses abîmes
et les monstres qui y vivent,
ils ont répondu :
nous ne sommes pas ton Dieu.
Cherche plus haut que nous.
J'ai interrogé le ciel, le soleil, la lune et les étoiles.
Nous non plus ne sommes pas le Dieu que tu cherches,
m'ont-ils dit.
Alors je leur ai dit :
Parlez-moi de mon Dieu puisque vous ne l'êtes pas,
dites-moi quelque chose de lui.
Alors à grande voix ils ont clamé:
C'est lui qui nous a créés.
La réponse qu'ils donnaient à ma question
était leur seule beauté.
Alors je me suis retourné vers moi-même et me suis demandé :
Qui es-tu ?
J'ai répondu : Un homme.
Il y a en moi deux éléments, un corps et une âme.
Ô toi, mon âme, je te le dis, tu vaux plus que le corps
car c'est toi qui l'animes et lui donne la vie.
Mais c'est ton Dieu qui est pour toi la vie de ta vie.
page 85
Cherchez la paix !
Il est écrit : « Cherchez la paix, poursuivez-la » (Ps 34,15).
Mais où est-elle ? Où la poursuivre ? Par où est-elle passée ?
Elle est passée par toi mais n'y est pas restée !
Elle est passée par l'humanité, mais où est-elle allée ?
Il faut d'abord voir quelle est cette paix.
L'apôtre Paul disait du Christ : « C'est lui notre paix » (Eph 2,14).
Donc la paix c'est le Christ.
Et où est-il allé ?
Il a été crucifié, enseveli,
il est ressuscité des morts,
il est monté au ciel.
Voilà où est allée la paix.
Et comment la suivrai-je ?
Élève plus haut tes pensées
et tu suivras la paix véritable,
ta paix qui a prié pour les ennemis de la paix
et a dit sur la croix :
« Père, pardonne-leur,
car ils ne savent pas ce qu'ils font » (Lc 23,34)
Et après ?
Elle est montée au ciel.
C'est là qu'il faut la chercher.
Comment la poursuivras-tu ?
Écoute l'apôtre Paul :
« Si vous êtes ressuscités avec le Christ,
cherchez les choses d'en haut
où le Christ siège à la droite de Dieu » (Col 3,1-2).
Certains trouveront certainement bien des choses à redire à ce texte de Clément de Rome :
page 54
Par son Fils bien-aimé Jésus-Christ notre Sauveur,
Dieu nous a appelés des ténèbres à la lumière,
de l'ignorance à la connaissance de son Nom glorieux.
Ainsi nous espérons en ton Nom
qui est à l'origine de tout ce qui est créé.
Toi qui as ouvert les yeux de notre cœur
pour que nous te connaissions,
toi qui humilies l'insolence des orgueilleux,
qui déjoues les calculs des nations,
qui élèves les humbles et humilies les hautains,
toi qui enrichis et qui appauvris,
toi qui fais mourir et qui fais vivre.
Toi le secours de ceux qui sont en danger,
le Sauveur des désespérés.
Toi qui parmi les nations as choisi ceux qui t'aiment
par Jésus-Christ, ton Fils bien-aimé
par qui tu nous as enseignés, sanctifiés et honorés,
nous t'en prions, Maître, sois notre secours et notre protecteur.
Sauve ceux d'entre nous qui connaissent des difficultés,
relève ceux qui sont tombés,
révèle-toi à ceux qui sont dans le besoin,
guéris les malades,
ramène les égarés de ton peuple.
Nourris ceux qui ont faim,
libère ceux qui sont emprisonnés,
redresse les faibles,
réconforte ceux qui ont perdu courage.
Que toutes les nations reconnaissent que tu es le seul Dieu,
que Jésus-Christ est ton Fils
et que nous sommes ton peuple et les brebis de ton pâturage.
C'est toi qui, par tes œuvres, as manifesté l'éternelle ordonnance du monde.
C'est toi, Seigneur, qui as créé la terre,
toi sur qui peuvent compter toutes les générations,
qui juges avec justice, admirable en force et en magnificence,
toi qui crées avec sagesse et affermis les créatures avec discernement,
toi dont la bonté peut se voir,
toi qui es bienveillant envers ceux qui se confient en toi,
toi, miséricordieux et compatissant
qui pardonnes nos iniquités, nos injustices, nos fautes et tous nos manquements,
ne retiens pas tous les péchés de tes serviteurs et de tes servantes,
mais purifie-nous comme sait purifier ta vérité.
Guide nos pas pour que nous marchions dans la sainteté du cœur
et que nous fassions ce qui est bien et agréable à tes yeux
et aux yeux de ceux qui nous gouvernent.
Oui, Maître, fais luire ton visage sur nous pour le bien dans la paix
pour nous protéger de ta main puissante
et nous délivre de tout péché par ton bras élevé
et pour nous délivrer de tous ceux qui nous haïssent injustement.
Donne-nous la concorde et la paix à nous
et à tous ceux qui habitent la terre,
comme tu l'as fait pour nos pères
qui t'invoquaient saintement dans la foi et la vérité,
afin que nous obéissions à ton Nom tout puissant et parfait
ainsi qu’à nos dirigeants et gouvernants sur la terre.
[…]
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