L'évêque
J. Spong
« Jésus pour les non
religieux »
Jesus for the
Non-Religious
John Shelby
Spong
Harper San Francisco,
2007
Recension
par Jim Burklo
22 septembre 2007
Avec sa finesse de théologien,
John Shelby Spong autopsie le
cadavre du christianisme doctrinal. Il élimine les histoires
de miracles et dissèque les mythes et les constructions
théologiques qui parsèment les évangiles afin de
faire apparaître le Jésus de l'histoire.
Il révèle un Jésus qui
franchit toutes les frontières entre les inclus et les exclus,
les juifs et les gentils, les hommes et les femmes, les purs et les
impurs, le sacré et le profane loin de tout
chauvinisme.
Par ses actions et son exemple, ce
Jésus révèle la présence de la
divinité dans l'humanité.
Ce Jésus était si
présent, si épanoui, si libre, si plein de justice et
de compassion que même après sa crucifixion il
emplissait ses disciples de courage et d'espérance.
Ce Jésus inspire John Shelby Spong
à un point tel qu'il est
rempli de l'espoir d'un christianisme débarrassé de
beaucoup de croyances pourtant largement répandues : « Je suis convaincu,
écrit-il, qu'un Dieu que l'esprit récuse ne sera jamais
un Dieu que le coeur pourra prier. »
La recherche systématique à
laquelle il se livre de la comparaison détaillée des
textes des évangiles et l'étude de leurs sources,
entraîne une démolition radicale du Jésus
traditionnel. Il démonte notamment les récits de
l'enfance, les miracles, le dogme construit autour du sacrifice de la
croix et les descriptions de la résurrection.
Il propose l'hypothèse que les
quatre évangiles ont
été structurés à partir des grandes
fêtes du calendrier liturgique juif : les
évangélistes, dit-il, ont mis par écrit les
traditions orale et écrite concernant le ministère de
Jésus dans le cadre et selon la chronologie de cette liturgie.
Il affirme que les évangiles sont des interprétations
juives de la vie de Jésus et non pas les récits exacts
d'historiens. Jesus for the
Non-Religious reprend plusieurs
thèmes des livres précédents de Spong qui ont
apporté une véritable lumière à leurs
lecteurs. Ils ont aussi provoqué la colère des
évangéliques, de tous les fondamentalistes et de tous
ceux qui ont des interprétations rigides et refusent de
s'ouvrir à toute nouveauté.
Spong propose une conception non-théiste de Dieu, libérée du surnaturel, du
chauvinisme, et de l'obligation de croire le non crédible. Il
s'en tient à ce que l'Évangile offre réellement,
c'est-à-dire ce dont Jésus disait que c'était
son unique espérance : « que nous ayons la vie et que nous l'ayons en
abondance ».
Il faut reconnaître que son livre
n'est pas sans poser questions.
- Il balaye les récits de miracles au nom du bon
sens et d'une analyse précise historico-critique. Il dit d'une
part qu'au temps du Nouveau Testament la science historique
n'existait pas et tout le monde croyait aux miracles. Mais il dit
aussi d'autre part que les auteurs des évangiles ne croyaient
pas vraiment eux-mêmes à l'historicité des
récits qu'il rédigeaient. La question demeure : y
croyaient-ils ou non ?
- En
dépit de l'optimisme de Spong, je ne suis pas sûr que
son livre apporte la preuve que le Jésus historique suffise
à soutenir la foi chrétienne. Les travaux du « Jesus Seminar » auquel
Spong participe, ont prouvé que rares sont les paroles de
Jésus rapportées dans les évangiles que l'on
peut attribuer au Jésus historique. Manifestement Spong
révère le Jésus historique, mais le peu que l'on
connaît donc de lui est-il suffisant pour fonder la foi de
l'Église ?
- Spong
espère qu'un nouveau christianisme pourra naître sous
l'inspiration du Jésus historique. Mais le titre même de
son livre, Jésus pour les non
religieux ne suggère-t-il pas
que ce Jésus intéressera davantage les gens en dehors
de l'Église que les fidèles ?
Spong a bien servi l'Église et les
grand public en montrant la
présence de mythes et l'influence des doctrines de
l'Église dans les récits bibliques. Mais les auteurs
des évangiles ont mêlé leurs textes de mythes et
de métaphores pour des raisons spirituelles. Certaines de ces
élaborations théologiques, comme celle du sacrifice
substitutif du Christ sur la croix
ont fait leur temps et doivent être abandonnées par
l'Église. Mais d'autres nous parlent encore ; elles ont
besoin d'être réinterprétées sans
être pour autant rejetées.
Le simple bon sens, comme la critique
textuelle, interdisent la croyance en l'historicité des
miracles, mais de nombreux récits des évangiles sont
néanmoins frappants et importants dans la mesure où ils
sont interprétés de manière créative,
spirituelle et métaphorique. Un événement qui ne
s'est pas produit réellement peut cependant être
ressenti comme « vrai » et précieux.
Certains textes que Spong considère
comme trop mythologiques pour être encore signifiants, sont
précisément ceux qui manifestent le mieux l'importance
du personnage de Jésus.
Les gens « religieux »
comme les « non-religieux » sont autant fascinés par la puissance des
mythes concernant Jésus qu'ils le sont par les récits
proprement historiques. Dire que Jésus n'a pas
réellement marché sur les eaux n'est pas
une « bonne
nouvelle ». Ce qui fait la
« bonne
nouvelle » c'est de lire
cette histoire comme une expression mythique et poétique de la
force intérieure qui nous fait garder la foi dans les orages
de la vie.
Dans la préface, Spong
annonce qu'il se propose
d'écrire un livre traitant de la mort dans une perspective
dépourvue de tout théisme surnaturel et cette
tâche sera emblématique de toute sa carrière de
théologien.
Traduction Gilles
Castelnau
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