Libre opinion
Il faut nous préparer
à des années maigres
Giles Fraser
chanoine à la cathédrale Saint Paul, Londres
17 mai 2010
On peut avoir de la compassion pour nos pauvres hommes politiques. Durant toute la campagne électorale ils se sont fait accuser de malhonnêteté, de dissimuler le montant de la rigueur économique qu’ils nous préparent. La réalité est simple : s’ils avaient dit la vérité on n'aurait pas voté pas pour eux.
On ne vote jamais pour les partis qui annoncent de mauvaises nouvelles. C’est à cause de nous que les hommes politiques doivent cacher leur sombres pronostics derrière une façade lumineuse. Et ensuite on les accuse de ne pas tenir leurs promesses.
Une chose est sûre. Le nouveau gouvernement réduira la taille de l’État. Il y sera obligé. Nous sommes enfoncés dans la dette jusqu’au cou et même le keynésien le plus convaincu devra reconnaître qu’on ne peut pas y échapper. Voyez la Grèce ! Cela veut dire que les services publics seront réduits et que de nombreux avantages sociaux dont nous avons bénéficié durant les dernières décennies vont être supprimés. Il est aussi inévitable que ces mesures vont toucher le plus durement les membres les plus défavorisés de notre société.
L’Église doit donc se préparer à redoubler d’efforts pour soutenir ceux qui vont se sentir de plus en plus marginalisés. Elle pourra le faire de deux manières.
D’une part en se faisant avocate des pauvres. Lorsque les aides de l’État seront supprimées, il nous faudra être veiller à ce que ces mesures n’atteignent pas les pauvres de manière injuste car alors il nous faudra siffler la faute et ne pas laisser passer.
D’autre part il nous faut réviser les capacités de nos services d’entraide paroissiaux et diocésains pour être prêts à soutenir nos concitoyens défavorisés lorsqu’arriveront les temps durs. N’attendons pas qu’il soit trop tard.
Il peut d’ailleurs y avoir un autre aspect à ces choses. Je demande pardon à mes amis qui sont dans des ordres religieux, mais je n’entre pas dans leur idée que la pauvreté soit un état moralement enviable. Mais il faut reconnaître que la relative richesse dont nous avons bénéficié dans les dernières décennies, nous a éloignés les uns des autres et a suscité une regrettable atmosphère d’indifférence individualiste. L’argent nous a servi à ne plus avoir besoin de l’aide des autres.
Lorsqu’il va commencer à nous manquer, nous pouvons espérer que nous prendrons conscience d’avoir besoin les uns des autres, que notre épanouissement ne se fait pas sans eux. Depuis vingt ans nous avons considérablement accru notre dette et il nous faut maintenant rembourser.
L’Église pourrait bien avoir un rôle important à jouer durant les années maigres qui sont devant nous.
Church
Times
Traduction Gilles
Castelnau
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