Exode 2.23-25 – 3.1-10 23
Les Israélites gémissaient et criaient sous le poids de l’esclavage, et leur appel parvint jusqu’à Dieu. 24 Dieu entendit leur plainte et se souvint de son alliance avec Abraham, avec Isaac et avec Jacob. 25 Il vit les Israélites et quelle était leur situation.
Chapitre 3
1 Moïse faisait paître les brebis de son beau-père Jéthro, prêtre de Madian. Il mena son troupeau au-delà du désert et parvint jusqu’à Horeb, la montagne de Dieu. 2 L’ange de l’Eternel lui apparut dans une flamme au milieu d’un buisson : Moïse aperçut un buisson qui était tout embrasé et qui, pourtant, ne se consumait pas. 3 Il se dit alors :
- Je vais faire un détour pour aller regarder ce phénomène extraordinaire et voir pourquoi le buisson ne se consume pas.
4 L’Eternel vit que Moïse faisait un détour pour aller voir et il l’appela du milieu du buisson : —
-
Moïse, Moïse !
-
Je suis là, répondit Moïse.
5 Dieu lui dit :
-
N’approche pas d’ici, enlève tes sandales, car le lieu où tu te tiens est un lieu sacré. 6 Puis il ajouta : Je suis le Dieu de tes ancêtres, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob.
Alors Moïse se couvrit le visage car il avait peur de regarder Dieu.
7 L’Eternel reprit :
-
J’ai vu la détresse de mon peuple en Egypte et j’ai entendu les cris que lui font pousser ses oppresseurs. Oui, je sais ce qu’il souffre. 8 C’est pourquoi je suis venu pour le délivrer des Egyptiens, pour le faire sortir d’Egypte et le conduire vers un bon et vaste pays, un pays ruisselant de lait et de miel ; c’est celui qu’habitent les Cananéens, les Hittites, les Amoréens, les Phéréziens, les Héviens et les Yebousiens. 9 A présent, les cris des Israélites sont parvenus jusqu’à moi et j’ai vu à quel point les Egyptiens les oppriment. 10 Va donc maintenant : je t’envoie vers le pharaon, pour que tu fasses sortir d’Egypte les Israélites, mon peuple.
.
Exode 3 est un texte universellement connu qui, de tout temps, a inspiré de nombreux artistes et écrivains, chacun, à sa manière, exprimant sa vision de la grande saga mosaïque.
De manière générale, Moïse est présenté comme le.héros-libérateur, la libération du peuple d’Israël devient l’archétype même du salut. Cette libération est aussi l’événement fondateur du peuple d’Israël. De même, tout peuple opprimé se reconnait dans ce texte et s’en approprie le message. L’exemple d’identification le plus connu est celui des esclaves noirs qui ont fait de la mission de Moïse un hymne de libération mondialement connu : Go down Moses.
Ce chapitre du livre de l’Exode a inspiré la Théologie de la Libération : Israël devient la figure des peuples dominés et asservis, Pharaon est l’exemple-type du dictateur, Moïse devient le Christ libérateur qui agit à travers son Église.
En général, on s’intéresse plutôt à la seconde partie du texte, celle qui évoque la pénible situation d’Israël et la grande mission de Moïse. Moi, je me suis arrêté à la première partie du récit, et j’y ai trouvé quelques petites perles que j’aimerais vous partager aujourd’hui.
En d’autres termes, je vous invite à déplacer vos regards ; nous allons passer de l’extraordinaire (la libération d’un peuple opprimé par la plus grande puissance de l’époque) à l’ordinaire d’un homme, à l’ordinaire de nos vies, de nos jours, de notre quotidien.
Que se passe-t-il dans la première partie de l’histoire ?
Dieu appelle un homme. Quoi de plus ordinaire qu’un homme ? Qui plus est, un berger. En ces temps-là, en cet endroit-là, tout le monde – ou presque – était berger. Dans ces terres arides et désolées, quoi de plus banal qu’un berger qui fait paître ses brebis. Ce n’est pas grand-chose, un berger, ça ne sait pas grand-chose, un berger, ça ne vaut pas grand-chose, un berger.
Dieu choisit un simple berger, Dieu appelle un simple homme. Et Dieu va lui confier un projet ambitieux, extraordinaire. Dieu vise très haut, il vise la libération du peuple d’Israël.
Pour exécuter ce plan de salut extraordinaire, on serait en droit d’attendre que Dieu choisisse un homme extraordinaire, un homme plein de qualités et de force, un homme capable d’affronter la puissance de Pharaon. Dieu aurait pu – Dieu aurait dû – choisir un vaillant guerrier, ou un chef, un commandant, quelqu’un qui s’y connait en hommes, en armes, en stratégie, Dieu aurait dû choisir un héros !
Mais Dieu ne choisit pas un héros, Dieu choisit un « zéro », un presque zéro…
Dieu choisit un perdant, Dieu choisit un homme qui doute de lui-même, Dieu choisit un homme qui a tout raté, qui porte sur ses épaules et sur sa conscience un lamentable échec : échec dans sa propre tentative de libérer le peuple, échec dans son essai de rallier le peuple autour de lui… Dieu choisit, si l’on voulait être encore plus précis, un lâche, un homme qui a peur, un homme qui a fuit, et son peuple, et ses responsabilités et sa vie.
Voilà le genre de héros élu par Dieu ! Un héros sans héroïsme, un chef sans autorité, un guerrier sans courage, un géant sans puissance.
Dieu vous aurait choisi vous, ou moi, c’eut été pareil… et justement !!! Pourquoi pensez-vous que Dieu choisisse ce perdant de Moïse, cet homme plein de doutes quant à ses capacités ? Pourquoi lui ?... Parce que vous, parce que moi, parce que nous !
Parce que nous sommes des hommes et des femmes ordinaires.
Dieu ne cherche pas des héros sans peur et sans reproche, mais des hommes et des femmes ordinaires, avec leurs faiblesses, avec leurs défauts, et prêts à entendre l’appel de Dieu, prêts à entendre l’appel de l’humanité en souffrance.
Moïse n’attendait plus rien, ni de Dieu ni de personne ; l’appel tombe du ciel sans prévenir, c’est un appel inattendu, non désiré et non provoqué ! Moïse faisait paître tranquillement ses moutons, il n’était pas en train de prier, il n’était pas en train de méditer, il ne recherchait pas particulièrement la volonté de Dieu, il ne se souciait de rien de particulier sauf de trouver de l’herbe pour ses brebis, sauf de se demander… pourquoi ce buisson brûle sans se consumer…
Un buisson qui brûle… Un simple buisson, un vulgaire buisson, un banal buisson. Un buisson tout ordinaire semblable à des milliers d’autres. On n’est pas sur l’imposante montagne du Sinaï, on n’est pas dans un temple fait d’or et d’argent, on est simplement au milieu de nulle part, on est devant un simple buisson, on est avec un simple berger, on est sur une simple terre pleine de cailloux et foulée par les moutons…
Dieu se manifeste à Moïse – Dieu se manifeste à nous – par l’intermédiaire de l’ordinaire, du banal, du quotidien…
La première partie du texte nous invite à voir toutes choses – ou tout événement – comme étant une manifestation de Dieu.
Si Dieu est partout, alors il est aussi en toutes choses, il englobe toutes choses.
Si Dieu est partout, il est en vous, en moi, il est dans ce qui nous entoure, il est dans ce que nous vivons, il est, comme le dit l’Évangile de Matthieu, dans les oiseaux qui volent dans le ciel et dans le lys de champs (Mat 6).
Si l’on exerce un tant soit peu son attention, tout, autour de nous, peut devenir manifestation de Dieu, message de Dieu, tout peut devenir enseignement, depuis le réveille-matin qui nous invite à rester éveillés à Dieu, à soi, aux autres, jusqu’à la douche du soir, que nous pouvons vivre comme une sorte purification intérieure, en passant par l’oiseau qui chante la louange de Dieu par tout les temps et sur différents tons et même par le feu rouge qui nous enseigne la patience et le respect des lois.
La première partie de ce chapitre nous invite à l’école de la vie ordinaire, il nous invite à faire de notre quotidien un maître qui nous enseigne la sagesse.
Mes amis, si nous ramenons l’extraordinaire à l’ordinaire, si nous ramenons le sacré au profane, alors… alors il se passe une chose étrange et un peu « magique », alors soudain le profane devient sacré, le matériel devient spirituel, l’ordinaire devient extraordinaire, soudain, les choses autour de moi ont plus de couleur et d’intensité, les individus autour de moi deviennent des personnes importantes, les mille et un gestes de la vie quotidienne se transforment en liturgie, le monde devient temple, ma vie devient prière, mes paroles, louanges, mes gestes, offrandes.
La vie entière devient ainsi une célébration ; une célébration de la vie, de la joie, de l’amitié, de la compassion ; le présent devient cantique nouveau, le monde entier devient « terre sacrée » parce que rempli de la présence de Dieu.
Et moi, et toi, et nous, nous trouvons alors notre place dans le monde, une place de célébrant, de chantre de Dieu, chacun servant Dieu, et la vie, à sa manière, selon ses dons, selon son chemin particulier, sa situation particulière, son métier particulier, son engagement particulier.
Que tu sois plombier, secrétaire, fonctionnaire, professeur, femme au foyer, à la retraite, sers Dieu là où tu es, là où tu travailles, là où tu vis. Car là où tu es, là est précisément le lieu « sacré » du service, le lieu « sacré » de la présence de Dieu.
Et là – pour faire la jonction avec la 2e partie du texte – là est précisément le lieu de la libération.
En hébreu, le mot Egypte, Mitsraïm, signifie : ce qui est resserré, ce qui aliène, ce qui angoisse. Nous avons parfois l’impression d’être coincés dans un quotidien monotone, nous voudrions parfois être quelqu’un d’autre, nous aimerions vivre ailleurs, nous nous laissons enserrer par nos considérations étroites sur nous-mêmes, nous nous emprisonnons nous-mêmes.
Découvrir que l’ordinaire est justement le lieu de la présence de Dieu, prendre conscience que le quotidien est justement le lieu du service, eh bien, cela est fondamentalement libérateur. Car… tu n’as plus à copier les autres, tu n’as plus à envier les autres ni à te comparer à eux, ni à te sous-estimer et à te complexer, tu n’as pas à te dénigrer, à te dévaloriser, à te culpabiliser... ta place est là, ta joie est là, ta mission est là, là où tu vis, là où tu travailles, là où tu te réjouis, là où tu pleures, là où tu pries…
Moïse faisait paître ses brebis sur le flanc de la montagne, quoi de plus banal, quoi de plus terre-à-terre. Et c’est pourtant là, dans l’ordinaire de sa vie, que résonne l’appel de Dieu.
Demain, dans l’ordinaire de votre vie, quand vous vous réveillerez – et tout au long de la journée – ouvrez bien les yeux, ouvrez bien les oreilles, ouvrez bien votre cœur, car dans les mille choses de la vie quotidienne résonnera la voix de Dieu. Comme Moïse, il suffira de dire : « Me voici » ! Amen !
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