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Nouveau Testament

Évangile selon Luc – Actes des Apôtres

 

Édition par Claude Gutman

 

Cerf, Gallimard Jeunesse

Folio junior – Les universels

A partir de 11 ans

266 pages, 8,17€

 

Recension Gilles Castelnau

29 avril 2011

Cette édition de l’Évangile de Luc et des Actes des Apôtres est intéressante dans la mesure où elle est destinée aux élèves des collèges, au même titre et dans la même collection que d’autres textes anciens dont voici la liste de ceux qui sont déjà parus :

Dans la même collection

Ancien Testament 1
Héros de la mythologie grecque
Tristan et Iseut
L'Iliade
Récits, légendes et traditions du Coran
L'Odyssée
Dieux de la mythologie grecque
Dieux et héros des Romains
Gargantua suivi de Pantagruel
La malédiction des Nibelungen
Le Roman de Renart
Contes des Mille et Une Nuits
Perceval ou le conte du Graal

La Bible sort des Églises ; tous les élèves, quelle que soit leur religion ou leur absence de religion peuvent l’aborder avec les mêmes précautions, la même exigence de lecture historique et critique.

Voici d’ailleurs la présentation qu’en propose Claude Gutman, directeur de la Collection, présentation identique pour tous les livres :

Qu'ils soient nommés « fondateurs », « fondamentaux », « essentiels »... , certains livres ont eu une telle importance dans l'histoire des civilisations, à différents moments de leur existence, qu'il semble indispensable d'en proposer la lecture, permettant ainsi au lecteur de posséder les outils nécessaires pour déchiffrer le monde qui l'entoure. [...] Folio Junior Les universels forme l'entreprise d'offrir, à la lecture contemporaine des ouvrages parfois vieux de plusieurs milliers d'années et qui sont le socle de notre culture qu'on ne saurait limiter au monde occidental.
Il est des « essentiels » comme la Bible ou le Coran... Il en est d'autres d'Asie, d'Amérique du Nord ou du Sud, des pays nordiques, d'Afrique... qui méritent tout autant d'attention. [...]


La traduction de Luc et des Actes que propose Claude Gutman est celui de la Bible de Jérusalem. Quant à sa présentation critique, elle me semble remarquable. (Voir Introduction à la Bible)

 

Page 20

De tous les évangélistes, (Luc) serait le seul à ne pas être d'origine hébraïque. Certains spécialistes pensent que son ouvrage fut composé vers 80 dans la communauté d'Antioche, en Syrie, et destiné à des convertis issus du paganisme et non du judaïsme. D'autres estiment que le texte a vu le jour à Rome. La tradition, elle encore, prête à Luc la profession de médecin mais elle est sans incidence sur son Évangile et les Actes. Acceptons donc qu’il fût médecin.

Comme Marc dont Luc connaît le texte, lui « empruntant » 400 versets sur 1 150, puisant aussi dans Matthieu et à des sources sans doute orales dont nous ignorons la provenance, ce dernier évangile synoptique adopte le cadre de ces deux autres, et l'adapte à son propre propos.

 

page 127

Il y aurait quelque naïveté à lire les Actes comme un livre historique, au sens moderne du terme. Il s'agit d'une chronique édifiante de la vie d'une nouvelle communauté qui n'a pas encore totalement rompu avec le judaïsme. La description de la première Église de Jérusalem regorge d'erreurs chronologiques, de reconstructions de discours, d'impossibilités matérielles. Quant à la figure de Paul qui envahit l'ensemble de la seconde partie du texte, elle est tout autant sujette à caution. Luc, sans conteste, suit pas à pas l'itinéraire théologique de celui dont il semble très proche, mais présente une version qu'aucun historien contemporain ne peut accepter sans émettre les plus grandes réserves. Comment imaginer, pour ne donner qu’un seul exemple, que Luc, compagnon de Paul, ignore les Épitres (lettres) écrites par son maître ?

C'est pour cette raison qu’on lira les Actes avec un minimum de regard critique, tout en acceptant qu'ils servent de cadre initial à la première « histoire » du christianisme naissant, malgré les discordances entre certaines épîtres de Paul et ce que prétend Luc.

Les Actes sont avant tout le premier témoignage qui nous soit parvenu d'une rupture croissante entre le christianisme naissant et le judaïsme qui va se replier sur lui-même après la destruction du Temple, en 70. Les Actes, reconstruction après coup, fondent toute l'historiographie du christianisme qui n'est encore, faut-il le rappeler, qu'une secte du judaïsme qui s'ouvre aux-non Juifs (les païens). Par la suite, avec Augustin (354-430 ap. J.-C.), les Épîtres de Paul et leur contenu doctrinal vont prendre le pas sur les Actes. Durant quatre siècles, ils auront servi de ligne directrice et de socle aux premiers chrétiens qui avaient besoin de se raconter leur « histoire », fût-elle en grande partie légendaire.

 

page 236

Eucharistie
Le terme grec eucharistia signifie « reconnaissance » puis « bénédiction ». La narration du dernier repas avec les apôtres - la Cène - dans les Évangiles mêle le rituel juif du seder de Pâque et des éléments qui lui sont totalement étrangers. Si le pain est rompu et distribué aux convives ainsi que des coupes de vin, les propos de Jésus sont d'une absolue nouveauté. Les évangélistes anticipent ce qui deviendra un pilier central du christianisme dans un texte totalement anachronique où Jésus commémore lui-même sa propre mort. Les propos de Jésus ne peuvent être que postérieurs à la scène rapportée et renvoient au moment où les premiers chrétiens se sont déjà séparés du judaïsme. C'est l'institution de l'Eucharistie qui divisera plus tard catholiques et protestants. Les premiers y voient la présence réelle du Christ, les seconds sa présence symbolique.

 

page 253

À y regarder de plus près, ce procès de Jésus en rassemble deux. Celui fait par le Sanhédrin pour blasphème, celui que juge Pilate pour trouble à l'ordre public. Mais c'est l'ensemble qui pose plus d'un problème et s'avère totalement invraisemblable. Relevons quelques objections soulevées par les historiens et les exégètes bibliques.

Il est impossible d'instruire un procès dans le monde juif le jour de la Pâque. Que font les acteurs juifs du procès, courant dans la nuit plutôt que de célébrer la Pâque, eux si soucieux des pratiques ? La coutume juive interdit les jugements nocturnes et la sentence ne peut être prononcée le jour de l'interrogatoire. Quant au procès devant Pilate, il méprise toutes les formes officielles de la justice romaine... On pourrait multiplier les objections, cela n'aurait guère de sens. Les textes des Évangiles doivent être lus en dehors de ces considérations historiques. Leur fonction, après la mort de Jésus, est d'ordre religieux : il faut que ce soient les Juifs qui fassent condamner Jésus. Mais n'oublions jamais que Jésus était juif ; ce que l'Eglise chrétienne a réussi à nier pour se démarquer du judaïsme.


 

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