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Jésus dit :

« Vous me reverrez »

 

prédication

 

Jean 16.16-22

 

pasteur René Lamey 

Strasbourg

      

 

17 mai 2011

 

Jean 16.16-22


Jésus est avec ses disciples dans la chambre où ils ont célébré la Cène. Jésus sait que son temps est compté. Par de longs discours typiques de l’Évangile de Jean, Jésus enseigne, Jésus prévient, Jésus laisse, en quelque sorte, son testament spirituel. Voici un extrait de ces discours :

Dans peu de temps vous ne me verrez plus ; puis encore un peu de temps, et vous me reverrez. Certains de ses disciples se demandèrent alors entre eux :
-  Qu’est-ce qu’il veut nous dire par là : « Dans peu de temps vous ne me verrez plus ; encore un peu de temps et vous me reverrez » ?
Ils ajoutèrent :
-  Que signifie ce « peu de temps » dont il parle ? Nous ne voyons pas ce qu’il veut dire.
Jésus comprit qu’ils voulaient l’interroger ; il leur dit :
-  Vous êtes en train de vous demander entre vous ce que j’ai voulu dire par ces mots : « Dans peu de temps vous ne me verrez plus ; encore un peu de temps et vous me reverrez. »
Vraiment, je vous l’assure, vous allez pleurer et vous lamenter, tandis que les hommes de ce monde jubileront. Vous serez accablés de douleur, mais votre douleur se changera en joie.
Lorsqu’une femme accouche, elle éprouve de la douleur parce que l’heure est venue; mais à peine a-t-elle donné le jour au bébé, qu’elle oublie son épreuve à cause de sa joie d’avoir mis au monde un enfant.
Vous, de même, vous êtes maintenant dans la douleur, mais je vous verrai de nouveau : alors votre cœur sera rempli de joie, et cette joie, personne ne pourra vous l’enlever.

.

 

Prédication

 

« Nous ne voyons pas ce qu’il veut dire », se disent entre eux les disciples de Jésus. Et franchement, je les comprends fort bien. Car voyez-vous, moi non plus, je ne suis pas sûr de comprendre ce que Jésus veut dire avec ses « encore un peu de temps »... et peut-être vous-mêmes êtes aussi dans l’étonnement face à ces paroles de Jésus.
J’avoue que bien des fois, malgré toutes les études et lectures que j’ai pu faire, il reste encore ici et là des paroles du Christ qui me paraissent relativement nébuleuses et abstraites. Ce qui en soi n’est pas une mauvaise chose, puisqu’il faut alors mettre en œuvre un travail de réflexion.
Un travail de réflexion qui porte sur deux questions :
- que voulait dire Jésus ?
- que voulait transmettre l’auteur de l’évangile de Jean en prêtant à Jésus ces paroles énigmatiques ?
- on peut – on doit – ajouter une troisième question : en quoi est-ce que tout cela nous concerne aujourd’hui ?

1) La réponse à la première question est relativement simple et rapide. Jésus informe ses disciples quant à ce qui va se passer dans les prochains jours, même les prochaines heures.

Le « Dans peu de temps, vous ne me verrez plus » est une allusion à l’arrestation et à la mort imminente de Jésus. Et le « puis encore un peu de temps, et vous me reverrez » est l’annonce de son retour parmi les siens par sa victoire sur la mort, l’annonce de sa résurrection.

Mais cette réponse me semble un peu trop facile, les disciples de Jésus n’étant quand même pas des imbéciles lents à la « comprenote » ! D’autant plus que leur Maître leur avait déjà annoncé plusieurs sa mort et de son retour parmi eux.

Le « Nous ne voyons pas ce qu’il veut dire » est un effet littéraire de Jean dont le but est de transmettre quelque chose de plus important, quelque chose qui peut concerner toute la communauté des disciples, c’est-à-dire toute l’Église, celle d’hier et celle d’aujourd’hui.

2) Nous passons donc directement à la deuxième question qui nous occupe ce matin : que voulait transmettre l’auteur de l’évangile de Jean en prêtant à Jésus ces paroles énigmatiques ?

Et là, les choses deviennent plus complexes, donc plus intéressantes, car en cherchant un peu, nous découvrons que l’auteur de l’Évangile de Jean écrit cet évangile à la fin du premier siècle, c’est-à-dire environ soixante années après la mort et la résurrection de Jésus.

En ces années 90 du premier siècle, l’Église est déjà bien établie, mais elle est confrontée à d’importants problèmes, et cela, autant à l’intérieur de l’Église qu’en dehors de l’Église. En dehors, les premières persécutions ont commencé – d’où la mention des pleurs des disciples et de la jubilation des opposants au christianisme – et en son intérieur, de multiples polémiques théologiques menacent de diviser gravement les chrétiens. Et l’une de ces polémiques, que l’on trouve aussi dans les lettres de Pierre, concerne le temps qui passe. Le « peu de temps, et vous me verrez » évoqué par le Jésus de l’Évangile de Jean est en train de devenir le « beaucoup de temps, le très beaucoup de temps, et même le très, très, très beaucoup de temps » pour ceux qui attendent aujourd’hui encore un retour visible de Jésus sur les nuées. En ces années 90 du premier siècle donc, la promesse d’un retour proche et visible devient sujet à doutes, sujet à discussions et à divisions. L’absence se prolonge, et le délai toujours retardé commence à produire d’énormes tensions dans l’Église.

La question du « temps qui passe et, ma sœur Anne, on ne voit toujours rien venir » est une question théologique très intéressante, et l’on pourrait passer toute une journée à réfléchir sur ce thème. Mais nous n’avons pas la journée, alors il me faut résumer les réponses suggérées par l’auteur de l’Évangile de Jean.

Que veut transmettre Jean à son Église ?

Vous l’avez remarqué, Jean nous parle de deux temps : il y a le temps du non-voir, et il y a le temps du voir. A chacun de ces temps particuliers, l’évangéliste associe une attitude, une, émotion ou un sentiment. Au temps du non-voir correspond l’angoisse ; au temps du voir répond la joie.

L’angoisse surgit dans la communauté johannique lorsque ses membres prennent peu à peu conscience que le retour de Jésus, le « vous me reverrez » ne se réalisera pas en « peu de temps » Les années ont passé, l’espérance s’essouffle, le doute se glisse dans les cœurs : « A-t-on bien fait de faire confiance ? » « Les promesses de Jésus sont-elle fiables » « Avons-nous été trompés ». Là où il a doute, il y a généralement angoisse. Et l’angoisse fragilise, l’angoisse paralyse, l’angoisse rend pessimiste et ferme l’avenir. Le non-voir engendre crainte et inquiétude, l’inquiétude des femmes qui portent un enfant dans leur ventre, l’inquiétude de l’accouchement, image reprise dans le texte.

Nous pouvons nous inclure dans ces angoisses et ces inquiétudes (et là, nous commençons à répondre à la troisième question, la question de l’actualisation). L’angoisse de ne pas savoir de quoi sera fait le lendemain, l’angoisse de la guerre, la crainte de souffrir, de mourir, l’inquiétude devant l’état du monde, l’inquiétude du malade, du vieillard, ou de la jeunesse, et plus localement, l’inquiétude des communautés luthériennes du centre-ville qui n’auront pas de pasteur attitré à la rentrée…

A l’opposé du non-voir, il y a le voir ; en réponse à l’angoisse, l’évangéliste parle de joie. Quand la mère voit l’enfant, elle oublie la souffrance, quand la mère porte le nouveau-né dans ses bras, elle est, généralement, remplie de joie !

L’auteur de l’Évangile invite ses lecteurs à ne pas se laisser envahir par l’angoisse, mais à opter résolument pour la joie. La joie est vivifiante, elle porte un regard positif sur la vie, elle est contagieuse, elle donne de l’énergie, du courage, elle aide à assumer les difficultés de la vie.

Ici, la joie est associée au voir. De quel « voir, producteur de joie » parle Jean ? Ce n’est pas, il me semble, le voir de la résurrection, ce n’est pas le voir de la Pentecôte, comme certains l’ont suggéré, car ces deux événements ont eut lieu il y a bien longtemps, autant pour les chrétiens de la fin du premier siècle que pour les chrétiens d’aujourd’hui.

Néanmoins, pour rendre justice au texte de Jean et aux paroles de Jésus (« Vous me verrez dans un peu de temps »), il y a bien un lien avec la résurrection, et aussi, un lien avec la Pentecôte puisque le ch.16 – le ch. de notre texte – s’ouvre avec l’annonce de la venue du Saint-Esprit. Et si l’on met ces deux événements ensemble, on commence à mieux comprendre le « vous me verrez » dont parle Jésus.

Ce « Vous me verrez » n’est pas une indication de temps ou de lieu – Jésus reviendrait telle année à tel endroit – mais renvoie, à travers la résurrection et la Pentecôte, à la présence du Christ dans la vie du croyant – c’est la résurrection – et à la présence du Christ dans la vie de l’Église – c’est l’événement de la Pentecôte.

Oui, « vous me verrez », non pas à telle date et en tel endroit, mais au travers des lieux précis que sont votre vie et votre communauté, et au travers d’un temps précis, le temps présent, le temps d’aujourd’hui.

L’évangéliste nous invite donc à porter joyeusement le nom du Christ, il nous encourage à faire voir concrètement, par nos paroles, par nos actes, en quoi consiste le message de Jésus.

Le Christ n’est pas absent. Il demeure en vous et par vous. Le Christ n’est pas mort. Il est vivant en vous et par vous. Le Christ est votre vie. Le Christ est votre joie. Et cette présence en vous – cette vie en vous – cette joie en vous – personne ne pourra vous l’enlever.

Vous avez été mis au monde, nous dit Jean, vous êtes de nouvelles créatures, nous dit la Genèse et l’apôtre Paul, et par la grâce de Dieu, vous rendrez visible, par votre joie, par votre amour, le Christ ressuscité.

Amen !

 


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