Professeur de religion
à l'Université Mount Allison
Sackville, Nouveau Brunswick
Canada
.
La question de
Dieu
« théologie du Père
Noël » ou « théologie de
Noël » ?
29 novembre 2001
La « théologie du
Père Noël » pose la
question : « Le Père Noël
existe-t-il ? » et en
ce qui concerne Dieu : « Faut-il croire en
Dieu ? ». Mais la
réponse à cette question, positive ou négative,
n'a pas d'influence sur la vie quotidienne. Les enfants qui ne
croient plus au Père Noël ne font-ils pas souvent
semblant d'y croire encore ?
La « théologie de
Noël » ne pose pas la
question de l'existence de Dieu, mais de sa présence
auprès de nous et de sa volonté ; elle interroge en
profondeur notre style de vie et de pensée.
Le message de Noël n'est pas qu'un être surnaturel est
descendu sur la terre dans la nuit du 24 décembre, comme
le Père Noël descend par la cheminée ;
Noël est la révélation d'un monde
mystérieux de fraternité et de tendresse qui peut
toucher les coeur les plus durs.
La fête de Noël perd son sens, lorsque l'image qu'elle
donne est celle d'un Dieu aussi éloigné de la vie
réelle que le Père Noël lui-même !
Il faut être attentif au fait que le message de Noël qui
unit Dieu à la naissance de Jésus, risque de faire
croire que ceux qui ne reconnaissent pas Jésus sont exclus de
l'amour de Dieu. Il est important que nous repensions le message de
Noël et que nous le présentions à nos
contemporains dans l'esprit de l'ouverture qui convient.
La théologie du
Process, qui n'est, certes pas, une
panacée, apporte pourtant une aide considérable ;
elle pose, en effet, comme la théologie du Père
Noël la question de l'existence de Dieu, mais se garde de le
présenter comme un être surnaturel venant du ciel ;
elle s'attache à le définir comme Celui qui s'implique
dans la profondeur de nos existences pour les dynamiser et les
réorienter.
Ces questions sont aujourd'hui
déstabilisantes pour les
professeurs de théologie et leurs étudiants. Elles le
sont bien davantage encore pour les pasteurs et les prêtres de
paroisse. Car la question n'est pas seulement celle de l'existence de
Dieu et de sa nature, mais celle de la présence divine dans
nos vies et de l'orientation de notre pensée.
La théologie du Père Noël n'établit
guère de différence entre celui qui croit au ciel et
celui qui n'y croit pas. Il en va tout autrement avec la
théologie de Noël qui nous conduit dans les profondeurs
de nos coeurs et nous interroge sur notre vision de la
présence du royaume de Dieu en nous et dans la
réalité du monde.
La question du
salut
« bon
docteur » ou « ministre de la
santé »
Le « bon
docteur ». Dans la grand
épidémie du Péché universel qui ravage
l'humanité, il travaille à sauver tous les gens qu'il
peut : au lieu d'accepter leur situation de créatures de
Dieu, les hommes se séparent, en effet, de leur
Créateur, se rendent esclaves de leurs instincts, s'opposent
les uns aux autres et oublient finalement jusqu'à leur
humanité.
Tous les conflits, tous les antagonisme déchirant notre monde,
proviennent toujours de la prétention insensée « d'être comme des
dieux », selon la parole
du Serpent de la Genèse Genèse 3.5. Le
texte qui dit : « ils
virent qu'ils étaient nus », pourrait être traduit ainsi : « ils devinrent conscients
d'eux-mêmes ».
C'est de cette déchéance que « le bon
docteur » entend sauver
ceux qui voudront bien l'écouter. Toute l'humanité est
atteinte par le mal, mais « le bon
docteur » s'adresse
individuellement à chacun car la conversion est personnelle et
le salut individuel et non collectif. Le monde lui-même sera
sauvé lorsque tous auront accepté leur salut. Une
société saine ne pourrait être constituée
que si tout le monde se rapprochait de Dieu et découvrait
enfin l'amour du prochain.
Le « ministre de la
santé », quant
à lui, étend sa responsabilité à
l'ensemble de la société, dont la structure est plus
complexe que la somme des individus qui la composent. Il
s'intéresse à l'origine des champs de forces qui
traversent sourdement les relations humaines et sont responsables de
l'émergence des petite prétentions individuelles
qu'aucune intervention personnelle ne peut maîtriser et qui
opposent les hommes les uns aux autres.
Aucune action morale individuelle ne pourra, en effet, guérir
à elle seule une société globalement immorale.
Ainsi, l'étude et la maîtrise des virus qui causent tant
de souffrances et sont à l'origine de tant d'injustices,
relèvent bien évidemment de structures communautaires,
de même que l'analyse et la distribution de l'eau potable etc.
Les diverses théologies de la
libération, théologies
noires, féministes, tiers-mondistes, et autres, s'efforcent
donc de comprendre les mécanismes du racisme, du sexisme, de
l'impérialisme qui gangrènent notre
société pour les éradiquer.
La conversion ou la sanctification de quelques uns n'y parviendra
évidemment pas seule.
La question de
l'Église
« Communauté chaleureuse »
ou « service du monde »
La théologie s'est naturellement
intéressée à
son témoignage dans un monde sécularisé. Mais
elle a peu examiné la fidélité réelle de
l'Église dans ses prises de positions et ses lignes de
conduite, il est donc difficile d'imaginer ce qu'aurait pu être
l'Église si une réflexion plus exigeante l'avait
orientée autrement.
Deux lignes peuvent être envisagées.
« Service du
monde ». Sensible aux
préoccupations d'un « ministre de la santé », l'Église centrerait sa réflexion
spirituelle sur les besoins du monde, les causes des exclusions, les
raisons de la délinquance etc. Elle penserait ses structures
de fonctionnement et vraisemblablement les organiserait de
façon ouverte et souple, de façon à permettre au
mieux l'accomplissement de cette mission.
« Comunauté
chaleureuse ». Sans se
détourner pour autant du monde ni renoncer à son action
diaconale, l'Église se centrerait principalement sur la vie de
ses membres, leurs relations chaleureuses, leur culte et la
réception des sacrements. Et si les tenants du « Service du
monde » l'accusent
d'introversion et d'autosatisfaction, elle pourrait toujours
rétorquer qu'aucun service social n'a de sens s'il n'est
enraciné dans un solide fondement spirituel.
Ces deux conceptions de
l'Église s'opposent mais
pasteurs et laïcs s'accordent dans les paroisses pour
éviter que de tels sujets ne viennent en discussion et ne
divisent les paroissiens. La question a surgi dans le cadre des
facultés de théologie.
Alors que, même dans le cadre universitaire, la
théologie était centrée traditionnellement et
depuis des siècles, sur la spiritualité et le culte de
l'Église (Karl Barth avait même intitulé son
oeuvre « Dogmatique
ecclésiastique »),
la réflexion universitaire se situe désormais
résolument dans le cadre plus ouvert des « humanités » et des « sciences
sociales » et se trouve
impliquée dans leurs débats.
Conclusion
trois
possibilités se présentent désormais
1 Continuer à faire de la théologie
comme avant : « théologie du Père
Noël », du
« bon
docteur » et
« recherche de
communauté chaleureuse ».
2 S'engager dans une théologie traitée
en discipline universitaire : « théologie de
Noël »
3 Identifier la théologie à la
réflexion sociale : « ministre de la
santé » et
« service du
monde ».
La théologie est aujourd'hui une
étonnante mosaïque. Les
théologiens s'efforcent de répondre aux besoins
spirituels des hommes et sont influencés par leurs
réactions en retour ; tout le monde doit s'interroger sur la
direction qu'il convient désormais de suivre.
Cette réflexion n'a rien d'anodin : il y a un monde de
différence entre celui qui a « faim et soif de la
justice », comme le disait
Jésus dans le Sermon sur la Montagne Matthieu 5.6 et celui
qui recherche un dessert spirituel.
Traduction Gilles
Castelnau
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