22 mars 2010
Exclusion des cantiques de Huub Oosterhuis : un autodafé ? Les fidèles catholiques et protestants néerlandais ont vécu une semaine bouleversante. Ils sont restés bouche bée après l’annonce par l’église catholique de l’exclusion de ses recueils de beaucoup de cantiques du poète Huub Oosterhuis.
L’église catholique en Hollande a commencé un nettoyage radical de la totalité des cantiques chantés jusqu’à présent. La liste de rejet contient pourtant des cantiques très apprécies par les pratiquants depuis les années 60. C'est-à-dire à partir de la période ou la messe latine à commencé sa transformation en messe de langue populaire.
Dans cette transformation, les paroles d’Oosterhuis ont joué un rôle non négligeable.
Les évêchés de Bois le Duc et d’Utrecht ont nommés deux « censors » pour accomplir la tâche d’épuration. Et ce sont ces deux contrôleurs liturgiques qui ont stupéfié les fidèles hollandais en annonçant leur réprobation d’au moins 29 cantiques de Huub Oosterhuis.
Bien sûr, on ne peut pas reprocher à l’église de réfléchir sur la qualité de sa liturgie, mais le rejet de justement ces cantiques aimés par le grand public semble « ne pas être très catholique », dans le sens de l’expression.
Il faut savoir que Huub Oosterhuis est un ex-jésuite qui s’est détourné de l’église de Rome lors d’un conflit autour du célibat en 1969. Ceci a conduit à son excommunication et avec un groupe de coreligionnaires, il a commencé une « ekklesia » hors de la responsabilité de l’église diocésaine.
Avec grand engagement et un talent poétique incontesté Oosterhuis a offert aux paroissiens de toute la Hollande un grand éventail de cantiques qui reflètent une symbolique évangélique profonde. Ses textes se sont imposés dans la vie liturgique d’un grand nombre de croyants néerlandais. Ils incitent à la réflexion intérieure et à une conscience commune politique. On peut comprendre la zone de tension que ses textes soulèvent dans l’esprit du censeur zélé...
Au premier abord, il semble que c’est le langage métaphorique qui est visé par la critique des censeurs, quoiqu’une motivation concrète soit absente. Dans la presse ont paru quelques citations plutôt amères d’un des censeurs :
« une pêche miraculeuse d’images bibliques où Dieu a été supprimé »,
« cantique poly-interprétable avec beaucoup de réminiscences bibliques sans cohérence intérieure et avec des conclusions théologiquement douteuses », etc.
On pourrait conclure que l’église catholique néerlandaise est en train de resserrer l’étau sur les dissidents d’ici plus d’une quarantaine d’années. Une qualification d’autodafé est, dans une certaine optique, concevable. Ce que l’église devrait se demander est si les fidèles ne se sont justement pas détournés grâce aux paroles d’espoir er de réconfort des cantiques de poètes comme Oosterhuis, chantés dans la messe.
Les réactions véhémentes de cette semaine sont significatives. La polémique n’en finira pas là, mais il est clair que les paroissiens ne renonceront pas à prier et chanter, à recevoir leurs nouveau-nés et faire les adieux de leurs proches avec les paroles riches de Huub Oosterhuis.