Théologie du Process
Mon Ami
suprême
Professeur de philosophie et de
religion au Graceland College, Lamoni, Iowa. États-Unis
A
Friend's Love : Why Process Theology Matters
8 août 2001
Il est important d'être
aimé ; d'ailleurs
l'amour est au coeur du christianisme ; toute la vie et la mort
de Jésus nous révèlent l'amour inconditionnel de
Dieu.
« En ceci Dieu prouve
son amour envers nous : alors que nous étions encore
pécheurs, Christ est mort pour nous » Romains 5.8.
« Bien-aimés, si Dieu
nous a tant aimés, nous devons aussi nous aimer les uns les
autres » 1 Jean 4.11.
« Nous aimons parce qu'Il nous a aimés le
premier » 1 Jean 4.19.
Dieu et la
souffrance
Dès mon enfance on m'a
appris que Dieu n'était pas
un juge lointain, qui menacerait les hommes d'un enfer
éternel, mais qu'il était au contraire notre Ami
suprême. Amour mystérieux, certainement, mais
bienveillant et heureux ; sûrement pas l'amour pervers que
nous aurions à redouter qui se manifesterait en catastrophes,
en famines, en mort d'enfants ou en camps de concentration.
Un Dieu ami qui m'apprenait à aimer
les autres hommes, à croire en la justice et la
vérité.
Dieu était puissant, certes, mais
toute la souffrance du monde dont je prenais conscience, ne venait
pas de lui. Je connaissais son amour et je comprenais qu'il n'aurait
jamais provoqué le mal ni ne l'aurait permis : mon Dieu
était amour plutôt que toute-puissance.
Son existence et sa pensée sont, en
vérité, un grand mystère mais une chose est
sûre : Jamais il ne laisserait souffrir inutilement un
enfant innocent s'il pouvait l'éviter. Mais je sais, en disant
cela, que les théistes traditionnels pensent autrement.
Lorsque j'ai découvert les
théologiens du Process, comme
John Cobb, j'ai tout de suite reconnu qu'ils parlaient bien de mon
Ami suprême. Dans notre univers mystérieux et
contradictoire, la théologie du Process s'efforce de mettre en
rapport le Dieu d'amour avec la science de notre monde, l'histoire
humaine, le problème du mal et de la liberté.
Elle nous débarrasse de l'idée
choquante du théisme traditionnel que l'amour de Dieu
s'accommode de la souffrance ; elle n'échafaude pas
d'absurdes explications surnaturelles. La théologie du Process
parle avec ferveur et intelligence de la volonté et de la
force de notre Ami suprême qui s'élève
effectivement contre le mal et la souffrance du monde.
Paul le disait bien :
« Nous savons que toutes choses
coopèrent au bien de ceux qui aiment
Dieu » Romains 8.28.
Je m'étonne que les
théistes ne s'intéressent pas à cette
pensée. Ils disent que si
Dieu ne connaît pas l'avenir, il n'est rien ; que si Dieu
ne peut pas contrôler toute la vie du monde, il ne sert
à rien, et que, de toutes façons, il n'est plus le Dieu
de la Bible.
Mais en se focalisant ainsi sur cette
question du pouvoir, ils oublient la phrase de Paul :
« Nous prêchons Christ
crucifié, puissance de Dieu et sagesse de
Dieu » 1 Corinthiens 1.24.
Nous disons que Dieu est notre
Père. Lorsqu'ils sont petits,
les enfants pensent que leurs parents savent tout et contrôlent
tout, mais ils apprennent peu à peu, qu'il n'en est rien. Bien
sûr les bons parents font tout ce qu'ils peuvent pour que leurs
enfants aient une vie heureuse ; ils leur apprennent à
aimer les gens et à être fraternels. Si nous aimons nos
parents, c'est parce qu'ils ont été bons pour nous, non
parce qu'ils ont été puissants !
Deux médecins soignent un enfant
malade. Le premier a le pouvoir de le guérir mais choisit pour
de « mystérieuses » raisons personnelles de le laisser souffrir. Le
second n'a pas le pouvoir du premier mais il fait tout ce qu'il peut
pour s'occuper de l'enfant, le soigner, le calmer, le faire manger,
le garder, l'aimer.
Je peux respecter le premier docteur, mais
j'aime celui qui montre son amour. Le pouvoir suscite crainte et
respect, mais ni louange ni amour. Ce n'est pas le pouvoir qui me
rend sensible et fraternel, c'est l'amour. Douze légions
d'anges ne sauveront pas une âme ; un amour
crucifié le fera.
J'enseigne à mes élèves
la philosophie de Platon ; je m'efforce de les rendre sensibles
à la crainte, au mystère, au saisissement que suscite
le Dieu éternel et immuable de la philosophie. Mais je ne vois
pas le rapport avec le Crucifié, l'Ami qui m'aime alors que je
ne suis pas digne d'être aimé et qui sait ouvrir mon
coeur à la compassion.
Dieu et la libre
réflexion
Les incroyants sont aussi intelligents et
réfléchis que les croyants. L'athéisme est une attitude aussi
respectable que la foi. Les théologiens du Process l'admettent
parfaitement, mais cette affirmation gêne les théistes
traditionnels.
La question se pose ainsi :
« Si Dieu est tout-puissant et
plein d'amour,
comment se fait-il qu'il cache sa présence aux hommes de bonne
volonté ? »
L'apôtre Paul dit nettement
que ceux qui n'acceptent pas
l'Évangile sont sans excuse :
« ce qu'on peut connaître de Dieu est
manifeste car Dieu l'a manifesté » Romains 1.19.
J'ai pensé cela moi
aussi ; l'amour de Dieu me
paraissait flagrant ; j'admettais comme une évidence que
cet amour s'était pleinement manifesté dans le passage
de la mer Rouge, les récits des prophètes, les oeuvres
du Christ et par dessus tout dans le témoignage
intérieur que l'Esprit de mon Ami renouvelait en mon
cœur.
« L'amour véritable ne se
dissimule pas, il se montre de toutes les manières
possibles. »
Pourtant les découvertes de la
science, la dure réalité de la
souffrance, la pluralité des
diverses religions, m'ont finalement obligé à admettre
que l'existence de Dieu et son amour n'étaient en
réalité pas évidents aux yeux de tous les hommes
de bonne volonté.
Mes propres expériences spirituelles pouvaient d'ailleurs,
elles aussi, être mises en cause et expliquées sur des
bases naturelles.
Pourquoi Dieu se cachait-il donc
ainsi ?
L'idée que la nature
révèle pleinement et
sans ambiguïté l'existence et l'amour de Dieu se heurte
au refus des athées.
. Paul expliquait :
« Ils ont remplacé la
vérité de Dieu par le mensonge » Romains 1.25.
Mais peut-on vraiment mettre ainsi en
question leur réelle honnêteté
intellectuelle ?
. Jean disait :
«Nous, nous sommes de Dieu et celui
qui connaît Dieu nous écoute ; celui qui n'est pas
de Dieu ne nous écoute pas : c'est ainsi que nous
distinguons l'Esprit de vérité et l'esprit de
l'erreur ». 1 Jean 4.6.
Les théistes traditionnels ne
concluront pas autrement.
Le théologien John Hick ne suit
pas le raisonnement de Paul et de Jean ; il pense que Dieu a
délibérément créé un monde opaque
qui a l'air de subsister indépendamment de Dieu afin que les
hommes ne soient pas contraints à la foi par une
présence évidente mais puissent y accéder
librement en créatures responsables et autonomes.
Cet argument ne me semble pas convainquant
dans la mesure où l'ignorance n'est en rien utile à la
libre réflexion et à la foi. Il est vrai que nous
devons tous penser librement par nous-mêmes. Mais qui mettra
ses enfants dans un orphelinat afin qu'ils soient libres de croire
par eux-mêmes que leurs parents sont bien en vie et les
aiment ?
Hick a raison, contre les
théistes, de prendre au
sérieux l'opacité du monde que Paul ne voyait pas, mais
son hypothèse est invraisemblable.
La théologie du Process
propose de résoudre cette
question de l'incognito divin en partant du principe que Dieu nous
aime et s'efforce de révéler cet amour en sans
exclusive en toute vie.
Dieu veut aimer et être aimé de
tous, mais il ne peut empêcher le monde de lui répondre
à sa manière,
Dieu n'a pas d'autre puissance
que sa force de persuasion.
Sa révélation ne peut
s'effectuer qu'à l'intérieur des coeurs, par un
processus naturel et humain.
Les expériences spirituelles des
hommes, leurs textes sacrés
et leurs institutions religieuses ouvrent toutes une fenêtre
sur l'au-delà, mais chacune à sa manière, selon
les conceptions de leur milieu historique, de leur époque, de
leur langage ; la présence créatrice et aimante de
Dieu parvient à tous, mais toujours plus ou moins
brouillée.
Paul disait :
« comme
dans un miroir » 1 Corinthiens 13.12.
La théologie du
Process n'attache pas de valeur
morale à l'attitude de foi, ni de culpabilité à
la non-foi, car elle est consciente du fait que le monde est
mystérieux et opaque et elle ne croit pas, comme Hick, que
Dieu l'ait délibérément créé ainsi
dans le but de tester notre bonne volonté.
Dans l'ambiguïté
même du monde Dieu est toujours à l'oeuvre
pour créer et révéler sa présence
en un amour dont le centre est le paradoxe de la
crucifixion.
On peut, bien entendu, s'opposer à
la théologie du Process, mais
il est difficile de contourner son explication du fait que la
révélation de Dieu puisse être honnêtement
ignorée de tant d'hommes de bonne volonté.
Le fondement de notre foi est que
Dieu est notre Ami suprême
et c'est cet amour que la théologie du Process
enseigne.
Traduction Gilles
Castelnau
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