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Daniel

dans la fosse aux lions

 

 

Gilles Castelnau

 

réflexion

 

 

10 juin 2011

Daniel 6

Darius décida de créer cent vingt postes de satrapes afin de placer dans tout l'empire des hommes qui représentent son autorité. Il nomma à leur tête trois surintendants à qui les satrapes devraient rendre compte de leur administration, de telle manière que personne ne puisse nuire aux intérêts du roi. Daniel était l'un des surintendants ; il surpassait les deux autres et tous les satrapes par ses capacités exceptionnelles, si bien que le roi avait l'intention de lui confier une responsabilité relative à l'empire tout entier.
Alors les autres surintendants et les satrapes se mirent à chercher si Daniel avait commis des erreurs au préjudice de l'empire, mais ils ne purent trouver aucune faute ni aucun manquement, car il était parfaitement honnête : il n'y avait vraiment rien à lui reprocher.
Ces hommes se dirent donc :
-  « Nous n'aurons aucun motif pour accuser Daniel, à moins de trouver quelque chose en relation avec la loi de son Dieu. »

Sans tarder, les deux surintendants et les satrapes se rendirent chez le roi et lui dirent :
- « Longue vie au roi Darius ! Les surintendants de l'empire, les préfets, les satrapes, les ministres et les gouverneurs ont tenu conseil et proposent au roi de promulguer et publier un décret impérial de la teneur suivante : "Durant une période de trente jours, quiconque adressera une prière à un Dieu ou à un être humain autre que le roi lui-même devra être jeté dans la fosse aux lions."
Que le roi promulgue donc ce décret et le signe, de telle sorte qu'il ne puisse pas être modifié, conformément à la loi des Mèdes et des Perses, qui est irrévocable. »
Là-dessus, le roi Darius signa le document du décret.

Lorsque Daniel apprit qu'un tel décret avait été signé, il regagna sa maison. A l'étage supérieur, il ouvrit les fenêtres orientées vers Jérusalem. C'est là que, trois fois par jour, il se mettait à genoux pour prier et louer son Dieu. Il le fit comme d'habitude.
Ses adversaires arrivèrent en hâte et le trouvèrent en train de prier et d'implorer son Dieu.
Ils se rendirent donc chez le roi et lui dirent :
- « Le roi n'a-t-il pas signé un décret prévoyant que, durant une période de trente jours, quiconque adresserait une prière à un dieu ou à un être humain autre que le roi lui-même, devrait être jeté dans la fosse aux lions ? »
- « C'est effectivement la décision qui a été prise, répondit le roi, conformément à la loi des Mèdes et des Perses, qui est irrévocable. »
- « Eh bien, reprirent ces hommes, Daniel, l'un des déportés du pays de Juda, n'a de respect ni pour toi ni pour le décret que tu as signé : trois fois par jour il prie son Dieu. »

Lorsque le roi entendit ces paroles, il en fut profondément chagriné et se mit en tête d'épargner Daniel. Jusqu'au coucher du soleil, il chercha un moyen de le sauver. Mais les adversaires de Daniel ne tardèrent pas à revenir et dirent au roi :
- « Le roi sait bien que, selon la loi des Mèdes et des Perses, un décret ou un règlement promulgué par lui ne peut pas être modifié. »

Alors, sur un ordre du roi, on amena Daniel et on le jeta dans la fosse aux lions.
Le roi lui dit :
- « Seul ton Dieu, que tu sers avec tant de persévérance, pourra te sauver. »

On apporta une pierre qu'on plaça sur l'ouverture de la fosse. Le roi y appliqua son cachet personnel, de même que le cachet de ses hauts fonctionnaires, afin que personne ne puisse modifier la situation de Daniel. Le roi regagna ensuite son palais pour la nuit. Il refusa toute nourriture et, bien qu'il n'arrivât pas à dormir, il refusa aussi tout divertissement.

Dès les premières lueurs de l'aube, le roi se leva et se rendit en hâte à la fosse aux lions. Tandis qu'il en approchait, il appela Daniel d'une voix affligée :
- « Daniel, serviteur du Dieu vivant, est-ce que ton Dieu, que tu sers avec tant de persévérance, a pu t'arracher aux griffes des lions ? »
Daniel lui répondit :
- « Longue vie au roi ! Oui, mon Dieu a envoyé son ange fermer la gueule des lions, et ils ne m'ont fait aucun mal. En effet, je n'étais pas coupable envers Dieu, et je n'avais commis aucune faute non plus à l'égard du roi ! »

Rempli de joie, le roi donna l'ordre de remonter Daniel de la fosse. Dès qu'il en fut sorti, on constata qu'il ne portait aucune blessure, parce qu'il avait eu confiance en son Dieu.
Le roi ordonna ensuite d'arrêter les hommes qui avaient dénoncé Daniel, et on les jeta dans la fosse aux lions, avec leurs femmes et leurs enfants.
Les lions les attaquèrent et leur broyèrent les os avant même qu'ils aient atteint le fond de la fosse.

Ensuite le roi Darius adressa le message suivant aux gens de tous peuples, de toutes nations et de toutes langues, habitant la terre entière :
-  « Je vous souhaite une paix parfaite ! Je décrète ce qui suit :
Dans tout l'empire, chacun doit manifester un respect absolu envers le Dieu de Daniel. Il est le Dieu vivant,
 celui qui subsistera toujours. 
Son règne ne cessera jamais,
 sa souveraineté durera éternellement. Il délivre et il sauve,
 il accomplit des prodiges et des miracles 
dans le ciel et sur la terre.
 C'est lui en effet qui a arraché Daniel
aux griffes des lions. »

 

.

 

On est au 2e siècle av. JC dans une période lamentable et dramatique de persécution des Juifs par les dominateurs grecs de la Palestine. Le roi Antiochus Epiphane a fait placer dans le Temple de Jérusalem la statue honnie de Zeus Olympien, dont il se disait la manifestation terrestre. Il faisait graver sur ses pièces de monnaie : « Fils de Dieu ». Cela avait du sens dans la pensée grecque, mais les Juifs en étaient horrifiés.

C'est alors que sont écrits les livres bibliques d'Esther et de Daniel. Auparavant avait paru le livre de Jonas, étonnant d’ouverture dans la mesure où tous les personnages sont païens et sympathiques. Le seul juif, Jonas est nettement antipathique.

Les auteurs font semblant, pour éviter les ennuis, de situer leur histoire 4 siècles plus tôt, à l'issue de ll’Exil à Babylone (6siècle) du temps des rois perses, Darius et Cyrus. Mais cela ne nous trompe pas. Le roi Darius dont il va être question dans la petite histoire de Daniel dans la fosse aux lions est une personnage falot et inconsistant qui ne correspond pas du tout au puissant et vigoureux véritable Darius, roi de Perse.
D’ailleurs diviniser le roi et le prier comme un Dieu va très bien avec cet horrible fou qu’était Antiochus Epiphane au 2e siècle mais ce n’était pas du tout de style de Darius qui n’a jamais eu l’idée de se faire Dieu ou fils de Dieu.

Ce petit récit de Daniel dans la fosse aux lions est admiratif de la fidélité exemplaire de ce jeune Daniel qui ne se laisse pas effrayer par les terribles menaces des autres satrapes et surintendants et continue malgré les interdictions à prier à genoux trois fois par jour tourné dans la direction de Jérusalem (ce qui est une tradition juive du 2e siècle dont nous parlons).
C’est aussi un récit admiratif de la puissance et de la présence de Dieu qui convertit le roi de Perse et toute la Perse (puisqu’on est censé être en Perse) et donc, pourquoi pas le féroce roi grec Antiochus Epiphane et toute la Grèce.
C’est un récit à la foi émouvant et édifiant, encourageant et plein de l’humour et de la verve des conteurs populaires, au coin des rues ou dans les synagogues où les récits merveilleux de miracles et de surnaturel plaisaient et enthousiasmaient les peuples méditerranéens.
Manifestement un tel récit avait de quoi sortir les malheureux juifs menacés par Antiochus Epiphane de la démoralisation bien naturelle créée par cette oppression, les encourager à être fidèles comme Daniel, à ne pas baisser les bras comme Daniel l’a montré. A leur insuffler un esprit de courage, de fidélité, d’union avec Dieu.

La présence du Saint-Esprit en l'homme. Pentecôte était le jour, nous dit l’évangéliste Luc dans son second livre, les Actes des Apôtres, où la présence du Saint Esprit de Dieu a été répandue sur les disciples sous forme de flammes de feu, avec le bruit d’un grand vent, d’un grand souffle. Ce jour-là était la fête juive de la Loi de Dieu, volonté de Dieu gravée sur les tables de pierre des commandements que Moïse a reçues au mont Sinaï et dont Luc montre, dans les Actes des Apôtres, qu’elle est remplacée par la volonté de Dieu gravée dans les cœurs, écrite dans les flammes de feu qui entrent dans les cœurs des disciples, ou plutôt, dit l’évangéliste Jean, remplacée par le Souffle divin que Jésus souffle lui-même sur ses disciples.
C’est bien le puissant souffle de Dieu qui gonfle la poitrine de Daniel et lui donne la force, le courage, l’élan de ne pas se laisser effrayer, intimider, limiter par les lois malsaines du roi Darius (en réalité le roi Antiochus Epiphane avec son Zeus Olympien dans le Temple sacré de Jérusalem). Un élan de vie qui monte en nous afin que nous puissions affronter la vie avec ses hauts et ses bas – dans le cas de Daniel à la fois les hauts où il est effectivement nommé aux fonctions les plus élevées du royaume et les bas les pires puisqu’il est menacé de mort s’il pratique sa religion et se retrouve dans la fosse aux lions. Et je pense aux Juifs à qui on racontait ces histoires, qui les lisaient lorsqu’elles ont été mises par écrit et qui y puisaient du réconfort puisqu’il les ont conservées, recopiées, traduites, transmises même de siècle en siècle jusqu’à aujourd’hui où nous le lisons encore

Aujourd’hui en France il n’y a plus de persécution violente comme au 2e siècle av. JC du sinistre Antiochus Epiphane (il y en a de plus ou moins sporadiques dans certains pays comme l’Iran, la Chine, l’Égypte, le Nigeria etc).
Mais il y a bien des gens qui ont besoin d’encouragement, de tonique, de persévérance, de résilience.
Je pense à un alcoolique qui disait « Jamais je ne pourrai lutter contre la puissance de l’alcool qui provoque une trop grande addiction »
Mais si, vous pourrez ! Voyez Daniel et la puissance du roi, des satrapes et des lions !
Et ceux qui sont entraînés dans la malhonnêteté de la puissance de l’argent, le lamentable boursicotage et ses diverses perversités !
Chacun sait très bien les menaces qui pèsent sur son intégrité par les subtils Antiochus Epiphanes d’aujourd’hui avec leurs fosses aux lions menaçantes !

Daniel n’attend pas de Dieu qu’il intervienne souverainement pour renverser Antiochus Epiphane, modifier du haut du ciel une situation invivable où se trouvent Daniel et ses compagnons. Daniel ne se situe pas de manière infantile devant le Dieu paternel qui règlerait tout seul les problèmes de la terre et qu’il suffirait d’attendre et d’espérer qu’il fasse usage d’une toute-puissance décisive.
Daniel laisse monter en lui l’Esprit saint de Dieu qui le rend capable de vivre, de traverser avec courage et détermination les problèmes et les drames de l’existence en véritable fils de Dieu, bien souvent angoissé mais jamais désespéré, bien souvent inquiet mais jamais épouvanté.

 

.

 

Je vous invite à méditer fidèlement ce texte de la Bible - comme les autres évidemment - et à ne pas vous laisser arrêter dans votre réflexion par les remarques du diable qui vous dirait, par exemple
« il n’est pas possible que des lions affamés soient devenus inoffensifs »
car l’auteur en serait désolé. Il vous répondrait :
« je ne vous ai pas écrit une histoire de lions, ni naturellement non plus le reportage véridique et authentique de la vie à la cour du roi Darius ! Je vous ai parlé de la fidélité courageuse d’un homme de Dieu et des efforts pitoyables des vilains satrapes qui le menaçaient » !

Il y a aussi les gens qui ne cherchent pas à se laisser imprégner et réorienter par l’Ecriture sainte mais qui se mettent à spéculer, à fantasmer, à jouer avec les mots du textes - comme s’ils étaient des mots sacrés - et qui vous disent qu’alors, puisque c’est comme ça, on va dire à Dieu de faire des « miracles ».
Je pense à un couple sans enfants qui se mettait à prier pour que Dieu intervienne dans leur fonctionnement hormonal et débloque leur stérilité, à une dame qui priait lorsqu’elle était en retard pour que Dieu intervienne souverainement du haut de son ciel et modifie subrepticement les horaires de l’autobus pour qu’il arrive à temps !
On arrive dans la période des examens et certains étudiants qui n’ont pas travaillé suffisamment vont dire à Dieu que puisqu’il est capable de contrôler l’appétit des lions il devrait être capable aussi de contrôler les notes que les examinateurs vont leur mettre !
Certains – et je les comprends – disent que Dieu devrait aussi modifier l’évolution de leur cancer ou de leur sida.
Récemment un Africain a pris à la lettre un passage de la Bible (à la fin de l’évangile de Marc) qui dit de manière imagée : « en mon nom vous saisirez des serpents et ils ne vous feront aucun mal ». Cet homme naïf et surtout ignorant, a voulu montrer sa foi à ses compagnons et il s’est laissé mordre par un serpent venimeux. Il est évidemment mort à la minute : Dieu ne nous met dans un univers enchanté où nous pourrions nous jouer de la nature comme dans un conte de fées et par la « prière » dire à Dieu de stopper le venin du cobra, de nous faire marcher sur l’eau, de résoudre les problèmes de math des enfants, de permettre aux fumeurs de ne pas avoir de cancer du poumon et aux alcooliques d’éviter les cirrhoses.

Ce n’est pas ce que fait Dieu. Il fait monter au cœur de Daniel le courage de continuer à vivre, fidèlement, droitement, sans fléchir, sans faiblir, sans se laisser détourner par des superstitions et des hallucinations. Daniel le modèle de l’homme vivant du Saint-Esprit dont les Actes des Apôtres diront que c’est comme des flammes de feu qui nous pénètrent et dont Jean dira : c’est comme le souffle qui émane de Jésus lui-même.
Voilà qui est tout de même plus humain, plus tonique et plus vrai que les jeux surnaturels fantasmatiques des fondamentalistes.

Le livre de Daniel a été publié en 164 av. JC sous Antiochus Epiphane. En effet, le livre deutérocanonique du Siracide (écrit entre – 190 et – 180) ne le mentionne pas Daniel dans sa liste de livres bibliques (Si 49.7-8 et 10)
Par contre I Maccabées (écrit entre -134 et -104) le mentionne.
Il a donc été publié entre - 180 et -134

Dans le résumé d'histoire du Moyen-Orient qui se trouve dans les chapitres 10 et 11 de Daniel, le cours de l'histoire qui est exact, s'arrête en l'an - 164 avec les mots : « en ce temps là se dressera Michel le Grand Prince » (12.1). On sait qu’Antiochus Epiphane est mort en automne 164 ; or les détails relatifs à sa mort ne sont pas connus de l’auteur de Daniel au moment où il écrit. On date donc sa rédaction de l'année – 164.

Daniel connaît la profanation du Temple qui a eu lieu le 7 décembre - 167 et sa purification qui a eu lieu le 14 décembre 164. Cela nous confirme la date de la rédaction du livre en – 164.

Notons enfin qu'à Suse en Iran se trouve le tombeau de Daniel
Par ailleurs, un tombeau de Daniel se trouve également à Samarcande en Ouzbékistan,où l'empereur turco-mongol Tamerlan y apporta en l'an 1400 ap. JC, une relique supposée (un bras, ou le corps entier, selon les versions) de Daniel.

 

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