Théologie du Process
Théologie du
process
Providence et
prière
Jack
A. Keller
Responsable des
éditions pour la formation des jeunes et des adultes£
Église méthodiste de Nashville, Tennessee.
On
Providence and Prayer
24 janvier 2002
Il y a deux manières de comprendre la providence
divine qui partagent les croyants
selon leur conception de la présence de Dieu dans le monde et
la manière de prier.
1
Les uns croient en un Dieu
personnel qui dirige l'histoire et
intervient directement dans la vie des hommes.
Il tient dans sa main les petits oiseaux :
Ne vend-on pas deux moineaux
pour un sou ?
Cependant, il n'en tombe pas un à terre sans la volonté
de votre Père. Matthieu 10.29
A plus forte raison il se préoccupe
des individus et des nations ; il nous protège et nous
guérit comme un bon Berger :
L'Éternel est mon
berger : je ne manquerai de rien.
Il me fait reposer dans de verts pâturages,
Il me dirige près des eaux paisibles.
Il restaure mon âme,
Il me conduit dans les sentiers de la justice,
A cause de son nom.
Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort,
Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi.
Ta houlette et ton bâton me rassurent. Psaume 23
Il conduit la nature et
l'humanité :
Ne le savez-vous pas ?
Ne l'avez-vous pas appris ?
Ne vous l'a-t-on pas fait connaître dès le
commencement ?
N'avez-vous jamais réfléchi à la fondation de la
terre ?
C'est lui qui est assis au-dessus du cercle de la terre,
Et ceux qui l'habitent sont comme des sauterelles ;
Il étend les cieux comme une étoffe
légère,
Il les déploie comme une tente, pour en faire sa demeure.
C'est lui qui réduit les princes au néant,
Et qui fait des juges de la terre une vanité ;
Ils ne sont pas même plantés, pas même
semés,
Leur tronc n'a pas même de racine en terre :
Il souffle sur eux, et ils se dessèchent,
Et un tourbillon les emporte comme le chaume.
L'herbe sèche, la fleur tombe,
Quand le vent de l'Éternel souffle dessus.
Certainement le peuple est comme l'herbe. Ésaïe 40.21-24, 7
N'êtes-vous pas pour moi comme les
enfants des Éthiopiens,
Enfants d'Israël ? dit l'Éternel.
N'ai-je pas fait sortir Israël du pays d'Égypte,
Comme les Philistins de Caphtor et les Syriens de Kir ?
Amos 9.7
Julian Hartt résume ainsi cette doctrine de la
providence : « En
créant le monde, Dieu lui a donné tout ce qu'il
estimait nécessaire à sa vie. Rien ni personne dans la
création ne peut entraver les desseins de
Dieu. »
Dans cette optique, Dieu écoute la
prière des hommes et pour l'exaucer il peut modifier le cours
des événements.
Harold Lindsell, éditeur de la revue Christianity Today
écrit : « La
prière influence naturellement ma conduite et ma
pensée, mais que l'on ne s'y trompe pas, elle change aussi ma
situation les circonstances qui m'entourent. »
Donald Bloesch explique : « Les desseins de Dieu sont
évidemment immuables... mais il change la manière dont
il les met en oeuvre en tenant compte de la prière des
fidèles. Dieu est amour et sollicitude et il écoute les
demandes de ses enfants et la prière peut accomplir des
miracles. »
Cette conception de la providence
est évidemment
attrayante ; elle amène ceux qui la partagent à
des prières de demandes précises et intenses. Elle se
justifie par les nombreux passages des Écritures, comme ceux
que nous avons cités, qui mentionnent effectivement
l'implication de Dieu dans la vie du monde et singulièrement
dans l'histoire d'Israël et des premiers disciples de
Jésus.
Ces textes appellent à remettre à la providence de Dieu
les besoins et les soucis, dans la confiance qu'il les prendra en
charge puisqu'il prend soin des hommes et écoute leurs
demandes.
2
Mais nombreux sont ceux pour qui
cette doctrine ne rend pas compte de
la souffrance des innocents et des prières non
exaucées. Il y a quelques temps, les journaux de Nashville
(Tennessee) ont donné beaucoup d'ampleur à l'anecdote
que voici.
Après l'accident d'auto dont La chanteuse Barbara Mandrell
avait réchappé sans trop de dommages, le
Président Reagan l'avait félicitée en
ajoutant : « Dieu vous
a protégée », en oubliant que l'autre automobiliste
impliqué dans l'accident y avait perdu la vie !
Étrange conception de la providence divine qui en a
laissé plus d'un pour le moins perplexe.
La question est fréquemment
soulevée lors de catastrophes qui ont fait des victimes
innocentes par centaines, par milliers et même par
millions : « où
est donc la providence divine ? ». S'il est vrai que Dieu exauce les prières et
intervient dans la vie du monde, pourquoi n'a-t-il pas
empêché ce malheur ?
On comprend parfois ces malheurs
comme des punitions
méritées par l'inconduite des hommes. Mais bien
souvent, on en conviendra, cette explication ne peut pas être
invoquée et l'hypothèse de la providence toute
puissante de Dieu perd de sa crédibilité.
D'ailleurs la Bible dit bien :
Dieu fait lever son soleil sur
les bons et sur les méchants et tomber la pluie sur les justes
et sur les injustes Matthieu 5.45
Les hommes sur lesquels la tour de
Siloé s'est écrasée
n'étaient pas de plus
grands pécheurs que les autres Luc 13.1-5
Il convient de
reconnaître que Dieu ne
modifie pas le cours des événements à notre
demande ; si nous lui sommes néanmoins attachés,
ce n'est pas parce que nous obtenons ses faveurs.
L'abandon de cette doctrine de la providence
implique-t-elle que nous renoncions aussi aux prières de
demandes ? Si la prière ne change pas le cours des
choses, elle a néanmoins de l'influence sur nous.
Robert A. Raines dit que si la prière ne persuade pas Dieu
d'intervenir dans les affaires des hommes, elle nous persuade nous de
considérer nos prochains avec les yeux du Christ et nous
délivre ainsi de tout esprit de domination
intégriste.
Elle nous ouvre les yeux afin de nous faire voir notre prochain comme
un être en qui le Christ demeure déjà et que Dieu
aime ; un être de qui nous avons beaucoup à
apprendre et que Dieu nous appelle à servir. La prière
nous rend conscients de l'importance pour l'Église de la
présence divine en chaque homme de ce monde comme elle l'est
en nous.
Il est vrai que cette manière de voir
pose trois questions.
- Elle ne rend pas compte des
textes qui, dans la Bible,
témoignent de l'intervention de Dieu dans la vie des hommes et
dans l'histoire des peuples.
- Elle se rapproche de la
théologie
« déiste » selon laquelle Dieu, après avoir
créé le monde, n'intervient plus dans sa vie. Quant au
Christ, s'il est considéré comme présent dans
les hommes, il n'a pas de puissance divine personnelle.
- Elle décourage la
prière. Dans la mesure
où celle-ci n'est, en fait, qu'un monologue destiné
à clarifier nos motivations et à renforcer nos
résolutions, le dialogue avec Dieu est illusoire. Pourquoi
présenter à Dieu nos besoins et ceux de nos prochains
si l'on pense qu'il ne s'en occupera pas ?
Voici trois manières d'expliquer
l'existence du mal tout en maintenant l'affirmation de la
présence active de Dieu dans le monde.
1ère explication
Dieu écoute toutes les
prières, mais elles ne sont
pas toujours raisonnables et il doit parfois renoncer à les
exaucer et leur opposer un refus.
Pourtant il arrive que des demandes soient
refusées alors qu'elles correspondaient à la
volonté de Dieu, qui est toujours que les hommes soient
heureux et en bonne santé. Comment donc expliquer que la
demande de guérison d'enfants malades ne soient pas
exaucées ? Faudrait-il en conclure que Dieu permet la
souffrance et la mort d'innocents ?
2e explication
Si Dieu n'exauce pas une
prière conforme à sa
volonté, c'est parce qu'il a en vue un bien supérieur,
qui nécessite une souffrance préalable ; ainsi une
piqûre de vaccination préserve-t-elle d'une maladie
grave. Le théologien John
Hick a récemment soutenu
cette thèse avec un certain succès. Mais si cette
explication peut être satisfaisante lorsque le mal
enduré est facilement surmontable, elle ne l'est plus
lorsqu'il s'agit de tortures, de viols, de famines ou de la mort
d'êtres jeunes.
3e explication
Il faut partir de la remarque
que d'autres puissances que celle de
Dieu sont à l'oeuvre dans le monde, concurrencent et
même s'opposent à la sienne. Notre prière est
justement une de ces forces et, loin de s'opposer à la
volonté de Dieu elle fait au contraire partie dans son plan
divin.
John Magee a dit : « Notre prière nous fait participer
au dynamisme créateur de Dieu ; elle nous enracine dans
son éternelle activité créatrice. Notre
prière ne veut pas changer le dessein de Dieu, elle entend au
contraire concourir à son oeuvre. »
La prière nous ouvre à la
puissance créatrice de Dieu
et nous y ouvrons les autres. Dans chaque situation de conflit, de
souffrance, de maladie, Dieu s'efforce d'apporter la meilleure
solution possible. Il n'impose rien à personne ; il
persuade, il ne domine jamais. On peut ignorer le dessein Dieu, s'en
détourner et même s'y opposer.
Ainsi Dieu souhaite toujours que les parents élèvent
bien leurs enfants et contribuent à leur
épanouissement, mais sa volonté peut être
tragiquement contrecarrée par un automobiliste qui choisit de
boire et de brûler les feux rouges.
Dieu souhaite naturellement que tous les hommes soient convenablement
nourris mais sa volonté peut être tragiquement
contrecarrée par l'ensemble complexe de diverses prises de
positions politiques, économiques, agricoles et parfois
militaires.
Dieu ne peut pas contourner ces attitudes
négatives, mais il s'implique
dans chacune ; nos prières et notre bonne volonté
nous y impliquent également.
Faut-il persévérer dans la
prière lorsque Dieu se trouve
ainsi contrecarré ? Il le faut car jamais Dieu, et c'est
le sens de sa providence, n'abandonne la lutte pour le bien, la
guérison, le bonheur des hommes et le bien-être de la
création.
Paul disait :
Nous savons que toutes choses
coopèrent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont
appelés selon son dessein. Romains 8.28
Il disait aussi :
Priez sans
cesse 1 Thessaloniciens 5.17
Traduction Gilles
Castelnau
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